L’opinion américaine se retourne nettement contre Israël

Comme chaque année, la BBC publie les résultats d’un sondage d’opinion réalisé dans 27 pays * (28.619 personnes interrogées) dans le monde entier (mais la Belgique n’en fait pas partie) , dont l’unique question est, pour chaque pays : “estimez-vous qu’il exerce une influence principalement positive ou principalement négative dans le monde ?”.

Pas de surprise : Israël est et reste comme les années précédentes un pays dont l’influence sur le monde est jugée très largement négative dans la très grande majorité des autres pays. Israël se situe tout en bas du classement, et ne devance que le Pakistan, la Corée du nord et l’Iran (bon dernier).

En fait, il n’existe pas un seul pays où l’opinion publique est majoritairement convaincue de l’influence positive d’Israël.  Les pays où l’opinion publique est la plus négative vis-à-vis de l’influence d’Israël sont l’Égypte (78% d’opinions négatives) et la Turquie (77%). Les opinions positives n’atteignent les 40% que dans un seul pays (les États-Unis) , et n’atteignent pas 25% dans 20 pays sur 27 !

Dans les pays de l’Union Européenne, la réprobation à l’égard de la politique israélienne est massive : 66% d’opinions négatives au Royaume-Uni et en Espagne, 65% en Allemagne, 56% en France (où on se demande si les citoyens osent encore exposer franchement leur opinion à propos d’Israël sans craindre d’être cloués à quelque pilori médiatique). Il faut bien constater que les dirigeants européens n’en ont cure, et restent à la remorque des États-Unis.

Certes les média israéliens se réjouissent de voir que, globalement, la proportion d’opinions positive à l’égard du pays a progressé de 2%. Hélas, cent fois hélas (pour eux), une telle variation est strictement dépourvue de toute signification, puisque la fiche technique du sondage indique que le taux d’erreur est dans le meilleur des cas de  +/- 2,8% (autrement dit, quand 43% des personnes interrogées aux États-Unis estiment l’influence israélienne sur les affaires de la planète positive, cela veut en réalité dire “entre 40,2 % et 45,8%”).

Ainsi le veut la théorique mathématique sur laquelle repose la technique des sondages : ce “thermomètre” ne peut pas prétendre à une meilleure exactitude, et toute variation inférieure à la marge d’erreur incompressible résiste à toute interprétation pour la bonne raison qu’on n’a aucun moyen de savoir si elle est réelle.

En revanche, ce qui est beaucoup plus important, et pour le coup tout à fait significatif, c’est la nette baisse des opinions positives vis-à-vis d’Israël aux États-Unis. Comme le note la BBC  :

« La modification probablement la plus intéressante dans l’opinion du public U.S., c’est qu’elle n’est maintenant plus favorable, mais partagée, dans son appréciation [de l’influence israélienne]. Alors que les appréciations positives sont restée très stables par rapport à 2010 (43%), les appréciations négatives sont en hausse de 10% »

Ainsi donc, 43% des personnes interrogées aux États-Unis jugent l’influence israélienne sur le monde positive, et 41% la jugent négative. 16% répondent soit “ça dépend”, soit “ni l’un ni l’autre”, soit “je ne sais pas” ou encore refusent de répondre.

Autrement dit, si on tient compte de la marge d’erreur et des indécis, on est face à une opinion profondément divisée, ou il y a autant d’opinions négatives que d’opinions positives, avec – c’est le point essentiel – une forte progression des opinions négatives en un an.

Sans doute la manière désinvolte,voire franchement grossière, avec laquelle des dirigeants israéliens ont traité leurs homologues américains, l’hostilité à peine dissimulée de Netanyahou envers la personne d’Obama, les vexations imposées à Joe Biden, ont-elle probablement contribué à cette évolution, en suscitant un réflexe quelque peu nationaliste.

Mais aussi la mauvaise foi de plus en plus évidente du gouvernement israélien à propos du soi-disant processus de soi-disant paix n’a-t-elle pas manqué de frapper les esprits, même dans une opinion américaine soumise à un bombardement idéologique constant de la part d’un lobby pro-israélien puissant, bien implanté, disposant de moyens financiers colossaux et bénéficiant de la bienveillance pratiquement sans limites des média dominants.

Les sionistes se consoleront-ils quelque peu en observant des variations plus favorables à Israël dans telle ou telle partie du monde. Le fait que les opinions négatives diminuent de 13% en Russie (où malgré cela l’influence israélienne n’est jugée positive que par 35% des personnes interrogées) n’est peut-être pas complètement indifférent, mais aucune variation, où que ce soit dans le monde, n’est aussi importante et lourde de conséquences et de menaces pour Israël que cette simple constatation :  les citoyens Américains se détournent de plus en plus d’Israël, et leur gouvernement finira bien – lobby ou pas lobby – par devoir en tenir compte, surtout si la tendance se confirme dans le temps.

Or, c’est également très important, ce désamour des Américains pour Israël pourrait bien s’inscrire dans une « tendance lourde » : en 2009, le même sondage à l’échelle mondiale faisait apparaître que 47% des personnes interrogées aux États-Unis jugeaient l’influence d’Israël positive, contre 40% un an plus tard. Donc, au fil des années, tantôt Israël perd 7% d’opinions positives, tantôt Israël « gagne » 10% d’opinions négatives…

L’an prochain, l’enquête de la BBC pourrait bien mettre en évidence que les opinions négatives sont devenues largement plus nombreuses que les positives. Or, l’an prochain est une année électorale aux États-Unis…


* Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Brésil, Canada, Chili, Chine, Égypte, France, Ghana, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Kenya, Mexique, Nigeria, Pakistan, Pérou, Philippines, Portugal, Russie, Corée du sud, Espagne, Turquie, Royaume Uni et États-Unis (interviews en face-à-face ou par téléphone) entre le 2 décembre 2010 et le 4 février 2011. La marge d’erreur varie entre +/- 2,8 et 4,9% selon les pays, avec une probabilité de 19/20.

 

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