Les Palestiniens d’Israël, des consommateurs pas comme les autres ?

Des habitants du nord d’Israël réclament 450 millions de shekels à la chaîne de magasins «Shufersal» – une des plus importantes du pays, qui exploite au moins 283 succursales – parce qu’elle refuse les commandes à livrer dans les localités où est concentrée la minorité palestinienne d’Israël.

Il s’agit d’une action judiciaire collective (class-action) qui a été introduite mercredi devant le tribunal du district de Haïfa, au motif que «Shufersal» ne permet aux Palestiniens d’Israël de passer des commandes sur sa boutique en ligne.

Un habitant du village de Rameh, allié à un habitant du village de Fassuta, l’une et l’autre situés dans le nord d’Israël, ont chargé leur avocat,  Jamela Hardal-Wakem, d’introduire cette action après avoir découvert que les habitants juifs de localités voisines, même plus distantes, pouvaient acheter des produits en ligne et se les faire livrer à domicile, ce n’était pas leur cas.

Le plaignant habitant à Fassuta déclare, dans un document déposé au tribunal, qu’il a été affilié au “club” de «Shufersal» pendant des années, et que son épouse et lui-même effectuent une partie non négligeable de leurs achats dans la succursale «Shufersal» située à Maalot. Selon lui, son épouse et lui-même ont fait un certain nombre de tentatives pour passer commande dans la boutique en ligne de «Shufersal», mais qu’il ont été à chaque fois empêchés de le faire «parce que Fassuta ne figure pas dans la zone de distribution de la chaîne».

«Au premier abord, nous avons cru naïvement queShufersal” ne livrait que dans les grandes villes où ils ont une succursale. Mais par la suite nous avons appris qu’ils livrent pratiquement partout en Israël, à condition que ce ne soit pas dans une communauté arabe». Selon lui, il a été constaté que les véhicules de livraison utilisés par “Shufersal” traversent les villes et villages de la minorité palestinienne, comme par exemple Harashim, ou encore Rameh, qui se trouve à 5 kilomètres d’une des succursales de “Shufersal”, mais où aucune livraison n’est faite.
A partir de leurs constatations de simples consommateurs, les plaignants ont fait un test plus systématique sur le site web de “Shufersal”, qui leur a permis de constater que pratiquement toutes les “communautés arabes” sont exclues des zones de distribution de la chaîne de magasins – le service n’est disponible que dans 11 sur 113, soit 10% –, alors qu’au contraire 313 des 320 “communautés juives” en font partie (98%).

Selon les plaignants et des experts qu’ils ont appelés à la rescousse pour examiner en détail les cartes, aucun critère rationnel tel que les distances ou la taille de la population ne peut expliquer cette discrimination, qui dès lors est forcément de caractère ethnique. «Il ne s’agit pas seulement d’une impitoyable discrimination base sur des critères ethniques, c’est aussi une discrimination contraire à la loi», a déclaré l’avocat des plaignants, pour qui “Shufersal” doit être condamné à payer des compensations à toute la communauté des Palestiniens d’Israël. «Il est inconcevable que de grandes entreprises tirent profit du pouvoir d’achat de la population arabe tout en pratiquant à son égard une discrimination impitoyable et scandaleuse», dit-il encore.

La direction de “Shufersal” a rejeté, dans un communiqué, les accusations de discrimination «sur base de la religion, de la race ou du sexe» et affirme que son service est rendu à «toute la population d’Israël»


Source : Jack Khouri, dans Haaretz, le 20 janvier 2016
Traduction et adaptation : Luc Delval

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