Quinze ans après Oslo, Israël n’a rien appris et rien oublié

Quiconque chercherait encore une raison à ce fiasco appelé Oslo ferait bien de chercher du côté de l’« incident » des pompiers, quinze ans plus tard. Nous n’avons rien appris, et nous n’avons rien oublié.

Une cérémonie en l’honneur des pompiers palestiniens qui avaient participé à circonscrire le feu de forêt au Carmel la semaine dernière a été annulée [voir ICI à ce propos] : plusieurs de ces pompiers n’avaient pas obtenu, de l’armée israélienne, l’autorisation d’entrer en Israël.

Interrogée, l’Administration civile a fait savoir que c’était dû à une erreur technique, et elle exprimait même sa tristesse de voir la presse considérer cela comme un « incident ».

« Comment se fait-il que nous avons eu l’autorisation d’entrer pour aller éteindre l’incendie, et que nous ne l’avons pas maintenant pour une cérémonie en l’honneur de ce que nous avons fait ? » se a demandé l’Autorité palestinienne.

Après plus de 40 ans d’occupation, il semble qu’à Ramallah, il y en ait encore qui ne comprennent pas ce qu’est une occupation coloniale. La surprise, ce n’est pas qu’on les ait empêchés d’entrer, c’est qu’on les ait autorisés à venir éteindre l’incendie. Quelqu’un les a-t-il contrôlés ? Quelqu’un s’est-il assuré que leur équipement ne contenait pas d’explosif ? Quelqu’un a-t-il vérifié que le chef des pompiers palestiniens n’avait pas un « passé sur la sécurité » et que le conducteur du véhicule anti-incendie n’était pas recherché ?

Il y a bien des points sur tout cela qui méritent une commission gouvernementale d’enquête, et des têtes doivent tomber. Et s’il vous plaît, que ce ne soit pas celle de l’officier subalterne ou du sergent qui était responsable du check-point : non, c’est le ministre de la Défense, dans toute sa gloire, qui doit être tenu pour responsable et viré de son poste. Personne ne s’en plaindra, et peut-être que ce sera là, le résultat positif de l’incendie du Mont Carmel. Une fois encore, il y en a un qui s’est endormi pendant le service.

Quarante-quatre ans d’occupation coloniale par Israël – sans parler des décennies de colonialisme d’avant 1967 – ont complètement déformé la conscience collective israélienne, et il n’existe aucune chance pour qu’on y voie un Palestinien autrement que comme un sujet occupé, un sujet à la merci de tous les porteurs d’uniformes et des bureaucrates de l’occupation.

«  Erreur bureaucratique », a commenté le porte-parole d’Israël, mais c’est Israël, dans son intégralité, qui est une vaste bureaucratie coloniale par rapport à la population indigène. Un Palestinien est un Palestinien est un Palestinien : dans le meilleur des cas,  un problème, dans le pire, une menace.

Quand j’ai lu les journaux à propos de l’ « incident » des pompiers, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux dizaines « d’incidents » similaires qui l’ont précédé pendant la période d’Oslo, quand les représentants des Palestiniens s’en allaient aux négociations officielles avec les dirigeants israéliens et étaient interpellés, retenus aux check-points ou contraints d’endurer des contrôles humiliants, comme n’importe quel Palestinien.

« Erreur bureaucratique », disaient-ils à l’époque, comme aujourd’hui, et ils s’excusaient. « Réflexe colonial » est une expression qui conviendrait mieux à cette situation où tous les bureaucrates et officiers sont incapables de voir dans le Palestinien autre chose qu’un indigène sous leur autorité. Non pas un pompier sur le chemin du feu, non pas un médecin dans une ambulance, non : un indigène.

Quiconque chercherait encore une raison à ce fiasco appelé Oslo ferait bien de chercher du côté de l’« incident » des pompiers, quinze ans plus tard. Nous n’avons rien appris, et nous n’avons rien oublié.

Cette mentalité d’arrogance chronique est tout aussi manifeste en ce qui concerne l’aide internationale qui fut accordée à Israël pendant les incendies : nous avons été obligés de l’accepter, y compris de la Turquie, et de remercier les chefs d’État qui avaient envoyé cette aide, mais c’est resté en travers de la gorge de Netanyahou.

« Le monde entier est contre nous », « peu importe ce que disent les goïm », et « rien que le peuple »; telle est la philosophie sioniste. Pas d’aide internationale, et certainement pas de manifestation de reconnaissance. Et dire que dans le cas de la Turquie, les remerciements doivent être accompagnés d’excuses pour le massacre perpétré par les commandos de la marine d’Israël sur le Mavi Marmara.

avion_incendieLe dernier aspect et le plus pathétique, le meilleur, c’est pour le super-tanker américain [1] : si seulement il était arrivé tout de suite, nous n’aurions pas eu besoin des Turcs et des Grecs, et certainement pas des Palestiniens. Des États-Unis, Israël est prêt à tout accepter, c’est naturel puisque c’est au sein de la même famille et nul besoin de reconnaissance – comme nous l’avons vu dans le comportement de Netanyahou envers la demande américaine concernant un moratoire sur la construction des colonies.

Bibi, dis-leur dans quel siècle nous vivons, si peu connaissent le néoconservatisme comme toi… Toi tu en as fait une religion, et des principes de la liberté des marchés tu as fait le onzième commandement…


[1] Les États-Unis ont envoyé le plus gros « bombardier d’eau » du monde, un Boeing 747 capable de larguer en une seule fois 94.000 litres d’eau sur le feu. (NDLR)

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