Pas assez de logements pour étudiants à Tel-Aviv ? On vire les étudiants Arabes.

Confrontées à un afflux d’étudiants – juifs dans leur immense majorité – venant d’outre-Atlantique, l’Université de Tel-Aviv manque de place dans les cites universitaires, où la demande de logements étudiants excède largement l’offre disponible.  Que croyez-vous que font les autorités universitaires en pareil cas ?

C’est tout simple. Chaque demandeur de logement se voit attribuer un certain nombre de points en fonction de critères assez précis, et les logements sont attribués  à ceux qui sont les mieux classés. Il suffisait donc de modifier la clé de calcul – qui n’est pas publique – de manière à écarter les étudiants arabes.

Le critère est facile à trouver : les citoyens israéliens de la minorités arabe ne sont pas admis à servir dans l’armée de “l’état juif”. Il suffit donc, pour les virer des cités universitaires, d’attribuer plus de points aux candidats qui ont fait un service militaire.

Dans le passé, les étudiants juifs et arabes se voyaient attribuer un nombre sensiblement égal de logements : 40% environ pour les uns et les autres (ce qui se justifie, quoique les Arabes soient moins nombreux dans la population, par l’éloignement des régions dans lesquelles cette minorité est cantonnée *). Les 20% restant étaient attribués à des étudiants venant de l’étranger.

Il y aurait, selon la nouvelle clé de répartition, 600 logements attribués à des étudiants juifs israéliens, 300 pour des étudiants venant de l’étranger et 50 pour des “nouveaux immigrants” (juifs, forcément), selon Haaretz.  On voit donc que la part attribuée aux étudiants venant de l’étranger atteint 50% du quota réservé aux étudiants juifs. Forcément au détriment de la part revenant aux israéliens de la minorité arabe, à propos desquels la direction de l’université se refuse à donner des chiffres ou à faire des commentaires. Elle évoque seulement des “travaux de remise en état” qui neutralisent une partie du parc de logements pour étudiants et accroissent donc la pénurie.

En 2006, un tribunal de Haifa avait estimé – dans une affaire similaire – que la prise en compte d’un critère tel que le service militaire était discriminatoire à l’égard des étudiants arabes, et avait donc ordonné à l’Université de Haifa de ne pas en tenir compte et de le faire disparaître de ses formulaires d’inscription. Mais aussitôt après la Knesset avait modifié la loi pour attribuer explicitement un certain nombre d’avantages, notamment en matière de logement dans les cités universitaires, à ceux qui ont servi dans l’armée.

Ce n’est évidemment qu’un des nombreux exemples de lois attribuant des privilèges aux seuls citoyens juifs, qui font de l’état colonial d’Israël un état de plus en plus ouvertement raciste, fondé sur une idéologie qui l’est fondamentalement.


* Les arabes-israéliens sont regroupés surtout autour de la Galilée et dans le nord d’Israël. Jusqu’en 1966 cette population vivait sous l’administration d’un gouvernement militaire qui les astreignait à de nombreuses restrictions : permis de déplacement, couvre-feu, assignations à résidence,…
La surface totale de l’État d’Israël est de 22,2 millions de dounams . L’essentiel – 92% – est la propriété, soit de l’État (14,6 millions), soit du Fonds national juif (en hébreu Keren Kayemet, 2,4 millions), soit de l’Office de développement qui détient les terres (et les autres biens) des réfugiés palestiniens déclarés « absents » (2,6 millions).
Toutes ces terres (19,6 millions de dounams) dépendent, depuis 1961, d’une seule autorité : l’Administration des terres d’Israël (en hébreu Minhlq meqarqe’é Israel). Seuls 1,3 million de dounams sont propriété privée. Le statut des autres terres reste à déterminer. Cette spécificité – 92% de la terre appartenant, soit à l’État, soit à des organismes sionistes paraétatiques – a une conséquence importante : la grande majorité des Israéliens, qu’ils se trouvent à la campagne (dans les collectivistes comme dans les moshavim coopératifs) ou dans les villes, vivent sur des terres affermées par l’État, le Fonds national juif ou l’Office de développement, et ce pour une durée (renouvelable) de 99 ans. Tout changement de main doit avoir l’assentiment formel de l’administration des terres.
Si l’essentiel de la terre est ainsi « nationalisée », ce n’est évidemment pas dans une optique socialiste, mais sioniste : il s’agit d’affirmer le droit du « peuple juif » en tant que tel sur la terre d’Israël (Eretz Israël).  Quiconque n’est pas citoyen de l’État d’Israël et n’a pas le droit de le devenir en vertu de la loi du retour ne peut acquérir de terres.
En revanche, des juifs citoyens d’un autre État pourront acquérir des terres en Israël avant même de venir y vivre, de devenir oleh hadach (nouvel immigrant) et d’en obtenir la citoyenneté. La propriété de la terre est réservée aux juifs, son utilisation aussi. En vertu du bail signé par chaque individu ou institution avec le Fonds national juif, il est interdit d’en transmettre le droit d’exploitation à un non-juif, quand bien même il serait citoyen de l’État d’Israël.

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