Sérieusement, que peut-on espérer d’une 85ème résolution du Conseil de sécurité sur la Palestine ?

 

  1. 57 (18 septembre 1948),
  2. 89 (17 novembre 1950),
  3. 93 (18 mai 1951),
  4. 100 (27 octobre 1953),
  5. 101 (24 novembre 1953),
  6. 106 (29 mars 1955),
  7. 111 (19 janvier 1956),
  8. 119 (31 octobre 1956),
  9. 171 (9 avril 1962),
  10. 228 (25 novembre 1966),
  11. 237 (14 juin 1967),
  12. 242 (22 novembre 1967),
  13. 248 (24 mars 1968),
  14. 250 (27 avril 1968),
  15. 251 (2 mai 1968),
  16. 252 (21 mai 1968),
  17. 256 (16 août 1968),
  18. 259 (27 septembre 1968),
  19. 262 (31 décembre 1968),
  20. 265 (1er avril 1969),
  21. 267 (3 juillet 1969),
  22. 270 (26 août 1969),
  23. 271 (15 septembre 1969),
  24. 279 (12 mai 1970),
  25. 280 (19 mai 1970),
  26. 285 (5 septembre 1970),
  27. 298 (25 septembre 1971),
  28. 313 (28 février 1972),
  29. 316 (26 juin 1972),
  30. 317 (21 juillet 1972),
  31. 332 (21 avril 1973),
  32. 337 (15 août 1973),
  33. 347 (24 avril 1974),
  34. 425 (19 mars 1978),
  35. 427 (3 mai 1978),
  36. 446 (22 mars 1979),
  37. 450 (14 juin 1979),
  38. 452 (20 juillet 1979),
  39. 465 (1er mars 1980),
  40. 467 (24 avril 1980),
  41. 468 (8 mai 1980),
  42. 471 (5 juin 1980),
  43. 469 (20 mai 1980),
  44. 476 (30 juin 1980),
  45. 478 (20 août 1980),
  46. 484 (19 décembre 1980),
  47. 487 (19 juin 1981),
  48. 497 (17 décembre 1981),
  49. 501 (25 février 1982),
  50. 509 (6 juin 1982),
  51. 515 (29 juillet 1982),
  52. 517 (4 août 1982),
  53. 518 (12 août 1982),
  54. 520 (17 septembre 1982),
  55. 521 (19 septembre 1982),
  56. 573 (4 octobre 1985),
  57. 592 (8 décembre 1986),
  58. 605 (22 décembre 1987),
  59. 607 (5 janvier 1988),
  60. 608 (14 janvier 1988),
  61. 611 (25 avril 1988),
  62. 636 (6 juillet 1989),
  63. 641 (30 août 1989),
  64. 672 (12 octobre 1990),
  65. 673 (24 octobre 1990),
  66. 681 (20 décembre 1990),
  67. 694 (24 mai 1991),
  68. 726 (6 janvier 1992),
  69. 799 (18 décembre 1992),
  70. 904 (18 mars 1994),
  71. 1073 (28 septembre 1996),
  72. 1322 (7 octobre 2000),
  73. 1402 (30 mars 2002),
  74. 1403 (4 avril 2002),
  75. 1435 (24 septembre 2002),
  76. 1544 (19 mai 2004),
  77. 1701 (11 août 2006),
  78. 1860 (8 janvier 2009),
  79. 1875 (23 juin 2009),
  80. 1887 (24 septembre 2009),
  81. 1894 (11 novembre 2009),
  82. 1937 (30 août 2010),
  83. 1994 (30 juin 2011),
  84. 2004 (30 août 2011)

Ce qui précède est la litanie des 84 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU*, dans lesquelles celui-ci n’a cessé depuis 1948 de « déplorer » (assez souvent « vivement« ), de se déclarer « vivement préoccupé« , de se dire « alarmé » et « choqué » (le cas échéant « profondément« ) par les violations du droit international dont Israël se rend coupable, de « souligner » l’importance et de « réaffirmer » certains principes essentiels (comme, à plusieurs reprises, « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre« ) ou encore d’exprimer « sa grave préoccupation » à propos des obstacles innombrables que les gouvernement israéliens successifs se sont ingéniés à mettre à tout règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien.

 

Plus rarement – car Washington veille au grain – le Conseil de sécurité a « condamné » (et même parfois « condamné vigoureusement« )  les agressions commises par Israël contre ses voisins et d’autres États, les massacres de civils par son armée ou par ses protégés, ou encore ses violations manifestes des résolutions précédentes, dont par ailleurs il ne cesse de réaffirmer rituellement la pleine validité.

A cette liste on devrait encore ajouter une quarantaine d’autres résolutions qui n’ont pu être approuvées, car les États-Unis y ont opposé leur véto, ce qui à tout prendre n’a pas en de grandes conséquences, puisque le résultat est toujours le même en tout état de cause : des 84 résolutions  votées pas une seule n’a été, si peu que ce soit, respectée par Israël, sauf bien entendu si cela convenait, sur tel ou tel aspect mineur, à son gouvernement.

Et ne parlons même pas des résolutions de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, fréquemment votées à l’unanimité mois 3 ou 4 voix : les États-Unis d’Amérique, Israël, la Micronésie et l’un ou l’autre vassal de l’Oncle Sam le cas échéant facile à acheter ou à intimider.

