Piraterie sanglante : Leterme théorise la lâcheté diplomatique

Le Premier ministre démissionnaire (dans tous les sens du terme) a tenu à “préciser” vendredi la position officielle de la Belgique – en tous cas de son “shadow cabinet” – à propos de l’acte de piraterie sanglant commis par Israël. La Belgique s’est courageusement abstenue lors du vote du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU qui a décidé de créer une mission d’enquête à propos de l’acte de piraterie commis par Israël le 1er juin :

«Le ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere a, dans une première réaction le 31 mai, exprimé son indignation à l’égard de l’opération militaire israélienne et de la manifestation disproportionnée de la force. Il a demandé le même jour des explications à l’ambassadeur d’Israël à Bruxelles. Il a plaidé dès le début pour une enquête indépendante des faits», rappelle d’abord le communiqué du Premier ministre.

«Le Ministre des Affaires étrangères a immédiatement exprimé son soutien pour une convocation du Comité politique et de sécurité de l’Union européenne et a donné instruction à notre ambassadeur de faire insérer la proposition d’une enquête indépendante des faits dans la déclaration de la Haute Représentante pour la politique extérieure et de sécurité, Mme Ashton, au nom de l’Union européenne», ajoute-t-il.

Le communiqué poursuit que «la Belgique s’associe à la déclaration du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui demande un enquête rapide, impartiale, crédible et transparente selon les normes internationales».

«Enfin, écrit encore Yves Leterme, la Belgique a, dans sa déclaration nationale à l’occasion du vote au sujet de l’action d’Israël au Conseil des Droits de l’Homme à Genève, clairement exprimé son soutien à une enquête internationale et a ajouté que l’enquête elle-même était plus importante qu’une longue discussion sur ses modalités. La Belgique regrette qu’il n’a pas été possible de trouver un consensus à ce sujet ni au sein du Conseil des Droits de l’Homme ni entre membres de l’UE au sein de ce Conseil.»

«Malgré nos efforts diplomatiques pour arriver à un accord, afin d’accroître l’impact de la demande d’enquête, la Belgique s’est vue contrainte à l’abstention avec la plupart des autres membres de l’Union européenne», conclut le communiqué.

On sait que les État-Unis ont mené une bataille de dix heures au Conseil de Sécurité pour que le texte adopté par celui-ci ne soit pas une résolution en bonne et due forme (qui a théoriquement un caractère contraignant, quoique dans le cas d’Israël cela ne s’applique jamais), et pour qu’il n’y soit pas question clairement d’une “enquête indépendante”, ce qui suppose qu’elle ne soit pas menée par Israël et dont par conséquent les conclusions ne soient pas connues d’avance.

La phrase selon laquelle il est plus important qu’une enquête ait lieu que de savoir dans quelles conditions elle a lieu est parfaitement burlesque. Les diplomates américains, à en croire M. Leterme, ont donc mené cette interminable discussion alors qu’elle était sans objet : “indépendante” ou pas, qu’importe…  pourvu qu’on ait l’air de mener une enquête. Les juristes apprécieront !

Il est en effet évident qu’une “enquête” menée par Israël n’aurait pour objectif que de confirmer les contes à dormir debout que la propagande israélienne construit depuis trois jours, visant à transformer les agresseurs en agressés, les victimes en coupables et les criminels de guerre en bienfaiteurs de l’humanité.

Quant à l’affirmation selon laquelle la Belgique a été “contrainte” de s’abstenir lors du vote du Conseil des Droits de l’Homme à Genève, elle relève de cet art pas très subtil de la manipulation qui permet à Israël de prétendre que son armée a été elle aussi “contrainte” d’assassiner un nombre toujours indéterminé de passagers de la “flottille de la liberté” (il y a toujours des disparus dont on est sans nouvelles).

Le respect du droit international, le gouvernement Leterme n’est “ni pour ni contre, bien au contraire” : elle n’a pas voté “contre” comme les États-Unis, et l’Italie de Berlusconi et les Pays-Bas, elle n’a pas voté “pour” comme 32 autres pays. Yves Leterme est un théoricien insurpassable de la lâcheté.

 

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