Les Palestiniens ont tort de trop bien mettre leurs terres en valeur, ça pousse les Israéliens à les leur voler

The homes of Al-Walaja looking down on the agricultural terraces and a barbed-wire Israeli fence.Emil Salman read more: http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.704255

D’ici la fin de cette année, la “barrière de séparation” [le “mur de l’apartheid” – NDLR ] va séparer les habitants de Al-Walaja de la majeure partie de ce qu’il leur reste de leurs terres agricoles. Nous avons déjà évoqué la situation tragique de ce village palestinien en 2012 : «Le mur, dix ans après : un village transformé en prison» (Haggai Matar).

La beauté des cultures en terrasses créées par les Palestiniens depuis des décennies a été une des principales motivations pour en faire un “parc national” israélien. Pour les Juifs exclusivement, cela va sans dire.

Il y a deux semaines, rapporte Nir Hasson dans Haaretz, des soldats ont collé des affiches dans le village de Al-Walaja, au sud de Jérusalem : «Avis d’intention d’acquérir les droits à la terre et d’expropriation pour cause d’utilité publique». Si on abandonne le jargon juridique, ces affiches annoncent la confiscation de terres palestiniennes afin de poursuivre la construction la “barrière de séparation” à proximité du village. Et les documents indiquent que la construction devrait être achevée pour la fin de cette année. L’avis ne mentionne pas exactement où se situent les terres qui seront confisquées. Pour le savoir, il faut se rendre dans les bureaux de l’Administration de l’aménagement du territoire, à Jérusalem.

Le problème est que la grande majorité des habitants de Al-Walaja n’ont pas le droit de pénétrer sur le territoire de Jérusalem, car ils sont des résidents des territoires occupés et n’ont pas de permis de travail valable en Israël 1)Israël considère Jérusalem comme faisant partie de son territoire, et en a considérablement élargi les limites administratives pour annexer du même coup de vastes étendues de la Cisjordanie occupée – NDLR. Ce n’est qu’un exemple de la situation kafkaïenne dans laquelle les habitants du village doivent se débattre depuis des années.

Les cultures en terrasses ont été créées depuis de nombreuses années par les agriculteurs palestiniens de Al-Walaja, qui ont ainsi remarquablement mis en valeur leurs terres. Et maintenant, c’est une des principales raisons qui poussent Israël à faire de la zone qui entoure le village un “parc national”, ce qui – en combinaison avec la “barrière de séparation” – interdira aux Palestiniens l’accès aux terres qu’ils ont aménagées et cultivées avec art et amour. Le souci de “préserver le paysage” est en effet une des considérations avancées par les Israéliens pour construire le mur à proximité immédiate des habitations palestiniennes plutôt qu’en suivant le tracé de la “ligne verte2)Il s’agit évidemment d’un prétexte cynique. Tout d’abord parce que que les Israéliens se fichent complètement de la préservation des paysages, que leurs bulldozers éventrent et massacrent allègrement (Elias Sanbar, il y a de nombreuses années déjà, notait que pour infliger un pareil traitement il ne fallait pas avoir beaucoup d’amour pour sa terre), et surtout parce que le “mur de l’apartheid” se dresse sur le territoire de la Cisjordanie sur la majorité de sa longueur, et que partout il s’éloigne de la “ligne verte” vers l’est, de manière à annexer de facto à Israël de bonnes terres agricoles, des richesses archéologiques, des sites touristiques, des colonies juives,… Les prétextes ne manquent jamais pour voler les terres palestiniennes. – NDLR 3)Ligne verte : la ligne d’armistice de la “guerre d’indépendance” israélienne, à laquelle l’ONU a de facto reconnu le caractère d’une frontière (contrairement à Israël, qui n’a jamais accepté de figer ses frontières, puisque son projet historique est de les repousser sans cesse). – NDLR.

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Les maisons de Al-Walaja surplombent les cultures en terrasses et une barrière de fils de fer barbelés dressée par l’armée d’occupation. Photo Emil Salman.

