Vidéo: Le couteau a été déposé après l’exécution du Palestinien par le militaire israélien

Cette vidéo, présentée devant un tribunal israélien mercredi, révèle qu’un couteau a bel et bien été placé à proximité immédiate du corps d’un jeune Palestinien qui venait d’être exécuté de sang-froid.

Selon Channel 2 (TV israélienne), la prise de vue « pourrait indiquer une tentative de falsification de preuve », afin de donner l’apparence que le jeune « aurait pu s’emparer du couteau et constituer une menace juste avant d’être abattu »

Le 24 mars, le militaire israélien Elor Azarya a chargé son arme, visé puis tiré dans la tête d’Abd al-Fattah Yusri al-Sharif, 21 ans, après que ce dernier et un autre jeune avaient prétendument poignardé et légèrement blessé un soldat dans le quartier de Tel Rumeida, dans la Vieille Ville de Hébron, en Cisjordanie occupée.

Al-Sharif était couché sur le sol, blessé et immobilisé, quand Azarya lui a tiré dans la tête.

L’autre jeune, Ramzi Aziz al-Qasrawi, 21 ans lui aussi, a été exécuté par un autre soldat.

L’exécution d’al-Sharif par Azarya a été filmée sur vidéo par un résident palestinien du quartier et publiée par l’association des droits de l’homme B’Tselem.

Une vidéo précédemment publiée, parmi les plusieurs vidéos montrées au tribunal, contredit en outre les affirmations d’Azarya prétendant qu’al-Sharif, déjà grièvement blessé, aurait pu présenter une menace concevable avant qu’il ne reçoive le coup de grâce.

La vidéo montre le corps d’al-Sharif gisant sur le sol après qu’Azarya l’a achevé. Un couteau est visible à une certaine distance du corps.

Une ambulance passe et une de ses roues déplace légèrement le couteau. Puis une personne qu’on ne peut voir sur la vidéo donne un coup de pied au couteau pour le pousser vers al-Sharif.

À la fin du bref clip vidéo, on entend une voix demander : « Pourquoi l’as-tu jeté là ? »

On entend également dans la vidéo une voix faisant allusion à al-Sharif en disant « ce chien ».

Pas de danger

Témoignant à propos des vidéos montrées au tribunal, l’enquêteur militaire israélien, le major Ran Keinan, a déclaré : « Il n’y a pas besoin d’un expert pour voir que le couteau est éloigné et pour remarquer également que la chemise du terroriste est à moitié ouverte. »

Keinan faisait allusion à une vidéo qui montrait bien que c’était le cas 30 secondes avant le coup de feu fatal.

Le témoignage de Keinan au procès d’Azarya semblerait réfuter les affirmations prétendant qu’al-Sharif, immobilisé, aurait pu atteindre le couteau, ou que son corps aurait pu être piégé.

Les avocats d’Azarya ont prétendu, comme l’a rapporté The Jerusalem Post, que leur client « a estimé que tuer al-Sharif était la seule façon de sauver sa vie et celles des soldats à proximité, puisqu’il pensait qu’al-Sharif était sur le point de passer à l’attaque à l’aide d’un couteau et d’une ceinture d’explosifs ».

Un autre témoin a déclaré au tribunal que le couteau avait été poussé du pied par Ofer Ohana, un chauffeur d’ambulance.

Selon Channel 2, tous les clips vidéo en possession des enquêteurs ont été présentés au tribunal.

Parmi ceux-ci, un clip qui montre Ohana photographiant al-Sharif et disant : « Il est vivant, ce chien », puis demandant : « Où est le couteau ? »

Le couteau est visible un peu à l’écart, selon Channel 2.

Ce reportage de l’émission d’info Mabat, en soirée, sur Channel 1 (TV israélienne) comprend plusieurs clips vidéo des événements qui ont entouré l’exécution et qui ont été montrés au tribunal :

 

Un autre témoin a expliqué aux enquêteurs que, quelques instants avant d’exécuter al-Sharif, Azarya avait déclaré : « Il a poignardé mon ami, il mérite de mourir. »

Les gens du Ministère public ont également déclaré au tribunal qu’ils avaient retrouvé le texte d’un message sur le téléphone d’Azarya.