Et jamais, jamais au grand jamais, devant ces violations constantes des décisions et injonctions onusiennes les plus solennelles, jamais aucune sanction n’a été envisagée contre Israël, aucune force d’intervention n’a été mise sur pied. Au contraire, les pays occidentaux s’attachent à récompenser l’État-voyou N°1 (par exemple en le faisant entrer récemment à l’OCDE, et en ce qui concerne spécifiquement l’Europe en fermant les yeux sur la violation constante des accords douaniers ou en se préparant à admettre cet état nucléaire non signataire du Traité de non-prolifération au sein du CERN, ou encore en ce qui concerne les États-Unis à déverser en permanence sur Israël des milliards de dollars d’aide militaire et d’aide économique) et à pénaliser et intimider les citoyens qui tentent, avec leurs faibles moyens, d’exercer pacifiquement des pressions pour que les décisions de la « Communauté Internationale » soient respectées, par le biais de la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS).

Vendredi prochain, peut-être, le Conseil de Sécurité adoptera une nouvelle résolution relative au Moyen-Orient. La 85ème.

D’aucuns – dont une grande partie de la population palestinienne, qui estime avec raison que c’est le moins que la « communauté internationale » lui doive – espèrent qu’elle sera le signal de la reconnaissance par l’ONU de l’État de Palestine, et de son admission de plein pied en tant qu’État membre. D’autres le redoutent, les conséquences politiques et juridiques d’une telle reconnaissance étant loin d’être tous favorables au peuple palestinien.

L’expérience a démontré qu’il faut se montrer prudentissime quant à la capacité des « experts » de l’Autorité Palestinienne à mesurer toutes les conséquences, notamment juridiques, de leur actes **.

La décision onusienne serait au surplus prise à la demande d’une Autorité Palestinienne qui se maintient au pouvoir en dehors de toute légalité (le gouvernement Fayyad depuis le 13 juillet 2007 et Mahmoud Abbas à qui on sert encore du « Monsieur le Président » long comme le bras alors que le mandat qu’il tenait des urnes s’est terminé en janvier 2009, tandis que l’Autorité Palestinienne en tant qu’organe existe en dehors de tout cadre légal depuis le 14 septembre 2000).

De plus, comme le notait déjà Jean-François Legrain, chercheur français du CNRS ***, dans une note d’analyse fouillée de décembre 2009 :

« La dissolution de l’AP depuis Ramallah et le transfert de ses compétences à un État nécessiteraient une décision immédiate concernant le statut de la bande de Gaza. Du fait de la coupure institutionnelle entre l’AP de Ramallah et l’AP de Gaza née des événements de l’été 2007 et de la légalité contestée du président de l’AP, une décision de dissolution prise par Mahmoud Abbas n’engagerait, en effet, que l’AP de Cisjordanie.

L’AP de la bande de Gaza aurait ainsi toute latitude pour dénoncer le caractère anticonstitutionnel de cette dissolution sur la base de la Loi fondamentale d’où elle revendique sa propre légitimité. Réapparaîtra alors la question d’une éventuelle déclaration de la Bande comme « province en rébellion » ou « province sécessionniste », une hypothèse déjà évoquée par Mahmoud Abbas et le Fatah.

Une telle décision, lourde de conséquences sur l’unité du peuple palestinien et son projet national, n’aurait pourtant qu’une incidence selon toute vraisemblance réduite sur la population de Gaza, soumise depuis déjà plusieurs années à un strict blocus.

La communauté internationale, en effet, ne peut envisager d’augmenter sa pression devant le risque de déclencher une catastrophe humanitaire qui toucherait non seulement la population palestinienne mais également ses voisins.

La logique bien établie de Hamas dans sa conception de l’État rend inenvisageable tant la reconnaissance par l’AP de Gaza d’un éventuel État proclamé à Ramallah assortie de la demande de son intégration, que l’autodissolution de l’AP de Gaza au profit d’un État rival proclamé à Gaza.

La communauté internationale pourrait alors se retrouver confrontée à l’existence de deux structures palestiniennes antagonistes : un État palestinien sous l’égide de l’OLP dont la présidence serait à Ramallah, et une AP qui continuerait à fonctionner depuis Gaza sous la présidence intérimaire du Président de l’actuel Conseil Législatif Palestinien (CLP), dont le mandat serait prolongé dans l’attente de nouvelles élections.

L’État prétendrait inclure, d’une façon ou d’une autre, la bande de Gaza même si tout contrôle réel lui échapperait quand l’AP, au nom de la légitimité constitutionnelle du CLP élu en 2006, prétendrait représenter les populations non seulement de Gaza mais également de Cisjordanie, même si, là aussi, tout contrôle réel sur cette région lui échapperait.

La scission entre la Cisjordanie et la bande de Gaza n’en serait que renforcée.»

Qui peut croire, dans ce contexte, que la cause du peuple palestinien va progresser de manière décisive au cours de la semaine à venir ?

Si c’était le cas, il y a en tous cas 0,0000001% de chances que ce soit à New-York que l’événement décisif se produise.


* en supposant notre liste complète.
** lire ou relire à ce propos le très éclairant livre de Zyad Clot « Il n’y aura pas d’État palestinien »  (Ed. Max Milo) et/ou cet article
*** « Palestine : un État ? quel État ? » – synthèse des interventions de J-F Legrain effectuées les 9 et 10 novembre 2009 dans le cadre du Séminaire sur le Moyen-Orient organisé par le European Institute of Public Administration (EIPA) pour le secrétariat général du Conseil européen, le 12 novembre 2009 dans le cadre d’une réunion organisée par la direction Afrique du Nord-Moyen-Orient (ANMO) du ministère français des Affaires étrangères et des Affaires européennes autour de « L’État palestinien : conditions, enjeux et conséquences d’une reconnaissance éventuelle par l’Union européenne », et le 23 novembre dans le cadre d’une réunion organisée par la direction de la Prospective du même ministère autour de «Hamas face à l’État palestinien ».

 

Print Friendly, PDF & Email