Un check point à l’ULB : oui, il faut aussi boycotter les universités israéliennes, au service de l’occupation

Gros émoi dans les milieux sionistes bruxellois : imaginez qu’à l’occasion de la “Journée de la Terre”, marquée à l’échelle internationale par une série d’actions dans le cadre de la campagne BDS (Boycott, Desinvestissement, Sanctions), des étudiants de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) ont installé à une des entrée du campus du Solbosch un simulacre de “chek point”.

“Attac ULB” en fait le récit sur son site web (page qui n’est plus disponible – MàJ 2016) :

«Le lundi 29 mars 2010 une barrière de militaires se déploie sur l’avenue Paul Héger pour filtrer les passants en leur demandant leur carte d’identité et en posant des questions inquisitrices.

“Vous venez d’où ?”, “Comment s’appelle votre père ?”, “Vous avez des amis qui voyagent au Moyen Orient ?”, “Vous allez au cours de droit ? Quel type de droit ? Vous faites partie d’une organisation politique ?”

Les personnes interpellées réagissent de manière différente. La majorité accepte de montrer ses papiers et de répondre aux questions. Ils baissent le regard devant l’autorité sans poser aucune question. Certains protestent en disant qu’il s’agit d’une intervention non démocratique et veulent savoir qui a donné l’ordre de faire rentrer l’armée sur le campus. D’autres gens rigolent en comprenant qu’il ne s’agit pas de vrais militaires. D’autres encore ont peur : une dame pleure, un jeune tremble… ils n’apprécient pas le climat de tension.

Derrière les militaires, d’autres étudiants distribuent des tracts sur le boycott académique de l’état d’Israël et expliquent les motivations de l’action.

Il s’agit d’une action militante de mise en situation. Chaque jour, les Palestiniens doivent attendre des heures aux checkpoints en répondant à de nombreuses questions et en attendant la bienveillance des militaires israéliens. Ils sont bloqués lorsqu’ils doivent aller au travail, à l’école, voir la famille ou aller chercher de l’eau…»

Il est plutôt inquiétant que, comme le signale l’auteur de ce petit compte rendu “la majorité accepte de montrer ses papiers et de répondre aux questions. Ils baissent le regard devant l’autorité sans poser aucune question. Voilà qui n’est pas très rassurant quant à la formation dispensée aux futures élites, laquelle ne saurait évidemment se résumer à l’acquisition de compétences à finalité économique…

Le simili “checkpoint” étudiant était pourtant particulièrement bon enfant, soft,  surtout si on le compare à ce que subissent quotidiennement (et en général à plusieurs reprises) les Palestiniens, ne serait-ce parce qu’aucune arme, même factice, n’était bien évidemment braquée sur les passants, nul barbelé n’était déroulé, par le moindre mirador à l’horizon…

Que l’on compare ces scènes de la vie quotidienne des Palestiniens, dès qu’ils doivent se déplacer dans LEUR territoire, sous l’occupation israélienne (qui dure, faut-il le rappeler, depuis 42 ans !) [1] …

f0b7no8o checkpoint-strip_576x445
check_point_hebron_23_2_2007

Palestinian women wait to cross an Israeli checkpoint on their way from the West Bank town of Bethlehem to attend prayers in the Al-Aqsa Mosque compound in Jerusalem, the third Friday of the Muslim holy month of Ramadan, Israel loosened restrictions governing who can enter Jerusalem from the West Bank to allow Palestinian men over 50 and women over 45 to enter, as well as Palestinians with special permits. Under usual Israeli restrictions, only Palestinians with permits are allowed to enter Jerusalem from the West Bank. Nasser Shiyoukhi-AP

.. avec les photos de l’action de sensibilisation uelbiste, dont Rubinfeld et l’UEJB font si grand cas, et qui sont visibles LA.

