Pourquoi l’aide militaire d’Obama à Israël bat tous les records

L’administration Obama offre à Israël « la plus importante garantie d’assistance militaire de l’histoire des États-Unis à quelque pays que ce soit », a confirmé un haut responsable américain.

Il s’agit d’un fait remarquable, si on le replace dans le contexte des allégations persistantes d’une actuelle « rupture » entre le président américain et son homologue israélien le Premier ministre Benjamin Netanyahou.

Cette garantie a été transmise samedi à Defense News, dans un rapport reprenant en détail tous les éléments de l’offre.

L’aide militaire record à Israël constituera l’héritage durable d’Obama, dans la question israélo-palestinienne, alors que son mandat de président touche à sa fin. (Photo : Mark Israel/Flickr)

Alors que les États-Unis n’en ont pas confirmé publiquement les spécificités – toujours en cours de négociation pour l’instant –, un ministre du cabinet israélien a déclaré à Defense News que l’offre d‘Obama verrait l’aide militaire américaine grimper à plus de 40 milliards de dollars au cours de la période de 10 ans débutant en 2018, alors qu’elle était de 30 milliards dans le programme entamé en 2008.

Israël est le plus important bénéficiaire de l’aide militaire américaine, selon Defense News, en prenant à son compte environ 55 pour 100 du total de cette aide. L’aide des États-Unis représente un quart du budget militaire israélien.

Israël bénéficiera également de dessous-de-table qui sont refusés aux autres pays : l’État juif auto-déclaré recevra ses milliards via le paiement d’une somme unique au début de chaque année fiscale, alors que les autres pays reçoivent leur aide sous forme de versements étalés.

Alors qu’il est exigé des autres pays qu’ils dépensent leur aide des États-Unis en armes et services américains, Israël est libre de dépenser environ un milliard de dollars chaque année pour subventionner ses propres fabricants d’armes et sa recherche, et pour développer des technologies qui pourraient finalement faire concurrence aux sociétés américaines.

Mais un haut responsable israélien récemment retraité et dont le nom n’a pas été cité, a déclaré à Defense News qu’il y avait un hic : selon la transaction d’Obama sur les armes, Israël ne pourra pas demander de « suppléments » annuels – des dons additionnels accordés par le Congrès américain, lesquels se sont élevés à 1,9 milliard de dollars de supplément par an en moyenne – sauf dans des « cas d’extrême urgence ».

Ce n’est pas vraiment un hic, toutefois. Il n’y a rien, dans ce que l’administration Obama pourrait convenir avec Israël, qui puisse réellement être contraignant pour un futur Congrès.

Qu’est-ce qui pourrait empêcher les démocrates et les républicains de Capitol Hill de poursuivre leurs pratiques consistant à accorder à Israël des suppléments annuels dépassant même les demandes introduites par le Pentagone au profit d’Israël ?

« Une offre réaliste »

Comme l’Organisation de libération de la Palestine devrait l’avoir appris après des décennies de prétendu « processus de paix », la stratégie de négociation d‘Israël consiste à empocher toutes les concessions possibles de la part du camp adverse, puis à entamer de nouvelles négociations pour obtenir plus encore, comme si Israël n’avait rien reçu jusqu’alors.

Tout indique que telle est bien l’approche israélienne. En dépit de la largesse sans précédent d’Obama, Israël se plaint publiquement de ce que le président américain ne se montre pas assez généreux.

La semaine dernière, le ministre du cabinet israélien Zeev Elkin, membre du parti Likoud de Netanyahou, a déclaré qu‘Israël attendait toujours une « offre réaliste » de la part de l’administration Obama.

Elkin ne faisait que prendre les devants sur son patron.

« L’Iran va obtenir environ 100 milliards de dollars, maintenant », a prétendu Netanyahou le mois dernier, lors du Forum économique mondial à Davos, en faisant allusion à l’argent même du pays qui doit être dégelé, suite à la levée des sanctions.

« L’aide américaine à Israël est d’environ 3,1 milliards de dollars et nous discutons d’une offre plus importante. Mais rappelez-vous que, même sur une période de dix ans, c’est bien pâle en comparaison avec les fonds énormes que l’Iran va obtenir », a déclaré le dirigeant israélien.

La semaine dernière, Netanyahou a déclaré à ses ministres que, si Israël n’obtenait pas ce qu’il voulait d‘Obama, « nous ne parviendrons peut-être pas à dégager un accord avec cette administration et il nous faudra en obtenir un avec l’administration suivante ».

La Maison-Blanche a répondu – sincèrement, sans nul doute – qu’Israël pouvait attendre, s’il le préférait, mais qu’il « ne trouvera certainement pas un président plus attaché à la sécurité d’Israël que ne l’est le président Obama ».

Israël et son lobby

Israël se comporte comme s’il était l’égal des États-Unis et comme s’il était engagé dans une « négociation » dans laquelle les deux camps ont quelque chose de substantiel à proposer et quelque chose de substantiel à recevoir l’un de l’autre.

C’est ce qu‘Israël et son lobby veulent faire croire aux gens. Le lobby se vante des bénéfices qu‘Israël rapporte prétendument à son bailleur de fonds américain – particulièrement sur le plan technologique.

Mais ces bénéfices sont marginaux, comparés au vaste complexe militaire, industriel et scientifique des États-Unis, dont la machine militaire globale de 600 milliards de dollars par an remarquerait à peine l’éventuelle disparition d’Israël.

Un coup d’œil sur l’arsenal israélien montre clairement que c’est Israël, qui est totalement dépendant de la technologie américaine, et non l’inverse.

Le fait est qu’Israël est un très petit État client des États-Unis, et d’une importance toute relative. Celle-ci est gonflée par divers facteurs, y compris son lobby intérieur démesuré et les engagements idéologiques de dirigeants américains comme Obama, qui prennent ouvertement fait et cause pour les « valeurs partagées » entre le passé historique d’implantation coloniale de l’Amérique et le sionisme.

Mais le pouvoir du lobby israélien n’est pas et n’a jamais été absolu. Il conviendrait plutôt de dire, comme Joseph Massad l’a affirmé, que son influence est proportionnelle à la proximité de l’alignement entre Israël et les intérêts impérialistes et hégémoniques des États-Unis.

Quand ils s’opposent – comme dans le cas de l’actuel rapprochement américain avec l’Iran –, l’establishment américain, et même Obama, n’a pas de problème pour défier le lobby.

Mais là où les dirigeants américains n’ont pas de désaccords substantiels vis-à-vis des actions israéliennes – tels le massacre de Palestiniens par Israël et le vol de leurs terres – il n’y a pas d’avantage, mais un coût énorme, à s’opposer au lobby.

En effet, les droits et les vies des Palestiniens ont été la monnaie d’échange qu’Obama a utilisée pour offrir des « compensations » à Israël pour l’accord avec l’Iran.

La nouvelle offre d’armes d’Obama, plus énorme que jamais, ne sera pas utilisée par Israël pour attaquer l’Iran et, par conséquent, elle n’interfère dans aucun intérêt hégémonique américain.

Les armes qu’Obama donne à Israël seront utilisées pour maintenir et entretenir l’occupation, l’apartheid et le colonialisme d’implantation israéliens en Palestine, sans parler de la récurrence des massacres à Gaza.

Voilà pourquoi Obama est si déterminé à conclure cette transaction record sur les armes avant la fin de son mandat.


Publié le 15 février 2016 sur The Electronic Intifada.
Traduction : Jean-Marie Flémal
 

Ali Abunimah

Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur des livres  One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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