Nouvelle loi liberticide à la Knesset – lancement d’une grand campagne pour le boycott des colonies par les Israéliens (m à j)

A group of Palestinians, Israelis and internationals carrying a banner supporting the boycott of Israeli apartheid during the weekly demonstration against the Wall in Al Ma'sara village, on 30.07.2010. The demonstrators were first stopped by the Israeli soldiers when they reached the main road. Israeli soldiers threw concussion grenades directly at the crowd. People stay on their position, and after a while the Israeli army left, leaving the demonstrators dancing next to the road.

Le parlement israélien a adopté lundi soir, par 47 voix contre 38, une loi qui criminalise le fait d’appeler au boycott d’Israël ou des colonies juives de Cisjordanie.

Au terme de cette nouvelle loi, qui s’ajoute à une longue série d’autres de la même inspiration liberticide et réactionnaire, toute personne ou organisation qui appelle au boycott d’Israël et/ou des colonies établies illégalement * pourra être poursuivie par les cibles de cet appel, qui obtiendront des dommages-intérêts sans avoir à démontrer qu’elles ont subi un quelconque préjudice. Par ailleurs, toute personne ou entreprise qui déclare boycotter Israël et/ou ses colonies en territoire palestinien occupé perdra le droit de répondre à des appels d’offres émanent du gouvernement.

Quelques députés de la gauche israélienne ont combattu le projet de loi qui a été adopté, estimant qu’il porte gravement atteinte au caractère démocratique de l’État, et qu’il contribuera à dégrader encore un peu plus l’image d’Israël dans le monde.

Le parti Kadima, principale force politique de l’opposition à Netanyahou, a déclaré que celui-ci a « franchi la ligne rouge de la folie politique et de l’irresponsabilité nationale« , ajoutant que « l’extrême-droite a pris le contrôle du Likoud » (le parti du premier ministre).

Eyal Yanon, conseiller juridique du gouvernement, a émis peu avant le vote du parlement un avis dans lequel il estime que certains aspect de la nouvelle loi « se situe à la limite de l’illégalité, et peut-être au-delà« . A ses yeux, cette nouvelle législation « porte atteinte au cœur de la liberté d’expression en Israël« .

Cette prise de position – qui a valu à son auteur de se faire traiter de « gauchiste« , assurément pour la première fois de sa vie –  contredit catégoriquement celle du Procureur Général Yehuda Weinstein, pour qui il n’y a pas de problème de légalité.

Les organisations Adalah (Centre légal pour les droits de la minorité Arabe en Israël), le Comité public contre la torture en Israël, les Médecins pour les droits de l’Homme et la Coalition des femmes pour la paix ont annoncé l’introduction d’un recours contre cette nouvelle loi devant la Cour suprême israélienne.  Selon ces organisations, la « loi Boycott » est « complètement anticonstitutionnelle, limite la liberté d’expression politique et est contraire à la loi internationale ». Elles estiment que la loi « oblige les résidents de Jérusalem-est à coopérer avec l’occupation« .

« Non seulement la Knesset tente de réduire au silence les protestations contre l’occupation, mais elle essaie aussi d’imposer aux victimes et à ceux qui sont contre l’occupation de coopérer et de la soutenir activement« , a déclaré le directeur général d’Adalah, l’avocat Hassan Jubrin.

Le mouvement « La Paix Maintenant » a annoncé aussitôt après le vote de la Knesset l’ouverture d’une page sur Facebook appelant au boycott des produits provenant des colonies, et le lancement d’une campagne destiné à convaincre des dizaines de milliers d’Israéliens de se prononcer ouvertement en faveur du boycotte des colonies.

Mardi, « Peace Now » appelait à une manifestation devant le palais de justice de Tel Aviv, au cours de laquelle l’organisation se propose de montrer aux Israéliens quels produits ils devraient prendre pour cible de leur boycott, comme par exemple – lisait-on sur la page Facebook de l’organisation – les vins de Psgot.

« Qui osera nous arrêter ?« , demandent les militants de « Peace Now« . Les parlementaires de la droite et de l’extrême-droite israélienne au pouvoir auraient-ils réussi à donner à la campagne BDS un grand élan à l’intérieur même d’Israël ?

On notera quand même que la campagne de « Peace Now » n’est pas exempte d’une certaine ambiguïté, comme l’organisation elle-même depuis des années d’ailleurs. Le slogan en faveur du boycott des colonies ne vise en effet pas directement la colonisation ou l’occupation des territoires palestiniens en soi, mais le fait que « quand vous achetez des produits des colonies vous encouragez les implantations illégales » (outposts).

Même le Département d’État étatsunien estime que les députés israélien ont fait fort : dans un communiqué, l’administration obama-clintonienne estime – non sans prendre quelques précautions : « il s’agit d’une affaire intérieure israélienne » – a estimé que « la liberté d’expression, dont la liberté de s’organiser pacifiquement et de protester, est un droit fondamental dans un régime démocratique« , et « fait partie des droits démocratiques que les Israéliens et peuple américain ont partagé depuis longtemps« .

Mieux encore : une des organisations-phare du lobby pro-israélien aux États-Unis, la « Anti Defamation League » (ADL – qui d’ordinaire tire à vue sur quiconque ose émettre la moindre réserve quant à la politique israélienne et l’accuse d’antisémitisme sans s’embarrasser ni de nuance ni de vraisemblance) a exprimé « sa préoccupation » devant une loi qui « porte atteinte aux droits fondamentaux des Israéliens« .

« Une loi qui étouffe les appels à des actions – aussi exécrables et préjudiciables qu’il puissent être – ne rend pas service à la société israélienne » a déclaré le directeur de l’ADL, Abraham Foxman, qui a exprimé l’espoir que la Cour suprême d’Israël examine rapidement les problèmes que cette loi soulève et y apporte une solution.

L.D.


* c’est-à-dire toutes les colonies, et non bien entendu uniquement celles que le gouvernement israélien feint de considérer comme telles tout en encourageant leur multiplication.

 

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