EXPLOITATION CYNIQUE D’UNE HAINE IMAGINAIRE

Cette passivité et cette docilité de la majorité des personnes qui fréquentaient, ce matin-là,  le campus de l’ULB ne sont pourtant pas ce qui chagrine Joël Rubinfeld, ancien regrettable président du CCOJB , et d’autres zélateurs du gouvernement Netanyahou, qui veulent voir dans cette action “une diabolisation de l’État juif”, symptomatique – on l’aura deviné sans peine – de l’insupportable climat d’antisémitisme qui règne selon eux à l’université de Bruxelles.

La preuve (selon eux) : ils tiennent à rappeler qu’un professeur (non identifié) aurait lancé à une étudiante juive  : «All Israeli are bastards !», avant d’ajouter :«Je ne vais pas te dire ce que je pense des Juifs parce que ça va te choquer».

L’autre matin ? Non ! …en 2004 (sans autre précision) !

On mesure l’intensité du climat de terreur judéophobe dans lequel vit, à en croire ces vigies sionistes, la communauté universitaire de l’ULB, qui compte plusieurs milliers de personnes : il y a six ans auraient été prononcée, par une personne non identifiée et dans des circonstances mystérieuses, deux phrases qui, pour regrettables qu’elle soient [2], ne semblent quand même pas justifier qu’on convoque d’urgence un nouveau tribunal de Nuremberg. A moins que Rubinfeld & Co réclament l’imprescriptibilité de ce crime inexpiable ?

Rubinfeld & Co – qui ont plus de mémoire que d’honnêteté intellectuelle – font aussi grand cas, histoire de faire croire que le mal de l’antisémitisme – leur fond de commerce – ne ronge pas que l’UBL mais toutes les universités belges, à l’occasion de cette action de sensibilisation estudiantine, du fait que «327 professeurs, assistants et chercheurs universitaires belges appellent, dans les colonnes du Soir, à “la suspension de l’Accord d’association économique conclu entre la Communauté européenne et Israël”», ce qui d’une part n’a en soi aucune connotation antisémite, et d’autre part remonte… à 2001.

Il serait d’ailleurs grand temps – merci à eux de nous le rappeler – que pareil appel soit réitéré et suivi d’effets, la violation des dits accords par Israël étant constante et dûment constatée par la Cour européenne de Justice et la politique du gouvernement israélien étant ce qu’elle est.

brita

 

LES UNIVERSITÉS ISRAÉLIENNES FONT PARTIE INTÉGRANTE DU DISPOSITIF DE L’OCCUPATION, DE LA COLONISATION ET DE L’AGRESSION

Mais, puisque c’est du boycott académique d’Israël qu’il s’agit, laissons là les élucubrations rubinfeldiennes et jetons un coup d’oeil sur un récent rapport du Alternative Information Center de Jérusalem, consacré à « l’économie de l’occupation » et plus particulièrement à « la complicité des institutions universitaires d’Israël dans l’occupation des territoires palestiniens« .

Boycott_univ_d_Israel_Uri_Yacobi_Keller-final_100321

Téléchargez le rapport : cliquez ici

L’auteur, Uri Yacobi Keller, relève par exemple ceci  (p. 6 ) :

Le Technion, l’institution israélienne la plus renommée pour les sciences appliquées telles que l’ingénierie et l’informatique, s’est quasiment enrôlé dans l’armée. Le Technion, comme la plupart des universités israéliennes, est fier de ses projets en R&D conduits pour les forces de sécurité israéliennes. Comme exemple des projets les plus brutaux, il y a le développement du bulldozer «D9 » télécommandé utilisé par l’armée israélienne pour démolir les maisons palestiniennes et la mise au point d’une méthode pour détecter les tunnels souterrains, développée spécifiquement pour assister l’armée israélienne dans son siège continu de la bande de Gaza. L’étendue de la coopération entre le Technion et l’armée israélienne a été démontrée quand le Technion a ouvert un centre pour le développement de l’optoélectronique en complet partenariat avec Elbit, une des plus grosses compagnies privées israéliennes de recherche sur l’armement, aussi lourdement impliquée dans le développement pour l’armée israélienne.

