Une campagne de diffamation fleurtant avec l’appel au meurtre contre l’ambassadeur de l’U.E. en Israël

L’Union Européenne a élevé une vive protestation contre une “campagne de diffamation” déclenchée par une nouvelle organisation de colons juifs contre son ambassadeur en Israël, Lars Faaborg-Andersen.

Dans une vidéo diffusée via Facebook, l’ambassadeur européen est décrit sous les traits du tueur en série du film “Le silence des agneaux”, Hannibal Lecter.

L’ambassadeur israélien près les institutions européennes à Bruxelles a été convoqué et l’Union Européenne a réclamé que le gouvernement israélien condamne cette campagne ordurière contre son ambassadeur, qui dans le contexte de violence créé par les colons israéliens s’apparente à un appel au meurtre.

Cette campagne est organisée par le “Jerusalem Periphery Forum”, une organisation apparue récemment qui rassemble des colons des implantations israéliennes qui jouxtent la route reliant Jérusalem à la Mer Morte.

Dans la vidéo, ceux-ci affirment que l’ambassadeur de l’Union Européenne “sape la souveraineté d’Israël” en “prêtant assistance au terrorisme” notamment en apportant une aide aux tribus de Bédouins dont Israël rase sans cesse les villages et aux Palestiniens sans abri.

L’U.E. a exigé que la menace que cette vidéo fait, à son avis, peser sur la vie de son ambassadeur soit prise au sérieux au plus haut niveau du pouvoir israélien, ce qui ne semblait pas être le cas de prime abord. Le directeur général du Ministère israélien des Affaires étrangères s’est contenté de publier un communiqué dans lequel il condamne “la manière irrespectueuse” dont l’ambassadeur européen est décrit par les colons. La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely [1] a également critiqué la vidéo, estimant que l’attaque personnelle visant l’ambassadeur des “inappropriée”.

Soudain très soucieux de la liberté d’expression, que le gouvernement Netanyahou bafoue par ailleurs avec de plus en plus de constance et d’énergie, l’ambassadeur d’Israël a souligné, en réponse à la demande de l’U.E., que son gouvernement n’a pas la possibilité légale de museler les colons. “État Juif et démocratique” oblige, sans doute.

Dans un communiqué officiel, l’Union Européenne a par ailleurs souligné que “conformément à ses obligations en vertu du droit international humanitaire, il est de la responsabilité d’Israël en tant que puissance occupante de répondre aux besoins fondamentaux de la population” des territoires occupés, y compris le logement. “A défaut de s’y conformer, Israël a le devoir d’accepter et de faciliter les actions de secours internationales et d’accorder un accès sans entrave à l’aide humanitaire”.

On ne peut plus clairement admettre que l’Union Européenne, à travers des actions dont les buts humanitaires ne sont pas à mettre en doute, finance l’occupation des territoires palestiniens par Israël depuis des décennies, soulage les finances israéliennes d’une part importante de ses obligations, et par voie de conséquence permet à l’occupant de consacrer ces moyens au développement de son projet colonial. En toute bonne conscience “humanitaire”.

L.D.          


[1] le Ministre des Affaires étrangères en titre est Netanyahou lui-même. Il s’est adjoint Tzipi Hotovely, députée du Likoud que Charles Enderlin (ancien correspondant de France 2 à Jérusalem) décrit ainsi dans un article publié dans le “Monde Diplomatique” de mars 2016 : «proche du sionisme religieux, [Tzipi Hotovely] est farouchement opposée à la création d’un État palestinien. C’est donc en toute connaissance de cause que M. Netanyahou l’a envoyée diffuser le message de son gouvernement à la “communauté internationale” : la Cisjordanie n’est pas occupée, mais fait partie intégrante de la “terre d’Israël”. Le jour de son entrée en fonctions, elle a exposé son credo devant un aréopage de diplomates et de hauts fonctionnaires de son ministère : “Il est important de répéter que cette terre nous appartient. Elle est entièrement à nous. (…) Le monde comprend les besoins sécuritaires d’Israël, mais les arguments d’éthique et de justice les supplantent toujours.” Et de citer Rachi, un talmudiste du XIe siècle : “C’est par sa volonté que [Dieu] donna Canaan aux sept peuples, et c’est par sa volonté qu’il la leur reprit et nous la donna…” ». Tzipi Hotovely s’est aussi singularisée en déclarant en octobre dernier qu’elle “rêve de voir le drapeau israélien flotter sur le Mont du Temple” (le Haram al-Sharif, pour les musulmans).