Vidéo : «J’ai tué pour vous, avec les mains que voici !» explique le soldat israélien aux députés

« J’ai tué pour vous, et avec les mains que voici ! Et vous parlez de terroristes qui ont du sang sur les mains ? Moi, j’ai tué plus de 40 personnes pour vous ! Je les ai tuées ! »

Cet aveu tranchant venait d’Ido Gal Razon, un ancien soldat israélien, que l’on voit sur la vidéo ci-dessus alors qu’il parle devant une commission du Parlement israélien, la Knesset, le 11 novembre dernier.

Razon n’exprimait nullement ses remords pour ces homicides, mais se plaignait de ce qu’on ne lui eût pas proposé de traitement suite au grave impact psychiatrique qu’avait exercé sur lui la boucherie qu’il avait perpétrée au service d’Israël.

« Personne ne me donne une thérapie et je le déplore ! Je crie ! », dit-il. « Je fais pipi la nuit, avec ce traumatisme. Il s’amène près de moi et il me dit : ‘Pourquoi m’as-tu tué ? Pourquoi m’as-tu tué ? »

On ne voit pas très bien qui vient hanter Razon la nuit, mais il pourrait faire allusion à chacune de toutes les personnes qu’il a tuées.

Razon explique qu’il a été blessé alors qu’il faisait partie du 51e bataillon de l’armée israélienne, la brigade Golani, alors qu’il participait à l’Opération Clair comme du Vin – une attaque contre les Palestiniens dans la partie centrale de la bande de Gaza, le 20 décembre 2007.

Un bombardement sans la moindre discrimination

Selon le Centre palestinien des droits de l’homme (PCHR), ce jour-là, les forces israéliennes avaient mené une attaque d’envergure contre le village d’al-Musaddar et le camp de réfugiés adjacent de Maghazi, dans la partie centrale de la bande de Gaza.

Cette attaque avait tué huit combattants palestiniens de la résistance et avait blessé 21 autres personnes, la plupart des civils, y compris plusieurs enfants.

Au cours d’un bombardement de la zone sans la moindre discrimination, les Israéliens avaient détruit au moins dix maisons et retourné des dizaines d’hectares de terres cultivées.

Des proches expriment leur tristesse autour du corps de Jihad Jaber, un Palestinien de 18 ans, à l’hôpital al-Aqsa du camp de réfugiés de Maghazi, dans la partie centrale de la bande de Gaza. 20 décembre 2007. (Photo : Ismael Mohamad, UPI)

D ‘après le Centre Al Mezan des droits de l’homme, le raid avait commencé vers midi, quand une « unité spéciale israélienne avait pénétré au centre de la bande de Gaza à partir de la frontière orientale et qu’elle avait fait route vers l’ouest ».

L’unité, dont on peut présumer que Razon était membre, « a parcouru un kilomètre et demi et est arrivée au village d’al-Musaddar, dans la partie centrale de la bande. Les soldats ont pris d’assaut six grands immeubles et ont détenu leurs habitants dans l’une des chambres de chacun des immeubles ».

Selon le PCHR, 23 Palestiniens avaient été tués au cours d’attaques israéliennes contre Gaza, cette semaine-là, dont 10 lors d’exécutions extra-judiciaires. C’était également la semaine où les Palestiniens célébraient l’Eid al-Adha, le jour férié marquant le pèlerinage annuel des musulmans à La Mecque.

Ces attaques israéliennes et leur lourd tribut en vies humaines, en blessés et en destructions, étaient devenues une routine à Gaza, bien avant même les agressions plus massives de décembre 2008, novembre 2012 et l’été 2014 qui, en tout, ont tué 4 000 personnes.

« Tuer, tuer, encore tuer ! »

Au vu de la vidéo, il ne fait pas de doute que Razon a été traumatisé par la violence à laquelle il a participé en tant que membre d’une force d’invasion et d’occupation.

Il ne fait pas de doute non plus que les victimes des crimes de guerre d’Israël ont connu bien pire.

En voyant Razon évoquer avec colère son traumatisme psychologique, on se souvient des mots d’Arnon Soffer, l’intellectuel israélien et conseiller du gouvernement qui a contribué à planifier l’isolement de Gaza au début des années 2000.

De façon honteuse, Soffer avait déclaré en 2004 que, pour tenir les Palestiniens en état de soumission et d’enfermement à Gaza, et ainsi préserver Israël en tant qu’« État juif » sioniste, il allait falloir « tuer, tuer, encore tuer. À longueur de journée et chaque jour. »

« La seule chose qui m’inquiète, c’est comment faire en sorte que les garçons et les hommes qui vont devoir se charger des tueries soient à même de rentrer chez eux, dans leurs familles, et de vivre comme des êtres humains normaux », avait ajouté Soffer.

Ido Gal Razon est une preuve vivante que le sionisme détruit non seulement les Palestiniens, mais aussi ceux qui sont censés être ses bénéficiaires.


Publié le 1er décembre 2015 sur The Electronic Intifada.

Traduction : Jean-Marie Flémal

La vidéo a été sous-titrée en anglais par Ronnie Barkan, et Dena Shunra s’est occupée des recherches complémentaires.

Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur des livres  One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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