Le Caterpillar D-9 version militaire à l'oeuvre
Un Caterpillar D9 blindé de l’armée israélienne, utilisé notamment pour abattre des maisons palestiniennes. C’est aussi un de ces engins qui a tué Rachel Corrie à Rafah, le 16 mars 2003.

Quoique le Technion soit l’institution universitaire la plus connue et la plus prestigieuse coopérant avec l’armée israélienne pour développer des techniques militaires, elle n’est pas la seule à le faire. Un rapport récent de la Palestinian Society de la School for Oriental and African Studies (SOAS) a révélé que l’université de Tel-Aviv a participé à pas moins de 55 projets technologiques associés avec l’armée israélienne, particulièrement dans le domaine de l’optoélectronique. Elle a hébergé des congrès sur l’optoélectronique et la robotique auxquels partici­paient des firmes d’armement. L’université Bar-Ilan a aussi participé à une recherche en coopération avec l’armée, particulièrement pour développer l’intelligence artificielle pour les véhicules de combat sans pilote.

D’autres instituts universitaires tels que l’institut Weizman ont été aussi impliqués dans le développement au service de l’armée israélienne . Des institutions universitaires comme le Centre Interdisciplinaire de Herzliya ou le collège de Holon sont fiers du fait que leurs étudiants travaillent ensuite dans des compagnies d’armement comme Elbit et RAFAEL. L’institut Wingate a aussi des projets coopératifs avec les forces de sécurité israéliennes, quoiqu’ils concernent plus la forme physique que le développement d’armes.

Un exemple des fruits mortels d’une telle coopération fut révélé pendant les attaques militaires d’Israël contre la bande de Gaza, quand au moins 29 civils Palestiniens furent tués par un drone israélien.

Et il poursuit :

Beaucoup d’étudiants israéliens vont vers des études universitaires en ingénierie ou en informatique en espérant une carrière dans un secteur High Tech lucratif. Dans les études pour des diplômes de haut niveau, il est devenu pratique courante dans plusieurs universités israéliennes, pour les étudiants en maîtrise ou en thèse, d’avoir un professeur d’université comme enseignant formel, mais quelqu’un d’extérieur à l’université comme instructeur de facto. Cette personne extérieure est d’ordinaire un chercheur ou un manager d’une société commerciale high-tech qui guide l’étudiant dans une recherche fortement liée à celles de la société.

Quoiqu’il soit difficile de détecter ce type d’implication, parce qu’elle est rarement mentionnée dans les documents officiels, on trouve des indicateurs de ce processus dans la coopération et les liens entre les instituts universitaires et des compagnies telles qu’Elbit, RAFAEL et autres créateurs d’armes. C’est particulièrement apparent au Technion qui, en plus de ce qui précède, a aussi formé des ingénieurs spécifiquement pour travailler dans Elbit et RAFAEL et où des étudiants ont été impliqués directement dans le développement d’armes complexes au cours des recherches pour leurs thèses universitaires. En juin 2008, Elbit a annoncé publiquement que lors de chacune des cinq années à venir il attribuerait un demi-million de dollars de bourses à des étudiants chercheurs au Technion. Cette publicité inhabituelle du parrainage de recherche est un indicateur de la relation spéciale entre le Technion et Elbit.

Elbit est cette société (dont le PDG, Yossi Acker­man, a reçu un titre de docteur honoris-causa du Technion), lourdement impliquée dans la fabri­cation des équipements électroniques dont le “mur de l’apartheid” (un ensemble de clôtures et de détecteurs électroniques, sur la majeure partie de sa longueur) est parsemé, et que le principal fonds de pensions suédois vient de décider de boycotter pour des raisons éthiques. Quant à RAFAEL, c’est une société à capitaux d’état, qui développe des drones et aussi le système anti-missiles “iron dome”, dont certains observateurs estiment que la mise au point est le prélude à la prochaine guerre d’agression d’Israël (vers le Liban ? vers Gaza ? vers l’Iran ?), dont nul ne doute qu’elle soit activement préparée.

