L’état de siège prive l’équipe de parkour de Gaza de compétition internationale

Le parkour (PK) est un sport relativement récent dans lequel les participants effectuent des mouvements et déplacements souvent dangereux en environnement urbain. Parmi ces mouvements, le « free-jumping » (saut en liberté) et le « free-running » (course libre) au sommet des toits et des murs. Sans avoir eu la possibilité de visionner des adeptes de cette discipline dans d’autres pays, l’équipe de PK de Gaza s’est perfectionnée via Internet.

De jeunes Palestiniens exercent leurs talents au parkour (art du déplacement) à la frontière entre Gaza et Israël.

« En 2008 », explique Mohamed Lubbad, fondateur et entraîneur de l’équipe de PK de la bande de Gaza, « j’ai regardé des vidéos de PK sur YouTube et j’ai commencé à me former moi-même d’après ce que je voyais. » Quand il s’est senti prêt, il s’est mis à entraîner d’autres jeunes, gratuitement. « Au bout de quelques années, j’avais acquis davantage de savoir-faire et j’avais une équipe de 22 membres appelée Three Run Gaza. »

En plus du PK (formule modifiée), Lubbad et son équipe sont devenus des experts en « trick gymnastics » (gymnastique acrobatique) et en « brick dance » (variante du « break dance »). Ils ont incorporé à leurs entraînements des mouvements dans lesquels ils utilisent des ballons de foot ou pratiquent le jump à partir du sommet de bâtiments élevés et des nombreux immeubles endommagés de Gaza.

Un avion de combat israélien pulvérise le rêve de l’équipe

L’équipe n’a bénéficié d’aucun soutien officiel, mais a conclu un accord avec l’Al-Salam Club (un club omnisports de Gaza) lui permettant d’utiliser les installations de ce dernier pour sa préparation. « Ç’a été une chouette période et nous avons acquis beaucoup d’expérience en utilisant ces équipements », explique Lubbad. « Malheureusement, en 2011, un avion israélien a pris le club pour cible et a détruit la salle d’entraînement, pulvérisant nos rêves par la même occasion. »

Lubbad et ses amis ont collecté un peu d’argent et ont loué une nouvelle salle, mais ont dû l’abandonner au bout de quelques mois : Ils n’avaient pas les moyens d’assurer le loyer. « Il n’y avait aucun intérêt ou attention du public pour ce que nous faisions. »

Les difficultés auxquelles ils étaient confrontés ont rendu l’équipe de PK encore plus créative lorsque ses membres se sont mis à imaginer de nouvelles façons d’attirer sur eux une attention positive.

Three Run PK

« Nous sommes allés sur les médias sociaux et avons commencé à publier des photos et de brèves vidéos sur Facebook et YouTube », raconte Lubbad. « Nous avons pu contacter le fondateur de ce sport, David Belle, mais, pour des raisons politiques et à cause du siège, nous n’avons pu établir une liaison de contact permanent avec lui ni obtenir le soutien dont nous avions besoin. »

Néanmoins, un certain nombre de pratiquants internationaux ont vu les vidéos et les photos, ont contacté l’équipe de PK de Gaza et lui ont proposé de l’aider à entrer en contact avec diverses instances internationales.

« Pour commencer, des journalistes et des pratiquants du free nous ont rendu visite à Gaza, ont pris des photos et réalisé des vidéos, ont produit de petits films avec de la musique et des commentaires en anglais et les ont ensuite publiés sur les médias sociaux », explique Lubbad. « Il s’en est suivi des contacts avec les médias internationaux, y compris la BBC, qui est venue nous interviewer et a diffusé ce que nous faisions. Ç’a été notre plate-forme la plus réussie. »

Des invitations à participer à des compétitions et des événements internationaux ont bientôt suivi. « Malheureusement, les conditions strictes du siège israélien nous empêchent d’accepter », déplore Lubbad. « En novembre dernier, deux membres du Three Run Gaza PK se sont qualifiés pour participer à un championnat au Qatar, mais ils ne peuvent sortir de Gaza pour y participer. »

Comme le dit Mohamed Lubbad : « Tous nos rêves s’arrêtent au seuil du siège israélien de la bande de Gaza. »


Publié sur Middle East Monitor le 9 janvier 2016

Traduction : Jean-Marie Flémal

Parkour à Gaza, c’est également une forme de résistance, comme l’expliquent les jeunes dans ce reportage d’Arte.

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