Netanyahou, menace pour la paix mondiale

An Israeli soldier sits atop a tank as he prays outside the central Gaza Strip July 10, 2014. Israeli air strikes killed eight members of a family including five children in a pre-dawn raid on Gaza on Thursday, Palestinian officials said, while Hamas-led fighters launched rockets at Tel Aviv and other Israeli cities. Israel says its offensive is intended to halt rocket fire at its cities from the Gaza Strip. REUTERS/Baz Ratner (ISRAEL - Tags: POLITICS MILITARY CIVIL UNREST RELIGION TPX IMAGES OF THE DAY) - RTR3XYIY

Il y a quelques mois, lorsque la Plate-forme Charleroi-Palestine a décidé d’organiser une conférence-débat mettant en présence le Directeur adjoint du Monde Diplomatique, Alain Gresh, et Tariq Ramadan, la question se posait d’en déterminer le thème. Qu’allait-on mettre sur les affiches et les tracts ?

Le puissant mouvement populaire qui a successivement secoué la Tunisie, puis l’Égypte, puis toute une série d’autres pays arabes allait rapidement rendre cette question inutile en s’imposant au centre de l’actualité, mais pas plus que quiconque nous n’en avions prévu le surgissement à ce moment.

Après une longue discussion, on se mit donc d’accord pour adopter une forme interrogative : « Israël, danger pour la paix mondiale ?« . D’aucuns, y compris parmi des amis du peuple palestiniens, se dirent alors que « nous y allions un peu fort« … Israël, menace pour les Palestiniens et pour ses voisins, certes. Mais pour la paix mondiale… ?
Mais, très vite, il ne fut plus question que de la Tunisie et de l’Égypte, et on n’argumenta donc pas.

Le quotidien israélien de référence Haaretz vient de publier un document divulgué via Wikileaks qui montre qu’en 2007 l’actuel premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à ce moment leader du Likoud dans l’opposition, a proposé au premier ministre de l’époque, Ehud Olmert (contraint à démissionner en raison des graves accusations de corruption qui pèsent sur lui) de rejoindre sa majorité à condition qu’il déclenche une agression contre l’Iran.

Le 20 juillet 2007, dit Haaretz, le conseiller politique de l’ambassade étatsunienne à Tel Aviv [1], Marc J. Sievers, a envoyé un télégramme diplomatique à Washington, qui fut classé « confidentiel » (ce qui le situe entre les documents non « classifiés » et les documents classifiés « secret »).

Dans ce document, le diplomate américain traitait de l’éventualité d’un nouveau gouvernement israélien, à la veille de la publication du contrôleur d’État israélien à propos de la deuxième guerre d’agression contre le Liban, déclenchée un an auparavant. Ehud Olmert était premier ministre, dans une coalition instable où le parti « travailliste » était son principal partenaire, et dirigeait le parti Kadima. Deux jours avant l’envoi du message de Marc J. Sievens à Washington, le chef du parti « travailliste », Amir Peretz avait démissionné du poste de ministre de la Défense et de vice-premier ministre.

Le diplomate américain envisageait donc l’hypothèse de la création d’un gouvernement israélien dit « d’unité nationale » [2], dans lequel le Likoud aurait rejoint le parti Kadima.

Un des conseillers de Netanyahou, dont le nom ne figure pas dans le télégramme diplomatique, a parlé à des officiels américains à ce propos. « Le conseiller a dit que l’éventualité d’un gouvernement d’unité nationale [2], évoquée dans la presse, est une possibilité, mais uniquement à la condition que Olmert entreprenne une telle démarche comme un moyen de galvaniser Israël en vue d’agir contre l’Iran. Il a indiqué que dans une telle hypothèse Netanyahou accepterait probablement le poste de Ministre des Affaires étrangères« , lit-on dans ce document.

C’est, rappelle Haaretz, la deuxième fois que Netanyahou proposait son appui à un Premier ministre à la condition qu’il lance une attaque contre l’Iran. Au cours de l’été 2005, Netanyahou avait démissionné du poste de Ministre des Finances du gouvernement que dirigeait alors Ariel Sharon, en raison de son désaccord sur le plan de « désengagement de Gaza » [3] voulu par celui-ci.

En décembre de la même année, Sharon a quitté le Likoud et fondé le nouveau parti Kadima. A ce moment, Netanyahou avait proposé son appui à Sharon, mais posait comme condition qu’il s’engage à « agir contre l’Iran avant les élections« , ainsi que Haaretz l’avait révélé il y a deux ans.

Ainsi donc, très peu de temps après une agression particulièrement sanglante contre le Liban, déclenchée [4] en juillet 2006 (tandis que se poursuivait une offensive contre Gaza qui fit des dizaines de morts) et dont le bilan fut particulièrement lourd – en 33 jours, 1.300 morts du côté libanais, dont une majorité de civils, des villages entiers totalement détruits, des quartiers de Beyrouth bombardés, un million de réfugiés, tandis que du côté israélien il y eut 159 morts (en grande majorité militaires) – Netanyahou voulait déclencher une autre aventure militaire aux conséquences imprévisibles,contre un pays de 75 millions d’habitants.

La prétendue « seule démocratie du Moyen-Orient » est dirigée par un type qui a toute les caractéristiques d’une grenade dégoupillée, plus l’art du mensonge.

L.D.       


[1] si dévoués aux intérêts d’Israël que soient les États-Unis, leur ambassade est toujours à Tel Aviv, et non à Jérusalem, qui n’est reconnue comme la capitale d’Israël par aucun autre État.
[2] « unité nationale » qui, bien entendu, ne saurait inclure les partis représentatifs des 20% de la population israélienne composés de citoyens arabes-palestiniens. « Unité nationale » signifie « juifs ».
[3] le soi-disant « plan de désengagement de Gaza » était surtout un réaménagement du dispositif militaire, optant pour une « occupation périphérique » de la Bande de Gaza, de manière à concentrer les moyens dont Israël disposait pour intensifier la colonisation de la Cisjordanie. L’occupation de Gaza se poursuit, selon des modalités plus économiques pour Israël.
[4] Israël avait pris prétexte d’une opération de commando de combattants du Hezbollah, qui avait fait prisonniers deux soldats israéliens en vue de les échanger contre des prisonniers libanais. Il a été démontré par la suite que l’opération avait été préparées plus d’un an auparavant, le gouvernement israélien voulant « en finir avec le Hezbollah ». Celui-ci sortit électoralement très renforcé de cette guerre.

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