L’auteur du rapport insiste aussi sur le soutien particulier apporté aux étudiants-soldats par les institutions universitaires, et sur les discriminations qui frappent au contraire les étudiants arabes (qui ne peuvent servir dans l’armée israélienne) (p. 7) :

La loi israélienne elle-même dispose que les universités accordent un traitement spécial aux étu­diants réservistes et aucune université n’a jamais exprimé d’opposition même symbolique à cette interférence politique dans la sphère universitaire ; au contraire, presque toutes sont venues avec leurs moyens originaux au devant des soldats pour les soutenir ainsi que le programme guerrier israélien (bien au-delà de ce qui demande la loi).

Le moyen le plus ordinaire est l’attribution de bourses et d’avantages universitaires, parfois seulement basées sur le service militaire passé, présent ou futur. Beaucoup de bourses, y compris certaines bourses de l’université, sont attribuées aux candidats qui ont servi dans l’armée et il est aussi facile de trouver des bourses attribuées uniquement aux soldats.

L’université de Haïfa, par exemple, a sponsorisé des bourses d’études réservées aux soldats en mémoire des soldats tombés. D’autres formes d’aide universitaire attribuées aux soldats étudiants incluent des cours supplémentaires gratuits, des dates d’examens particulières, et la prise en compte d’absences des cours. Cette prise en compte est plus généreuse que celle donnée aux étudiants qui demandent de telles mesures pour des raisons de santé par exemple. Récemment les IUI ont même commencé à reconnaître les cours d’entraînement militaire comme des unités de valeur. (…)

La période de l’opération « Plomb fondu » – l’attaque d’Israël sur Gaza qui a conduit à la mort de plus d’un millier de Palestiniens – a témoigné d’une augmentation distincte du soutien universitaire apporté aux soldats. L’université Ben Gourion a surpassé toutes les autres en don­nant une allocation spéciale de 180 NIS (approximativement 35 €) par jour de service aux étu­diants s’engageant comme réservistes, en plus des autres avantages. L’université hébraïque, le Technion, l’université de Haïfa et l’université Bar Ilan ont aussi donné aux étudiants réservistes participant au combat des avantages universitaires en plus des avantages ordinaires pour les réservistes. Parmi les instituts non universitaires, le plus remarquable est probablement le centre universitaire Peres, qui a fourni des bourses de 10 000 NIS (environ 2000 €) aux vétérans de l’opération.

Ces primes aux étudiants qui participent aux opérations militaires ne sont pas une nouveauté, puisque, signale le rapport, elle avaient par exemple aussi été attribuées aux étudiants qui avaient pris part, en 2002, à l' »opération rempart » qui s’était soldée par la dévastation complète du camp de réfugiés de Jenine, accompagnée de crimes de guerre caractérisés.

On est donc bien loin de la vision idéalisée d’institutions universitaires au sein desquelles chacun ne se consacrerait entièrement, sans se préoccuper des tumultes de l’époque, qu’à faire progresser les sciences…

Autre exemple :

Le Centre Interdisciplinaire de Herzliya (CID), probablement le plus prestigieux de tous les instituts supérieurs non universitaires israéliens, a fait du soutien à l’armée israélienne une partie intégrante de son programme public. Le CID réserve 10% de ses effectifs étudiants à des anciens combattants des unités de combat d’élite de l’armée israélienne, qui bénéficient en plus de critères d’acceptation abaissés. De plus il donne des bourses aux anciens combattants des unités de combat d’origine juive-éthiopienne.

