Photos : Des milliers de participants au Marathon de la Palestine pour la liberté de déplacement

Israël a refusé des autorisations à plus d’une centaine de coureurs en provenance de Gaza. « La liberté de déplacement est non seulement un droit en soi, mais elle est essentielle si l’on veut jouir de nombreux autres droits de l’homme », déclarent les Nations unies à propos du quatrième marathon annuel.

1er avril 2016. Bethléem, Cisjordanie. Les coureurs au départ du Marathon de la Palestine 2016. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org) Vendredi matin, des milliers de coureurs palestiniens et internationaux de 64 pays ont participé au quatrième Marathon annuel de la Palestine dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie. La course était organisée sous la bannière du droit à la liberté de déplacement, un thème mis en évidence par le Mur de de l’apartheid qu’une grande partie de la course a été obligée de longer.

Mervin Steenkamp, de l’Afrique du Sud, a gagné l’épreuve dans le temps de 2 h 35:26.

Le Marathon, dont le départ se situait à l’église de la Nativité, place Manger, et qui traversait deux camps de réfugiés, Aida et Dheisheh, comprenait deux boucles complètes. Le Mur, de même que les check-points militaires israéliens qui entourent Bethléem et les villages avoisinants, rendait particulièrement malaisé, sinon impossible, de tracer un parcours en une boucle unique pour le marathon.

Les coureurs du Marathon se rassemblent place Manger, près de l’église de la Nativité. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)
Les coureurs au départ du Marathon de la Palestine 2016. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)
Les participants du Marathon de la Palestine 2016 avec, à l’arrière-plan, le Mur de l’apartheid (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)

En avril 2015, l’armée israélienne tenait 96 check-points permanents en Cisjordanie, affirme B’Tselem, l’association israélienne en faveur des droits de l’homme. Seuls 39 de ces check-points séparent la Cisjordanie d’Israël; les autres restreignent la liberté de déplacement des Palestiniens dans tout le territoire occupé.

Outre les check-points avec présence de militaires, les troupes israéliennes déploient des centaines d’obstacles physiques (blocages routiers, amas de débris, etc.) qui entravent considérablement les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie même.

Les forces de sécurité israéliennes ont déployé quelque 90 obstacles nouveaux à la libre circulation des Palestiniens en Cisjordanie depuis la dernière vague de violence qui a débuté en octobre 2015, estime une enquête des Nations unies menée durant la dernière semaine de décembre.

Depuis, certaines restrictions ont été allégées, bien qu’à plusieurs reprises, ces derniers mois, Israël ait appliqué des mesures de blocage total de villages entiers et ce, durant plusieurs journées d’affilée, suite à des agressions au couteau commises par des résidents de ces localités. Du fait que les auteurs de ces agressions eux-mêmes sont arrêtés ou tués au cours de ces faits, de telles mesures ne peuvent être perçues que comme des châtiments collectifs.

« La liberté de mouvement est non seulement un droit en soi, mais elle est essentielle si l’on veut jouir de nombreux autres droits de l’homme », a affirmé le bureau du Coordinateur des Nations unies pour l’aide humanitaire et les activités de développement dans une déclaration faite ce vendredi. « Les restrictions de mouvement imposées par Israël au territoire palestinien occupé entravent quasiment tous les aspects de la vie quotidienne et continuent à séparer les Palestiniens et à fragmenter le territoire. »

Les participants du Marathon de la Palestine 2016 longent le Mur de l’apartheid. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)
Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org
Ahmad al-Bazz/Activestills.org

Les organisateurs ont déclaré que, vendredi soir, 4 371 personnes s’étaient inscrites pour participer au marathon, la plus grosse affluence des quatre éditions, bien que l’armée israélienne ait refusé des autorisations de déplacement à une centaine de coureurs inscrits, originaires de la bande de Gaza.

La coordination de l’armée israélienne pour les activités du gouvernement dans les territoires (COGAT), autrement dit le corps militaire qui décide des endroits et des dates où les Palestiniens peuvent se déplacer, particulièrement entre Gaza et la Cisjordanie, a reproché aux responsables palestiniens d’avoir rentré les demandes de permis trop tard pour qu’on puisse les accorder.

De leur côté, le responsables palestiniens affirment qu’ils ont soumis ces demandes au moins une semaine à l’avance. Il en est résulté que 102 coureurs palestiniens de Gaza, au moins, y compris le vainqueur de l’édition 2015 du marathon, l’athlète olympique Nader al-Masri, ont été dans l’impossibilité de prendre le départ.

Mais c’est en dernier recours les coureurs qui doivent payer le prix de la négligence à la fois des responsables et services israéliens et palestiniens, a expliqué Shai Grunberg, la porte-parole de l’association israélienne des droits de l’homme Gisha – Centre juridique pour la liberté de mouvement. Il est très regrettable que le COGAT ait choisi un événement sportif « pour entreprendre à la hâte des démarches punitives contre tous ces Gazaouis qui ont demandé des autorisations », a-t-elle ajouté.

Deux participants du Marathon de la Palestine 2016 prennent des selfies devant le Mur de l’apartheid (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)
Un participant du Marathon de la Palestine 2016 passe à proximité de la tour de garde de l’armée israélienne et du Mur de l’apartheid. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)

« Comme de nombreuses personnes parmi nous qui ont rallié cet événement marquant, nous restons douloureusement conscients des nombreuses entraves à la liberté de mouvement auxquelles doivent faire face quotidiennement les Palestiniens », a déclaré Robert Piper, le coordinateur des Nations unies pour l’aide humanitaire et les activités de développement. Et d’ajouter : « Je suis navré d’apprendre que des coureurs de Gaza, y compris le vainqueur de l’édition de l’an dernier, Nader al-Masri, n’ont pas reçu des autorités israéliennes l’autorisation de participer à l’événement de ce jour. »

Ces dernières années, Israël s’est mis dans une situation des plus délicates en raison des restrictions qu’il impose aux athlètes palestiniens. En 2015, il a même failli se faire exclure de la FIFA, l’organisation mondiale de football, pour avoir refusé des permis d’entrée et de sortie à des footballeurs palestiniens et avoir imposé des restrictions à l’importation d’équipements sportifs.

Selon les termes de l’accord qui a évité l’application de l’exclusion d’Israël, les Israéliens acceptaient de mettre un terme aux restrictions qu’il imposait aux footballeurs palestiniens. Il semble toutefois que cet accord ne s’applique pas à d’autres sports.

Amjad Iraqi, un blogueur de +972 Magazine, vient de terminer le Marathon de la Palestine 2016. (Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills.org)

Publié sur le 1 avril 2016 sur 972.mag
Photos : Ahmad al-Bazz/Activestills.org
Traduction : Jean-Marie Flémal