Toujours aussi courageuse et cohérente, l’U.E. cherche à revenir dans les bonnes grâces de Netanyahou

Credit : Amos Ben Gershom / GPO

L’Union Européenne n’aura pas tardé à aller implorer le pardon de Netanyahou.

En novembre 2015, on s’en souvient, elle a adopté des “lignes directrices” à propos de l’étiquetage des produits des colonies israéliennes de Cisjordanie et du Golan écoulés sur son marché, se donnant ainsi à très peu de frais des allures de défenseur du droit. Ces “lignes directrices” – mesure d’ailleurs présentée comme “purement technique” – ne sont rien d’autre que de simples modalités d’exécution des dispositions existantes depuis des années et dont Israël, pour ne pas rompre avec ses habitudes, ne tenait aucun compte.

Et encore faudra-t-il pour qu’elles aient le moindre effet pratique que les États membre de l’U.E. les transposent dans leur législation interne, ce qui ne manquera pas de prendre des années vu d’une part les réticences immédiatement enregistrées dans certains pays (dont l’Allemagne, qui n’est pas le plus négligeables des marchés) et le lobbying pro-israélien qui s’exerce avec virulence et constance.

De plus, des mesures concernant l’étiquetage ont pour effet paradoxal de donner une forme de légitimité européenne à ces produits qui sont directement issus d’une violation du droit international par un État voyou, face à laquelle la seule attitude cohérente – ainsi que l’ont souligné des juristes, et non des moindres – consisterait à les interdire purement et simplement.

Qu’importe ! Le gouvernement et les médias israéliens n’allaient évidemment pas manquer l’occasion d’exploiter une fois de plus son filon favori et de poser Israël en éternelle victime. Les accusations d’antisémitisme n’ont bien entendu pas manqué, et avec la dose indispensable de chutzpah, Netanyahou a annoncé qu’il suspendait la participation de l’U.E. aux “processus de paix”. Une mesure dont on mesure toute la portée en rappelant 1) qu’il n’y a pas de processus de paix et 2) que l’Europe n’a jamais pesé bien lourd dans le simulacre auquel on a donné ce nom.

Les hurlements du gouvernement et des diplomates israéliens avaient eu pour premier résultat, à la mi-janvier 2016, de bloquer – sous la pression de la Roumanie, la Grèce, le Hongrie et la Pologne – l’adoption par les Ministres des Affaires étrangères de l’U.E. des positions “dures” proposées (entendez par là que le projet prévoyait initialement l’affirmation que «l’Union Européenne continuera à faire une distinction explicite et sans équivoque entre Israël  et tous les territoires occupés en 1967»). Après une discussion dont la longueur témoigne des profondes divisions entre les États membres de l’U.E., qu’Israël ne manque pas d’exploiter, les Ministres ont quand même adopté un texte dans lequel :

«L’UE exprime son engagement pour faire en sorte que – conformément au droit international – tous les accords entre l’État d’Israël et l’Union Européenne indiquent sans équivoque et explicitement qu’ils ne sont pas applicables aux territoires occupés par Israël en 1967. Ceci ne constitue pas un boycott d’Israël, auquel l’UE s’oppose fermement».

C’est peu, c’est lâche, mais c’est évidemment beaucoup plus qu’Israël ne peut supporter, surtout face à une U.E. aussi divisée et donc aussi perméable aux pressions. Aussi, pour compléter le tableau, les Israéliens ont-ils  continué à témoigner très concrètement et très théâtralement le mépris – qui n’est pas totalement injustifié même s’il est inacceptable – que l’U.E. leur inspire, par exemple en démolissant des habitations financées par les contribuables européens pour les plus déshérités des Palestiniens.

Cette situation de chamailleries, dans laquelle il y a un des protagonistes (le grand, au nord de la Méditerranée) qui gesticule de manière un tantinet grotesque tandis que l’autre (le petit, de l’autre côté de la mer) lui donne des coups de pied dans les tibias sans craindre une réelle riposte, ne peut pas durer éternellement.

On a donc appris par Haaretz que des conversations secrètes ont commencé pour désamorcer la crise, avec notamment pour objectif de ramener l’U.E. dans le “processus de paix” qui n’existe pas. Selon Haaretz «des officiels à Jérusalem ont déclaré qu’Israël et l’Union Européenne travaillent ensemble afin d’aboutir à un accord qui comprendra des efforts mutuels afin de remettre les relations sur les rails».

La part européenne de ces «efforts mutuels» pourrait donc consister à rendre encore plus inopérante la décision sur l’étiquetage des produits des colonies (des étiquettes invisibles ? ou en hébreu ?) et donc à éloigner encore un peu l’U.E. du respect de ses obligations juridiques et morales.

Helga Schmid

La semaine dernière – selon Haaretz – Helga Schmid, l’adjointe de Federica Mogherini, s’est rendue secrètement en Israël avec toute une équipe. Elle a notamment rencontré le directeur général du Ministère israélien des Affaires étrangères, des représentants du “Conseil national de sécurité” israélien (n’oublions pas que les étiquettes sur les emballages de Houmous constituent une “menace existentielle” pour Israël et rappellent cruellement la pire période du nazisme !) et des membres du cabinet du Premier Ministre. Tous ces braves gens se sont, toujours selon Haaretz, évertués à faire passer un message aux représentants de l’U.E. : celle-ci doit adopter «une approche plus respectueuse et plus équilibrée» envers Israël. (Il faut par exemple que les fonctionnaire européens arrêtent de démolir à grand coups de pioches les habitations qu’Israël finance pour les SDF dans les capitales européennes).

On peut s’attendre à tout. Pour mémoire, en 2011 déjà Amira Hass épinglait Helga Schmid, qui à l’époque était la représentante de l’U.E. au sein du “Quartet” (le “machin” sans aucune existence légale, regroupant les États-Unis, la Russie, l’ONU et l’U.E., institué pour piloter la “feuille de route” inventée par G.W. Bush en 2002 soi-disant pour conduire à un accord de paix dans les 3 ans) pour avoir mis sur un pied d’égalité d’une part la colonisation du territoire de la Palestine et d’autre part la demande d’admission palestinienne à l’UNESCO, en qualifiant l’une et l’autre de “provocation. On mesure à la fois la qualité du jugement et l’indépendance d’esprit de la dame…

La visite de Schmid en Israël fait suite à une première rencontre entre Netanyahou et Mogherini en marge du Forum économique mondial de Davos. Quel meilleur environnement rêver pour parler du droit du peuple palestinien à disposer de lui-même ?

L.D.           

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