Le CID s’enorgueillit aussi d’avoir donné un soutien supplémentaire aux soldats étudiants pendant les attaques sur Gaza. La méthode consistant à donner une bourse importante sur la seule base d’un ancien service dans l’armée israélienne est devenue populaire dans beaucoup de collèges plus petits et moins renommés, particulièrement dans les domaines high-tech tels que l’ingénierie. Le collège Tel Hai et la Kiryia for Engineering and Technology, par exemple, offrent chacun une bourse de 90 % aux anciens soldats.

De tout ceci, et d’autres exemples cités en abondance dans le rapport, il se déduit que  les universités et les collèges israéliens apportent à l’armée et à la politique gouvernementale…

… un soutien inconditionnel, mais les examiner seulement de ce point de vue cache une partie du tableau. Ce type de soutien, que ce soit par bourses, transferts d’argent, avantages universitaires ou indulgences, est aussi discriminatoire contre ceux qui ne sont pas enrôlés dans l’armée israélienne.

A commencer par les  “citoyens palestiniens d’Israël”, qui ne servent pas dans l’armée de “l’État juif”.

Le petit collège Carmel a causé un tumulte quand une conversation enregistrée entre les fonctionnaires du collège a confirmé qu’un Département tout entier était fermé par ce que « trop d’étudiants » Palestiniens s’y étaient inscrits.

(voir à ce propos cet article de Haaretz qui date de 2003 : la politique discriminatoire raciste dans l’enseignement supérieur israélien ne date pas d’hier ! – NDLR)

Mais ceci est une exception. La discrimination contre les citoyens Palestiniens d’Israël est habituellement bien plus subtile, en employant des critères administratifs basés sur le service militaire antérieur pour bénéficier de services universitaires.

Par exemple, le programme «Atidim» de réserve universitaire, déjà mentionné, fait aussi tourner un programme de financement d’études pour des étudiants d’origine sociale marginalisée ou affaiblie. Alors que ce programme n’a pas de rapport avec le service militaire, il n’inclut que des villes et des colonies dont la population est enrôlée dans l’armée (ou, en d’autres termes, dont la population ethnique n’est pas palestinienne).

Tous les organismes susmentionnés soutenant «Atidim » doivent être considérés comme encourageant la discrimination raciale. De telles mesures bureaucratiques discriminatoires ont été aussi utilisées par l’université de Haïfa pour exclure des citoyens Palestiniens d’Israël des logements étudiants subventionnés de son campus.

La Cour Suprême d’Israël elle-même s’est prononcée contre l’université et a déclaré qu’un tel traitement constitue une discrimination et devrait être aboli, mais il est évident d’après les exemples mentionnés ici que le traitement préférentiel pour les soldats, ex-soldats et futurs soldats est profondément enraciné dans pratiquement toutes les IUI et devrait par conséquent être considéré comme discriminatoire contre les Palestiniens citoyens d’Israël.

Alors que les citoyens Palestiniens d’Israël constituent plus de 20 % de la population du pays, seuls 9,5 % des étudiants en licence, 4,8 % des étudiants en mastère 2, 3,2 % des doctorants et un maigre 1 % du personnel universitaire des IUI sont Palestiniens. Il y a trois fois plus de chances que les candidats Palestiniens soient rejetés par les IUI que les candidats Juifs. Cette situation doit aussi être une conséquence de la discrimination et de la négligence de l’éducation des citoyens Palestiniens d’Israël à tous les niveaux, mais les universités israéliennes et les collèges ne semblent pas s’intéresser à cette situation. Quoique l’arabe soit une langue officielle d’Israël et la première langue de plus d’1/5 de la population israélienne, aucune des IUI n’a de programmes d’études en arabe.

