Véto U.S. à l’ONU : Obama vient de s’inscrire au Likoud

Nous reviendrons sur le sens et les conséquences du véto opposé par les États-Unis – seuls contre la totalité de la « communauté internationale » – à l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU d’un projet de résolution, soutenu par quelque 120 pays, condamnant la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est par Israël.

L’alignement des États-Unis sur un gouvernement israélien au sein duquel les éléments les plus extrémistes, eux-mêmes alignés sur le mouvement des colons, font la loi éclate au grand jour, et cela démontre que le prétendu « processus de paix » n’existe plus depuis longtemps, s’il a jamais existé, et ne sert que de couverture à la poursuite de la colonisation, qui rend impossible toute paix juste et durable.

Voici à ce propos un reportage vidéo (en anglais), sur cette séance historique du Conseil de Sécurité de l’ONU, dans lequel on entend l’ambassadrice U.S. aux Nations-Unies condamner la colonisation israélienne, dont elle souligne qu’elle n’a aucune légitimité, mais ajouter aussitôt qu’il n’est pas « sage » pour le Conseil de Sécurité de prétendre trancher le problème crucial qui opposé Israéliens et Palestiniens… Autant dire que pour les États-Unis le Conseil de Sécurité ne peut plus servir à rien, dès lors qu’il devrait s’interdire de se prononcer sur une question aussi cruciale pour faire respecter le droit international.

On entendra aussi avec intérêt le point de vue des alliés européens des États-Unis : la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont toutes trois approuvé le projet de résolution (tout comme par ailleurs la Russie, de sorte qu’au sein du « Quartet » les USA sont aussi totalement isolés) qui s’est exprimé par la voix de l’ambassadeur britannique.

Il a exprimé les « graves préoccupations » des trois pays face au blocage des négociations, et a souligné que leur position par rapport aux colonies israélienne, y compris à Jérusalem-est, est ferme et unanime : les colonies sont contraires au droit international, constituent un obstacle à la paix et constituent une menace contre la « solution à deux États ».

L’ambassadeur du Liban à l’ONU a vivement condamné le véto opposé par les États-Unis, soulignant que ce faisant Washington empêche le Conseil de Sécurité de remplir la mission qui est sa raison d’exister.

Le mot de la fin peut revenir une fois encore à Gideon Levy, dans Haaretz, lorsqu’il écrit que le Likoud (le parti de Netanyahou) vient de faire une recrue de choix en la personne de Barack Obama, qui non seulement a rejoint le parti gouvernemental dominant, mais qui plus est son aile droite, « quelque part entre Tzipi Hotovely et Danny Danon, dribblant Dan Meridor et Michaël Etan sur leur droite et affaiblissant ainsi leur position« .

Ce n’est pas, écrit-il, un véto amical pour Israël, bien au contraire : c’est un véto amical pour la droite israélienne et pour elle seule.

« Israël, dont la politique est condamnée par le monde entier, mais qui continue allègrement son chemin, est un pays qui perdu toute connexion avec la réalité. C’est aussi un pays qui finira tôt ou tard complètement abandonné à son sort. C’est pourquoi la décision américaine [d’opposer un véto à la résolution] nuit aux intérêts d’Israël en perpétuant l’aveuglement stupéfiant de ses dirigeants qui s’imaginent qu’ils pourront éternellement continuer dans cette voie »

Obama avait assuré qu’il ne ferait pas, comme ses prédécesseurs, un usage exagéré du droit de véto que les règles internes de l’ONU – de plus en plus obsolètes à mesure que l’influence et la puissance réelle de l’Empire faiblissent. C’est une promesse de plus à classer au rayon des supercheries, tout à côté de celle qui concernait la fermeture du camp de concentration de Guantanamo.

L.D.

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