Pourquoi la Palestine constitue une question majeure pour les syndicats britanniques

Un débat et un vote au Congrès des syndicats britanniques (TUC), le 11 septembre, ont marqué un nouveau tournant dans la solidarité avec la Palestine. La motion demandait la mise sur pied par le TUC d’une délégation pour Gaza, en conjonction avec la Campagne de solidarité avec la Palestine, et ce, afin de « définir comment le TUC pourrait contribuer efficacement à mettre un terme au blocus ».

Plusieurs orateurs se sont succédé à la tribune pour défendre la motion sur la Palestine, qui était appuyée par le Conseil général du TUC, et le Congrès a voté unanimement son soutien à la mise sur pied d’une délégation d’enquête dans le but de définir la meilleure façon de faire campagne pour mettre un terme au siège de Gaza.

Billy Hayes, le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la communication, a proposé la motion, qui était appuyée par Hugh Lanning, le secrétaire général adjoint du Syndicat des services publics et commerciaux. Après le vote, la Campagne de solidarité avec la Palestine a organisé une réunion – séparée du programme officiel du TUC – afin de discuter des nouvelles démarches dans la solidarité syndicale avec la Palestine. Dans son discours à la réunion, Hayes a déclaré qu’il était « enchanté » de voir le peu d’opposition qu’il y avait contre la proposition de mener une Campagne de solidarité avec la Palestine.

« C’est un grand hommage au travail que les partisans des Palestiniens ont réalisé ces dernières années au sein des syndicats », a fait remarquer Hayes, ajoutant qu’une fois que les syndicats ont entrepris des étapes prudentes pour modifier la politique, ils répugnent également à faire marche arrière (« Discours : la réunion parallèle en faveur la solidarité avec la Palestine, lors du congrès du TUC à Brighton »n Syndicat des communications, 11 septembre 2012).

Une évolution remarquable

Pour un corps syndical représentant 6,5 millions de travailleurs au Royaume-Uni, l’évolution en trois ans à peine a été remarquable. Le TUC a assisté à des tentatives désespérées des forces pro-israéliennes de bloquer une motion appelant au boycott des marchandises en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Mais la motion présentée cette année reflétait la détermination des nombreux syndicalistes désireux d’entreprendre des actions positives afin de mettre un terme aux activités criminelles d’Israël. Ils avaient vu les scènes de mort et de destruction à Gaza ce fameux hiver, au cours de l’Opération Plomb durci et ils avaient défilé dans les rues en guise de protestation. Cela avait soumis le mouvement syndical à une importante pression et c’est ce qui explique que la motion a été approuvée à une grande majorité par le congrès (« 2009 motions : 76 Palestine », TUC Congress Voices, 2009).

La motion a été approuvée en même temps qu’une déclaration par le Conseil général du TUC. Bien que la démarche de soutien à BDS ait été adoptée au sein de nombreux syndicats individuellement, elle engageait le mouvement syndical britannique dans son ensemble, via le TUC, à réclamer de la part du gouvernement qu’il cesse de vendre des armes à Israël, qu’il interdise l’importation de marchandises produites dans les colonies israéliennes illégales, qu’il soutienne les intentions de suspendre l’Accord associatif entre l’UE et Israël et qu’il travaille conjointement avec la Campagne de solidarité avec la Palestine (« Déclaration du Conseil général à propos du Moyen-Orient », 2009 [PDF]).

Ceci contribua à poser les bases du travail de campagne entrepris alors par la Campagne de solidarité avec la Palestine en compagnie du TUC, c’est-à-dire cibler les marchandises des colonies recourant à des matériaux communs, et insister auprès des syndicalistes au niveau local afin qu’ils mettent la pression sur les gérants de leurs supermarchés.

En septembre 2010, la démarche fit un nouveau pas vers l’avant et, cette fois, la conférence annuelle vota le boycott des sociétés tirant profit de l’occupation, des colonies et du mur israélien en Cisjordanie (« 2010 motions : C18 Palestine », TUC Congress Voices, 2010).

Cette conférence suivit une autre agression illégale et choquante de la part d’Israël – son assaut mortel contre la Flottille de la liberté qui emmenait de l’aide à Gaza, en mai de la même année. Cet assaut a eu lieu au moment même où le plus important syndical de Grande-Bretagne, Unite, tenait sa conférence. Les délégués à la conférence d’Unite ont afflué dans les rues afin de protester d’urgence contre le massacre de neuf passagers perpétré par les commandos israéliens et les blessures infligées à 80 autres passagers, sur le Mavi Marmara.

En 2011, cette mesure de boycott s’est étendue, avec un point supplémentaire concernant l’appel lancé par le TUC pour que les syndicats revoient tous leurs liens bilatéraux avec les organisations israéliennes, y compris la fédération syndicale israélienne Histadrut (« 2011 motions : 71 — Paix au Moyen-Orient et en Asie du Sud », TUC Congress Voices, 2011).

Des propos diffamatoires

Comme on pouvait s’y attendre, les personnes qui voulaient défendre les crimes d’Israël ont répondu en calomniant la Campagne de solidarité avec la Palestine ainsi que ceux qui avaient pris la parole lors du débat du TUC, ou en prétendant que, de toute façon, le dernier vote ne reflétait pas l’opinion des syndicats.