Une minute et demie après l’exécution, Azaya avait adressé un SMS à son père : « Nous avons été attaqués, un de mes amis a été blessé. L’ami a tué le premier agresseur, j’ai tué le second. »

Un procureur militaire a expliqué au tribunal que les preuves devant être présentées lors du déroulement du procès montreraient que « les actes de l’accusé ont été posés avec calme et de sang-froid ».

Un héros

Azarya a été défendu par des hommes politiques, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahou, et traité en héros par des milliers d’Israéliens qui se sont rassemblées pour le soutenir.

Moshe Yaalon a eu des prises de bec avec Netanyahou quant à la sévérité avec laquelle il convenait de traiter les actes d’Azarya, et l’on considère que ce conflit a contribué à la récente démission de l’ancien ministre de la Défense.

Le nouveau ministre de la Défense n’est autre qu’Avigdor Lieberman, qui a accusé Yaalon d’avoir voulu précipiter le jugement d’Azarya.

Il s’avère qu’une grande partie du soutien populaire à Azarya provient d’un sentiment de trahison, puisqu’il n’avait fait que ce qu’on attendait de lui en exécutant un Palestinien blessé.

En effet, les associations des droits de l’homme n’ont cessé de condamner les dirigeants israéliens pour avoir incité leurs subordonnés à se lancer dans une vague d’exécutions extrajudiciaires de Palestiniens, depuis le début de la forte recrudescence des confrontations directes, en octobre dernier.

Dans bien des cas, les Palestiniens étaient blessés, immobilisés ou, dans d’autres cas, ne représentaient pas une menace concevable au moment où ils ont été tués.

« Des bourreaux »

En novembre, B’Tselem a carrément exprimé de fortes doléances à l’adresse de Netanyahou à propos de « la transformation des policiers, et même des civils armés, en juges et en bourreaux ».

« Votre silence face au ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan disant que « chaque terroriste devrait savoir qu’il ne survivra pas à l’agression qu’il est sur le point de perpétrer » équivaut à donner le feu vert à cette police illégale », a déclaré B’Tselem à l’adresse du Premier ministre israélien.

Ces exécutions ont rarement fait l’objet d’enquêtes sérieuses et, à plus forte raison, de poursuites.

Les avocats d’Azarya ont exigé de savoir pourquoi on avait fait de leur client un cas isolé, alors que, récemment, l’armée avait blanchi un officier supérieur qui avait tué un jeune Palestinien non armé.

En avril, l’armée a classé l’enquête à propos du colonel Yisrael Shomer, qui avait tué par balle un adolescent palestinien de 17 ans alors qu’il s’enfuyait.

En juillet dernier, Shomer, commandant de la Brigade Binyamin, avait abattu Muhammad al-Kasbeh en se servant de balles réelles.

Le garçon avait prétendument lancé une pierre vers la jeep de Shomer à proximité du check-point militaire de Qalandiya, en Cisjordanie occupée.

« Cette exécution illégale a immédiatement été excusée par les commandants militaires et par les ministres du gouvernement », a fait remarquer B’Tselem.

Un extrait de la prise de vue par une caméra de sécurité, dans une station à essence toute proche, étaie les affirmations de B’Tselem, à savoir que les militaires n’étaient pas en situation de danger imminent au moment où Shomer a abattu le jeune al-Kasbeh.

B’Tselem a décrit la clôture du cas comme faisant « partie intégrante du mécanisme de blanchiment qu’est en fait le système d’investigation de l’armée israélienne ».

Il reste à voir si Azarya sera condamné et, si oui, si sa sentence sera sévère.

Ce dont il convient de ne pas douter, c’est que l’attention qu’a suscitée l’exécution d’al-Sharif constitue une exception, alors que l’impunité, elle, constitue la règle générale.


Publié le 1er juin 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

ali-abunimah-21Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur des livres  One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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