Au nom de la préservation du paysage, le tracé de la “barrière de séparation” séparera donc les habitations des villageois de leurs terres agricoles. Or, le paysage a déjà été considérablement dégradé quand le Ministère de la Défense israélien a tracé une large route à travers les terrasses, voilà plusieurs années. Cette route est devenue inutile quand la Cour Suprême israélienne a ordonné une modification du tracé de la “barrière de séparation”.

Quelques semaines avant l’apparition des affiches posées par des soldats dans le village, l’Administration des Antiquités, celle de l’Environnement et celle des Parcs et du service de Développement de Jérusalem, ont publié un appel d’offres pour “des travaux de préservation et de développement” à réaliser à Ein Haniya, au nord du village. L’appel d’offre est rédigé de manière telle à éviter soigneusement d’établir le moindre lien entre ces travaux et la “barrière de séparation”. Mais pour les habitants, la relation entre les deux est très claire : ils considèrent la “barrière de séparation”, la création d’un “parc national” et l’expropriation de la source de Ein Haniya comme un plan global visant à créer un site touristique pour les Israéliens et donc à les expulser de la zone.

Interdits de séjour dans leur propre maison

L’actuel village de Al-Walaja a été fondé par des réfugiés originaires du village portant le même nom qui se situait de l’autre côté du ruisseau Refaim (Nahal Refaim), et qui – écrit Nir Hasson – «fut abandonné pendant la “guerre d’indépendance” en 1948». La formulation relève, pour le moins de l’euphémisme, comme on le lira dans l’encadré ci-dessous.

Galerie de photos, mémoire des luttes

Les habitants de Al-Walaja luttent depuis de nombreuses années pour la survie de leur village, victime d’un premier nettoyage ethnique en 1948, reconstruit en territoire palestinien et aujourd’hui en grande partie annexé par Israël parce que les Palestiniens ont “trop bien” mis en valeur l’environnement exceptionnel, ce qui attise la convoitise d’Israël.
Une série de photos de Anne Pacq retrace l’histoire de leur lutte sur le site “Electronic Intifada« 

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La commémoration de la Nakba à Al-Walaja

En raison de l’élargissement des limites de Jérusalem après la “guerre des Six-jours” (1967), une partie du village a été englobée dans la ville. Mais Israël eut soin de n’annexer que les terres, sans pour autant accorder aux habitants le statut de résident. C’est la raison pour laquelle des villageois de Al-Walaja ont été arrêtés à plusieurs reprises pour “séjour illégal”… alors qu’ils se trouvaient dans leur propre maison.

Al-Walaja and surrounding areas.Haaretz read more: http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.704255
Al-Walaja and surrounding areas.

Un beau jour, la colonie juive de Har Gilo a été construite au sud du village, et un haut bâtiment de béton a été érigé entre elle et Al-Walaja. Maintenant, la “barrière de sécurité” et le “parc national” vont isoler le village sur ses trois autres côtés (la seule voie pour en sortir sera de se diriger au sud-est, vers Bethléem).

Il n’est pas difficile, quand on visite la zone, de comprendre pourquoi la municipalité de Jérusalem, les service du développement de Jérusalem et l’INPA (Israel Nature and Parks Authority) veulent la transformer en un “parc national” pour les citadins. Le village est construit sur les hauteur qui surplombent le Nahal Refaim, et des douzaines d’anciennes terrasses descendent vers le ruisseau, tout en bas. Le paysage très vert est étincelant et est parsemé de d’amandiers en fleurs et d’anémones; les pluies abondantes ont alimenté les nappes aquifères et des petits ruisseaux jaillissent ici ou là.

Au cœur de cette zone se trouve Ein Haniya, une des plus belles sources des collines de Judée. Deux grands bassins et une quantité de vestiges archéologiques se trouvent à proximité. La source est aussi considérée comme un endroit sacré pour les Chrétiens Orthohoxes grecs. Mais elle n’est pas importante qu’aux yeux des randonneurs et des pèlerins, mais aussi pour les habitants de Al-Walaja. Les bergers avaient l’habitude d’emmener leurs moutons et leurs chèvres s’y abreuver, et les jeunes gens du village avaient l’habitude d’aller s’y baigner ou traîner un peu, côtoyant des visiteurs israéliens.