Jeremy Newmark, le principal responsable exécutif du Jewish Leadership Council (Conseil de la direction juive – Grande-Bretagne), qui avait dirigé la « Campagne contre le boycott » au Royaume-Uni et qui, en 2010, avait été nommé par le gouvernement israélien au groupe de travail de la Coalition mondiale pour Israël et contre BDS, a fait savoir sur Twitter que le débat se « caractérisait par un déséquilibre, des abus, du diabolisation et des comparaisons répugnantes avec l’Holocauste ».

Une évaluation plus réaliste a été publiée dans The Jewish Chronicle, dont le rédacteur en chef politique, Martin Bright, a fait remarquer que « les partisans d’Israël sont occupés à perdre la bataille des idées au Royaume-Uni. Cela est sans doute vrai depuis quelques temps. Si seulement ils pouvaient l’admettre. Mais, après la conférence du TUC de cette année, cela ne fait plus l’ombre d’un doute, à gauche, du moins. »

Et d’ajouter : « Mais le fait important, c’est que cette motion a été approuvé unanimement. Le consensus au sein de larges groupes de la gauche est tout bonnement celui-ci : Israël est l’oppresseur et les Palestiniens sont les opprimés » (« La communauté doit repenser à la façon de défendre la cause d’Israël », 13 septembre 2012).

Sur ce dernier point, Martin Bright a raison. Le consensus parmi tous ceux qui s’inquiètent honnêtement de la situation est précisément qu’il y a un occupant et un occupé ; un oppresseur et un opprimé. Aucun degré de hasbara – le terme utilisé pour désigner les efforts de propagande d’Israël – ne pourrait rien contre cette réalité.

Se rattraper à des fétus de paille inexistants ne changera pas la réalité de la situation à laquelle sont confrontés les gens qui exercent des pressions en faveur d’Israël au sein du mouvement syndical britannique. Peu après le débat du TUC, des réunions parallèles ont été organisées et par la Campagne de solidarité avec la Palestine (CSP), et par les Amis syndicalistes d’Israël au sein des syndicats. À la réunion de la CSP étaient présents nombre de syndicalistes éminents, y compris le secrétaire général d’Unite – le premier syndicat avec près de 1,5 millions d’affiliés – et le président d’Unison, le second syndicat en nombre avec près de 1,4 million d’affiliés.

Quel contraste avec la réunion des Amis syndicalistes d’Israël, qui se tenait dans un petit coin de bar où le groupe était parvenu à se faufiler pour écouter Alon Roth-Snir, l’ambassadeur adjoint d’Israël en Grande-Bretagne, qui a ressorti les vieilles resucées du genre « nous avons besoin de coopération, pas de boycott ».

La simple vérité

La vérité est très simple. Les gens concernés par la justice sociale et les droits de l’homme prennent de plus en plus fait et cause pour les Palestiniens, considérant la chose comme un problème majeur. Et, même dans un contexte où l’économie, les pertes d’emplois et les problèmes de l’industrie occupent les premières pensées de chaque syndicaliste, le TUC a adressé un signal clair disant que la solidarité ne s’arrêtait pas à nos frontières et que l’injustice que subissent les Palestiniens depuis des décennies était un problème qui nous unissait tous. Tous ceux qui sont contre le racisme et l’inégalité considèrent avec une horreur croissante la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens.

Nous avons vu comment la pression des consommateurs et des syndicats s’était traduite par le fait que la plupart des supermarchés de Grande-Bretagne ont déclaré qu’ils ne stockeraient désormais plus de marchandises en provenance des colonies. Nous avons vu la chaîne de supermarchés de Cooperative Group adopter une politique alignée sur celle du TUC et sortir une déclaration disant qu’elle ne se procurait plus de marchandises auprès des sociétés citées exportant au départ des colonies.

La récente déclaration du Conseil général du TUC lors du Congrès a souligné le travail qui avait été accompli au cours de l’année précédente : « Au Royaume-Uni, la quasi-totalité des supermarchés principaux ne stockent plus de marchandises des colonies, mais il y a toutefois d’autres façons pour celles-ci d’entrer dans le pays, particulièrement via les canaux de négoce en gros et ceux de la restauration », disait la déclaration, ajoutant que le TUC avait prétendu qu’il serait licite pour le Royaume-Uni « d’instaurer unilatéralement une interdiction contre l’importation de marchandises venant des colonies ».

La déclaration faisait encore remarquer que le TUC avait soulevé des questions de politique avec le ministre des Affaires étrangères Alistair Burt et qu’il avait insisté sur l’urgence du problème des prisonniers palestiniens mineurs d’âge détenus dans les prisons israéliennes (« Congrès du TUC 2012 : Rapport du Conseil général », 9-12 septembre 2012 [PDF]).

En trois ans à peine, nous avons vu la solidarité avec la Palestine se muer en préoccupation dominante au sein du mouvement syndical en Grande-Bretagne. Et l’impact d’une délégation syndicale à Gaza ne peut être sous-estimé. La seule perspective d’une telle délégation a déjà plongé dans des transes les lobbyistes syndicaux pro-israéliens, très marginalisés.

Le fait d’envoyer à Gaza une délégation syndicale chargée de développer une stratégie pour que le mouvement syndical puisse contribuer à mettre un terme au siège de Gaza, constituera une autre pas important encore vers la paix, la justice, la liberté et les droits de l’homme.


Sarah Colborne est directrice de la Campagne de solidarité avec la Palestine en Grande-Bretagne.

Publié sur The Electronic Intifadah, le 24 septembre 2012
Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

 

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