Sur Facebook, l’armée israélienne utilise sans complexes les trucages les plus grossiers

Un infographique censé montrer des attaques palestiniennes en Cisjordanie propose en fait une photo tirée durant des manifestations de protestation à Bahreïn. Ce ne serait pas la première fois que l’armée israélienne poste des images trompeuses sur Facebook.

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Le 17 octobre, l’armée israélienne a posté l’infographie ci-dessus sur sa page Facebook. L’image comprend une photo d’un jeune homme masqué brandissant un cocktail Molotov, ainsi que des statistiques à propos du nombre d’attaques à la “bombe incendiaire” (terminologie tendant à faire croire que le projectile contient de l’explosif) contre les Israéliens en Cisjordanie depuis le début 2012. L’armée israélienne invite instamment les usagers de Facebook à partager cette image « car les médias traditionnels ne le feront pas ».

En fait, les médias traditionnels ont partagé cette photo jusqu’à la nausée – dans leur couverture des protestations à Bahreïn. Cette image forte n’a rien à voir avec la « Judée, la Samarie » (1), les Palestiniens ou les Israéliens. Elle a été prise par le photographe de Reuters, Hamad I Mohammed, lors de protestations dans le village de Salmabad en avril dernier.

La fameuse photo de Reuters illustrant les protestations à Bahreïn, en avril 2012 (Photo : Reuters tumblr, http://reuters.tumblr.com/)
La fameuse photo de Reuters illustrant les protestations à Bahreïn, en avril 2012 (Photo : Reuters tumblr, http://reuters.tumblr.com/)

La décision de l’armée israélienne d’utiliser des photos étrangères pour illustrer des attaques en Cisjordanie en tant que composante de ses efforts de propagande (sans indiquer que l’image n’est qu’une illustration) peut susciter certaines questions intéressantes à propos de sa perception de l’éthique et de ses propres valeurs morales.

Ce n’est pas la première fois que l’armée est confrontée à ces critiques particulières. En juin, l’armée a illustré le mois de la « gay pride » en publiant une photo de deux soldats israéliens mâles se tenant les mains. Il a été révélé plus tard que les deux soldats ne formaient pas un couple et que seul l’un des deux était homosexuel.

L’utilisation d’une photo sans le moindre rapport avec l’incident qu’elle est censée illustrer était également plus frappante étant donné la récente réaction israélienne à une autre utilisation prétendument abusive de photographies.

En mars dernier, l’armée israélienne et des personnalités politiques ont exigé du bureau de l’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs – Nations unies) à Jérusalem qu’il licencie une femme de son équipe après qu’elle eut twitté la photo d’une fille mortellement blessée et dont elle avait dit qu’elle venait d’être tuée à Gaza, au cours de tirs israéliens.

Des activistes pro-israéliens et les fonctionnaires du gouvernement ont prétendu que la photo avait été publiée par Reuters en 2006 et une véritable campagne a été lancée pour ternir la réputation de l’employée de l’OCHA. Outre l’hypocrisie inhérente au fait de faire soi-même ce qu’on condamne chez les autres, nous devrions rappeler qu’il existe une distinction de taille entre les deux incidents : alors que l’employée de l’OCHA avait publié la photographie en question sur son compte Twitter privé, en tant que personne privée, les Forces de défense israéliennes sont un corps officiel et leur page sur Facebook est un canal officiel du gouvernement.

Il y a deux options, ici :

  1. L’armée israélienne ne connaissait pas la source de l’image prise à Bahreïn et ne s’est pas souciée de faire une enquête avant de choisir d’utiliser l’image (une « enquête » qui ne m’a pris que cinq minutes) ;
  2. l’armée était bel et bien consciente de l’origine de la photographie et elle a choisi de l’utiliser quand même de façon trompeuse.

La nouvelle section médiatique des porte-parole des FDI [L’armée israélienne d’occupation – NDLR] a été contactée pour un commentaire. Le présent article sera remis à jour au cas où nous recevrions une réponse. [Le 15 octobre 2015 : toujours pas de réponse… – NDLR]


(1) c’est ainsi qu’Israël nomme la Cisjordanie

Article publié sur 972 Magazine le 26 octobre 2012.

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