Le rapport détaille encore de nombreux autres aspects de l’implication totale des institutions universitaires israéliennes dans la politique militaire, dans l’occupation, dans la colonisation, dans l’instauration d’un apartheid de plus en plus strict et dans l’annexion rampante d’une partie sans cesse croissante des territoires palestiniennes :

Centres de savoir et de personnes influentes, les universités israéliennes sont parfois impliquées non seulement dans une saisie de terres pour leur compte, mais aussi dans la détermination de la politique officielle d’occupation israélienne. Les cas où la recherche universitaire fusionne avec la politique gouvernementale ou sécuritaire sont difficiles à détecter, mais celui du Département de géostratégie de l’université de Haïfa est un cas clair. Un des membres les plus éminents du Département est Arnon Sofer, qui le dirige et dirige le Collège pour la sécurité nationale de l’armée.

Dans un article célébrant cinq années de travail du Département de géostratégie, Sofer se vante de l’influence du Département sur les politiques prises par Israël dans des sujets tels que le Mur de séparation et le droit palestinien au retour. Le Département, partie officielle de l’université de Haïfa, prend ainsi une attitude politique claire, Sofer mentionne que le sujet directeur du département est le « problème démographique » (l’université de Haïfa a aussi organisé une conférence sur ce sujet), une façon de définir le taux de reproduction parmi les Palestiniens, qui est plus élevé que celui des Juifs israéliens, comme un « problème ».

Il n’en reste pas moins que l’idée de boycott rencontre une certaine résistance dans le milieu académique, notamment, note l’auteur du rapport, parce que…

…un des arguments les plus usuels contre un boycott universitaire d’Israël est la notion de « Liberté Académique » qui postule que les universitaires et les institutions universitaires devraient bénéficier d’une liberté quasi totale d’expression, de pensée et de recherches universitaires. Un autre argument fréquemment utilisé, très proche de celui de la liberté académique, est la demande d’une séparation entre université et politique et l’affirmation que les IUI ne devraient pas être la cible d’un boycott dû à la situation politique et aux actions entreprises par les politiciens israéliens.

La réponse d’une motion de boycott idéologique à ces arguments serait qu’il y a effectivement une séparation entre l’académique et le politique, mais que la demande d’une telle séparation est en fait un argument qui soutient très fortement un boycott universitaire.

Comme il est prouvé ici, au sein de quasiment tous les instituts universitaires israéliens, les institutions politiques et universitaires ne sont pas du tout séparées. De plus l’effacement des frontières entre ces deux sphères est fait non seulement avec le consentement à la coopération des principaux IUI, mais avec leurs encouragements et initiatives actives. La plupart des IUI ne peuvent pas être traitées d’organisations « neutres » ou apolitiques, et comme telles ne peuvent pas se cacher derrière la liberté académique, simplement parce qu’elles-mêmes ne sont pas académiques et apolitiques.

(…) Même les quelques cas où les universités ont agi en opposition à l’occupation, comme la lutte admirable et réussie pour permettre à quelques doctorants Palestiniens de Cisjordanie d’être inscrits à l’université hébraïque malgré l’opposition de l’armée, ou le soutien à des étudiantes Bédouines à l’université Ben Gourion, ne peuvent cacher le soutien inconditionnel que ces universités apportent à l’occupation en général. Alors que ces cas montrent que des voix rejetant l’occupation existent dans les universités israéliennes, ils ne peuvent guère cacher la politique générale prise par les institutions elles-mêmes.

CQFD : un boycott des institutions universitaires israéliennes est un devoir moral pour toute communauté académique d’un pays démocratique authentiquement attachée à la défense des idéaux qui la fondent.

Luc Delval           

Lire aussi : « Quand les généraux s’imposent dans les salles de cours« .


[1] On s’est abstenu volontairement de choisir des photos sanglantes. Il n’en manque pourtant pas.
[2] La première parce qu’elle procède d’une généralisation idiote, qu’il s’agisse d’ailleurs de stigmatiser une nationalité, une religion, une profession ou quelque autre groupe humain (elle englobe donc la minorité arabe israélienne), la seconde parce, quoique non explicite, qu’elle contient un sous-entendu qui ne témoigne effectivement pas, à priori, d’une quelconque bienveillance à l’égard des juifs.

 

Print Friendly, PDF & Email