Permis de soins. Accès limité à Jérusalem occupé pour des traitements médicaux

Des enfants palestiniens à proximité du check-point de Ras Khamis à Jérusalem-Est. Un système de permis, contrôlé par les autorités israéliennes, détermine qui peut entrer en Israël pour travailler ou se faire soigner.

JÉRUSALEM — Le mois dernier, j’ai emmené ma femme à l’hôpital de la Charité islamique de Makassed à Jérusalem-Est afin de lui faire examiner le bras par le chef de la section orthopédique, le Dr Rustom Nammari. Elle s’était cassé le bras cet été, au cours d’une randonnée en Écosse. Depuis son installation en 1968, cet hôpital a été l’institution médicale de choix pour les Palestiniens en Cisjordanie.

L’hôpital est la propriété d’une fondation sans but lucratif qui le finance également et, au cours des 25 dernières années, en tant qu’institution de pointe, il a formé bon nombre de spécialistes que l’on retrouve aujourd’hui au ministère palestinien de la Santé. Entre 65 et 70% des patients de Makassed sont envoyés par le ministère, la plupart pour des traitements compliqués nécessitant des interventions chirurgicales endoscopiques, spinaliennes ou à cœur ouvert qu’aucun autre hôpital palestinien ne peut exécuter.

Des enfants palestiniens à proximité du check-point de Ras Khamis à Jérusalem-Est. Un système de permis, contrôlé par les autorités israéliennes, détermine qui peut entrer en Israël pour travailler ou se faire soigner.
Des enfants palestiniens à proximité du check-point de Ras Khamis à Jérusalem-Est. Un système de permis, contrôlé par les autorités israéliennes, détermine qui peut entrer en Israël pour travailler ou se faire soigner.

Makassed dispose de 250 lits et emploie 750 personnes, dont la plupart vivent en Cisjordanie. Environ 60% de ses patients en viennent également. Dans le temps, ils étaient beaucoup plus nombreux mais, en 1999, Israël a durci les restrictions concernant les Palestiniens de Cisjordanie souhaitant se rendre à Jérusalem-Est. Depuis lors, Israël a utilise les check-points pour limiter non seulement la capacité des Palestiniens à se déplacer librement ou à trouver du travail en ville, mais aussi leur accès à des traitements médicaux.

Avant les accords d’Oslo de 1993 et 1995, l’armée israélienne contrôlait totalement tous les aspects de la vie des Palestiniens. Puis, avec le transfert des fonctions civiles à l’Autorité palestinienne, la situation a changé. Aujourd’hui, le mode de contrôle des autorités israéliennes s’appuie sur un système de permis avec lequel seuls les Israéliens déterminent qui peut entrer en Israël, y compris à Jérusalem-Est [*], pour y travailler ou se faire soigner. Il n’est pas rare qu’Israël refuse ce genre de permis, privant ainsi les Palestiniens de traitements médicaux dont ils ont pourtant grand besoin.

Il en résulte que le Dr Nammari passe habituellement deux jours par semaine à sa clinique de Ramallah afin de traiter ces patients qui ne peuvent le joindre à Makassed. Il réserve une autre journée, souvent le vendredi – son jour de repos – pour parcourir les villages cisjordaniens de la périphérie et contrôler les patients dont les mouvements sont encore plus restreints.

Des arrangements spéciaux ont été conclus pour les membres de l’équipe de Makassed, leur permettant de laisser leur voiture aux check-points et de se rendre à l’hôpital en autobus. Le trajet de 25 minutes de Ramallah à Jérusalem leur prend au moins deux heures.

Mais même cet art de la débrouille ne suffit pas. L’hôpital n’est pas encore parvenu à mettre au point une façon d’assurer l’accès à ses installations des patients et stagiaires en provenance de la bande de Gaza : un nombre infime d’entre eux ont eu l’autorisation de recourir aux installations et équipements de l’hôpital depuis 1999.

Le degré auquel Israël invoque des raisons de sécurité pour restreindre l’accès à Makassed a de quoi rendre fou. Tout patient en Cisjordanie dont un parent direct est détenu dans une prison israélienne n’a aucune chance d’obtenir le permis nécessaire pour recevoir un traitement (ou une formation) à Makassed ou dans d’autres hôpitaux de Jérusalem-Est. Le service de sécurité israélien, le Shabak, a placé des milliers de jeunes Palestiniens sur une liste noire, souvent sans référence au moindre risque sécuritaire apparent.

Dans un rapport récent, « Invisible Prisoners: Don’t Know Why and There’s Nowhere to Turn » (Les prisonniers invisibles : ils ne savent pas pourquoi et ils ne savent pas vers où se tourner), le groupe israélien Machsom Watch révèle que le Shabak a demandé à de nombreux Palestiniens figurant sur la liste noire de collaborer avec lui, sans quoi ils se verraient pour toujours refuser un permis pour se rendre à l’hôpital ou pour trouver un emploi en Israël.

Combien de Palestiniens ont-ils été sauvés de ce chantage les forçant à se muer en collaborateurs grâce à la bienveillance de Nammari et aux trajets qu’il effectue pour aller soigner les personnes qui se voient refuser l’accès à Makassed ?


raja shehadahRaja Shehadeh, un avocat et écrivain qui vit à Ramallah, est l’auteur de « A Rift in Time : Travels with my Ottoman Uncle » (Une faille dans le temps : Voyages avec mon oncle ottoman) et « Palestinian Walks : Notes on a Vanishing Landscape » (Promenades palestiniennes : Notes sur un paysage en voie de disparition), qui remporta le prix Orwell en 2008. Son nouvel ouvrage, « Occupation Diaries » (Journaux de l’occupation), sera publié en août.

Article publié le 2 octobre sur Lattitude Blogs NY Times.
Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

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