Olmert : «aucune pitié pour Richard Goldstone»

Richard Goldstone, juif, sioniste, profondément attaché à Israël, 72 ans, harassé par la campagne d’une violence inouïe dont il a été la cible de la part de toute la machine de propagande sioniste depuis la publication du rapport qui porte son nom, a cru pouvoir acheter un peu de répit.

Le prix à payer, croyait-il, était de faire plus ou moins amende honorable. Il l’a payé, dans une tribune du Washington Post, dans laquelle il a donné une absolution partielle à Israël pour les crimes les plus odieux commis par son armée lors de l’agression contre la population de Gaza en décembre 2008-janvier 2009. Il a donc écrit que ces crimes des militaires israéliens n’étaient pas réellement intentionnels, et qu’en plus Israël fait de son mieux pour faire toute la lumière, etc, etc…

Depuis lors, c’est pire que jamais.

Non seulement le rabbin Moshe Kurtsag, membre du tribunal rabbinique de Johannesbourg a accusé Goldstone d’avoir contribué à intensifier l’antisémitisme dans le monde entier.

Non seulement des députés israéliens ont l’intention, après l’avoir cloué au pilori de le saigner à blanc en lui réclamant un monceau de pognon via la justice américaine.

Non seulement dans le New York Times Roger Cohen écrit : « Nous avons désormais un nouveau verbe : « goldstoner » [to Golstone]. Sa signification : faire une constatation, et ensuite se rétracter partiellement pour des motifs incertains. Étymologie : les actions étranges d’un juriste respecté, juif et sud-africain, soumis à une intense pression d’Israël, du Congrès des États-Unis et des organisations juives », et fait de son nom un synonyme de « incohérence« .

Non seulement les co-auteurs du « Rapport Goldstone », à savoir les trois éminentes personnalités chargées par l’ONU de mener à bien une « mission d’établissement des faits », ont totalement désavoué son revirement qui à leurs yeux constitue une insulte à la mémoire des victimes et « une grave injustice envers les centaines de civils innocents tués pendant le conflit de Gaza, les milliers de blessés et les centaines de milliers de personnes dont la vie continue d’être profondément affectée par le conflit et le blocus « .

Non seulement le Sénat américain * s’est prononcé à l’unanimité pour l’annulation pure et simple du « rapport Goldstone » et mis en demeure l’ONU de ne plus « accuser injustement » Israël (plus que jamais les États-Unis sont vraiment qualifiés pour jouer les arbitres impartiaux, on le voit).

Mais voilà qu’en plus on lui administre des leçons de morale. Et pas n’importe qui ! Un spécialiste incontesté de la morale, un orfèvre en la matière. Un champion toutes catégories…

Mais non, pas BHL (qui se contente ordinairement de parler de ce qu’il ignore). Un praticien, un homme de terrain.

White_washing_war_crimes_by_Latuff2J’ai nommé : Ehud Olmert, l’homme qui était premier ministre d’Israël lors de l’opération « Plomb durci« . Et qui a par la suite été obligé de démissionner en raison des lourds soupçons de corruption et de fraudes qui pèsent sur lui (tapez « Olmert corruption » dans le moteur de recherche Google, ça donne 650.000 résultats !).

Olmert est celui sous l’autorité de qui a eu lieu l’agression contre la population de Gaza, au cours de laquelle les crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis. Il est le chef de ceux qui ont conçu, planifié, commandé et supervisé l’opération « Plomb durci », et à propos de qui – en dépit des 400 soi-disant enquêtes qui ont été ouvertes par Israël (c’est-à-dire par l’armée israélienne, qui enuête sur elle-même !) – AUCUNE investigation d’aucune sorte en rapport avec ces événements n’est en cours.

Et bien, c’est cet Olmert-là qui s’essuie maintenant les pieds sur Goldstone, dans une tribune du « Jerusalem Post ».

Olmert estime que le juge Goldstone « ne peut pas être soulagé de sa responsabilité personnelle d’avoir décrit de manière totalement incorrecte les événements à Gaza« , et il ajoute que sa tribune du Washington Post le 1er avril dernier n’est rien d’autre qu’une « basse tentative de laver sa conscience » (ce qui donne à penser qu’il en a une, ce qui ne semble pas être le cas d’Olmert lui-même).

Croyez-vous qu’Olmert mesure à quel point l’opération « Plomb Durci » a contribué à la dégradation de l’image d’Israël dans le monde – ce qui revient à dire qu’elle a aidé l’opinion mondiale à ouvrir les yeux sur la politique israélienne et au-delà la nature du sionisme -, au point – comme l’écrivait Uri Avnery – que la seule réponse que ses diplomates peuvent encore espérer, quoiqu’ils fassent, est « Israéliens, on en a marre de vous » ?

Du tout. C’est tout la faute de ce méchant Goldstone qui a « entaché l’image d’Israël, causant de graves dégâts. Les soldats israéliens, mobilisés pour remplir la mission justifiée et morale de protéger leurs concitoyens, sont devenus, par ce rapport, des criminels recherchés dans de nombreux pays. Est-ce un comportement moral et justifiable ?  Il n’y a aucune excuse pour écrire un tel rapport. Il ne peut y avoir aucune pitié pour ceux qui ont causé de tels dégâts à l’Etat d’Israël, à son statut, à sa réputation et à son image ».

Un expert en morale, décidément. Plaignons quiconque se sent obligé de recherche l’estime d’individus de cette espèce.

L.D.


* qui vient d’inviter Netanyahou à prononcer devant lui un discours sur la paix au Moyen-Orient, ce qui revient un peu à demander à Mgr Vangheluwe de donner des cours à propos du respect auquel les enfants ont droit.

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