Les temps sont durs pour les collecteurs de fonds en faveur d’Israël aux États-Unis

Le quotidien Haaretz publie périodiquement de brèves interviews de voyageurs choisis au hasard (?) interrogés à l’aéroport de Tel Aviv sur les buts de leur voyage, les rapports qu’ils entretiennent (ou pas) avec Israël et les Israéliens, etc…

Dans une des dernières livraisons, Liat Elkayam interrogeait Daniel Allen, un rabbin qui vit habituellement dans le New Jersey, et qui était sur le point de s’envoler vers les États-Unis.

Après avoir expliqué qu’il était venu en Israël – comme il le fait six ou sept fois par an depuis plus de 25 ans – essentiellement pour des raisons familiales, le rabbin raconte à la journaliste de Haaretz les difficultés que rencontre aujourd’hui la “Jewish Federations of North America” pour collecter l’argent de la diaspora juive des États-Unis au profit d’Israël. Daniel Allen raconte qu’il fut le vice-président exécutif de la “Jewish Federations of North America” (jadis nommée “United Israel Appeal”), au service de laquelle il a travaillé pendant 16 ans.

Une des principales fonctions de cette organisation est de canaliser vers Israël les fonds donnés par la diaspora juive étatsunienne. Environ 250 millions de dollars transitent chaque année par la “Jewish Federations of North America”, précise-t-il. Il en est aujourd’hui président à titre honoraire.

Mais les temps sont durs. Beaucoup plus durs que par le passé.

«Il est plus difficile de lever des fonds auprès des jeunes, actuellement. Les jeunes aujourd’hui n’aiment pas Israël. Ils ne haïssent pas davantage Israël. Si vous avez 70 ans, vous vous souvenez de [la guerre de] 1967, mais si vous avez 40 ans c’est tout juste si vous vous souvenez de la première guerre du Liban. Et si vous avez 25 ans ou 30 ans, tout ce dont vous vous souvenez c’est qu’il y a une mésentente entre le premier ministre d’Israël et le Président des États-Unis. Cela rend les choses beaucoup plus difficiles.

Et, indépendamment de savoir si les gens aiment ou détestent Bibi [Benjamin Netanyahou], la deuxième chose qui freine la collecte de fonds aujourd’hui est que notre base de donateurs est largement constituée de Juifs modernes, des libéraux [1]. Non seulement il ne s’agit pas de “Hardelim” [2] – ce sont des laïcs, ou des “Réformés” ou des “Conservateurs”, et le gouvernement et le rabbinat d’Israël ne sont pas très sympathiques avec les personnes affiliées à ces dénominations. Ils le les assistent pas et ne les reconnaissent pas.

Combien de rabbins sont-ils nommés par le gouvernement israélien ? Des centaines, voire des milliers. Et combien d’entre eux appartiennent au courant Réformé ? Six ou sept, avec un salaire partiel seulement, et cela uniquement parce que la Cour Suprême a ordonné qu’il en soit ainsi, il y a deux ans. Il n’y a aucun soutien du gouvernement. […]»

En un mot comme en cent, le rabbin Daniel Allen, qui a passé sa vie à collecter des dollars pour Israël constate que les jeunes génération de la diaspora aux États-Unis ne se sentent plus tellement en phase avec “l’État juif”, et que s’ils conservent souvent avec lui un lien culturel et spirituel, ils vivent aussi dans un pays où – même si on est loin du compte comparativement à l’Europe occidentale – l’État et la religion ne se confondent pas. «America separates religion and state, and that’s the main reason that America works», dit-il («L’Amérique sépare la religion et l’État, et c’est la principale raison pour laquelle l’Amérique ça marche»).

Aussi rechignent-ils à ouvrir leur carnet de chèques en faveur d’un pays où c’est de moins en moins le cas et où les tendances les plus extrémistes, tant sur le plan religieux que sur le plan politique, prennent chaque jour un peu plus le pas sur les autres. La source n’est pas tarie encore, mais elle coule avec plus de parcimonie.

Et d’ici à ce que ce manque d’enthousiasme financier trouve aussi une expression politique, y a-t-il si loin ?

L.D.             


[1] “libéraux” dans le sens que le mot a aux États-Unis
[2] néologisme signifiant un mélange d’Ultra-Orthodoxe (“Haredim”) et de Sioniste-religieux

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