Un militant pro-palestinien assassiné à Gaza par un groupe anti-Hamas

Le militant italien Vittorio Arrigoni, de l’International Solidarity Movement (ISM) a été odieusement assassiné, jeudi dans la bande de Gaza, quelques heures après son enlèvement par des hommes se réclamant d’un groupe semble-t-il lié à Al Qaeda qui se désigne comme « Monothéisme et Guerre Sainte ». Il s’agit semble-t-il d’un des groupes salafistes qui contestent l’autorité du Hamas, qu’ils accusent de faire le jeu d’Israël. En effet, explique Jean-François Legrain, chercheur CNRS de l’Université de Lyon, un des meilleurs connaisseurs du Hamas sur cette rive de la Méditerranée, les salafistes estiment que « en gérant le pouvoir à Gaza dans le cadre d’une trêve prolongée mais en l’absence de souveraineté, Hamas est devenu un élément du système en place qui, in fine, ne profite qu’à la partie israélienne. Les salafistes reprochent au Hamas son refus d’appliquer la charî’aet de mener le jihad contre Israël. » Ce drame illustre les tensions à Gaza entre l’institution que représente le Hamas, fondé en 1987 sur une base national-islamiste globalement compatible avec les objectifs du mouvement national palestinien, et la nébuleuse jihadiste qui s’affranchit de toute référence à un Etat palestinien, adopte des références essentiellement religieuses et se livre à une surenchère permanente. L’épuisement de toute perspective politique – l’impasse dans laquelle se trouvent tant l’Autorité palestinienne et le Fatah qui ont choisi la voie de la négociation pour laquelle ils n’ont pas de partenaire de bonne fois que le Hamas qui a opté pour une autre voie sans engranger plus de succès – est le principal moteur de cette tentation djihadiste, à Gaza comme au Liban. Le confinement de Gaza constitue à cet égard un terreau particulièrement fertile.

Le corps pendu d’Arrigoni , 36 ans, a été retrouvé par la police du gouvernement Hamas de Gaza au domicile d’un des hommes soupçonnés de faire partie de ce groupe. Quelques heures plus tôt, les ravisseurs d’Arrigoni avaient diffusé une vidéo du militant captif, assortie d’une menace d’exécution si le Hamas ne libérait pas un certain Abou Walid al Maghdessi, arrêté le mois dernier par la police de Gaza. Mais ils n’ont pas respecté leur propre ultimatum.

Le gouvernement de Gaza, qui a dénoncé le crime, a annoncé l’arrestation de deux hommes, celui au domicile duquel le corps du militant italien a été retrouvé, et un autre individu. L’assassinat d’Arrigoni intervient juste après d’un autre attentat terroriste non revendiqué visant à discréditer la résistance du peuple palestinien : celui du metteur en scène judéo-palestinien Juliano Meir Khamis à Jénine. Le massacre d’une famille de colons, à l’intérieur de la colonie juive d’Itamar (Cisjordanie occupée) est peut-être à rattacher également à ces deux crimes, mais il n’a jusqu’ici pas été élucidé. Arrigoni, familier de la bande de Gaza et de sa population martyre, avait été le témoin de la terrible attaque de l’armée israélienne de décembre 2008 – janvier 2009, dite « Plomb Durci », auquel il avait consacré un livre. Comme avant lui Rachel Corrie, autre militante de l’International Solidarity Movement, tuée en 2003 par un bulddozer de l’armée israélienne alors qu’elle s’opposait à la démolition de maisons palestiniennes, Arrigoni tentait de venir en aide à la population locale. Il participait en dernier lieu aux tentatives de sorties en mer des pêcheurs de Gaza, empêchés de gagner leur subsistance par le blocus maritime imposé par la marine de guerre israélienne.

L.D.

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