Depuis un an, des fouilles archéologiques de grande ampleur ont été menées à bien par l’Administration des Antiquités israélienne. Ce programme de fouilles fait partie d’un projet de développement du “Metropolitan Park” – un vaste parc qui devrait à terme entourer Jérusalem au sud et à l’ouest. Selon les plans, Ein Haniya doit devenir un de ses points d’attraction majeurs, avec un restaurant, un centre de services aux visiteurs, des sentiers balisés, des éclairages…  Il existe des projets pour une ferme modèle éducative entièrement “bio”, établie non loin de la source. De l’autre côté de la rivière, des travaux de restauration des terrasses sont menés énergiquement, en vue de leur intégration dans le parc, tandis qu’au-dessus un énorme aquarium est en construction pour le “Zoo biblique”.

Ein Haniya va donc connaître le même sort que beaucoup d’autres sources qui étaient naguère utilisées par les populations palestiniennes, mais qui par la suite sont devenues des attractions pour les Israéliens.

Dans la mémoire collective des habitants du village, ils se rappellent de 17 sources qu’ils ont utilisées aux premières heures du village. Yasser Halifa, qui habite le village, a creusé un petit bassin il y a bien des années, dans lequel étaient drainées les eaux d’une petite source adjacente, qui irriguaient les parcelles vertes de ses terrasses. Il y a environ trois ans, des touristes sont arrivés et lui ont signalé que son bassin figure dans un guide touristique sous le nom de Ein Hezi.

Zeev Hacohen, chargé de la planification régionale pour le compte de l’INPA, promet que les habitants du village pourront utiliser Ein Haniya. Mais évidemment il ne peut pas s’engager pour ce qui arrivera après la construction du mur de l’apartheid. «L’objet des travaux est de remettre en état le système d’écoulement des eaux, et d’en faire un site accessible au grand public. Le site peut être clôturé pour des raisons de sécurité, car il y a eu des cas de vandalisme, dans le passé», dit-il.

Aviv Tatarsky appartient à l’organisation israélienne à but non lucratif Ir Amim, qui a aidé les habitants du village depuis des années. «Aujourd’hui, explique-t-il, il est clair pour toute personne qui se rend là-bas que c’est situé en territoire palestinien. Mais vous pouvez imaginer de quoi cela aura l’air dans quelques années, avec un centre de service pour les visiteurs, un restaurant et des randonneurs ? La perception des gens va changer, et ils vont identifier cela avec le territoire israélien. S’il s’agissait de construire une nouvelle colonie juive ici, le monde entier jetterait les bras au ciel. Mais ils incorporent la zone dans Israël par le biais d’un “parc national”, et personne le dit rien».

Pour le moment, la source se trouve du côté palestinien du mur. Mais les habitants sont convaincus que quand il sera complètement construit le checkpoint sera déplacé et leur accès à la source sera bloqué une fois pour toutes. Le changement aura aussi pour effet de séparer les paysans de leurs terres agricoles.

Les avis diffusés récemment annoncent la relance de la construction du “mur de l’apartheid”. Les travaux avaient progressé très lentement au cours des quelques dernières années. En 2013, les travaux avaient commencé en ce qui concerne le mur lui-même et la “route de sécurité” autour du village : la moitié du mur environ fut construite, puis les travaux furent interrompus sans qu’on sache pourquoi. Mais malgré cela, une forte proportion des fermiers ont déjà abandonné les terrasses et ont opté pour une exploitation beaucoup moins intensive de la terre. Les habitants pensent que la fermeture de l’accès à la source et l’achèvement du mur devraient conduire à un abandon encore plus marqué de la terre par ceux qui l’ont cultivée et mise en valeur.

D’après le projet, deux “portails agricoles” sont supposés être aménagés dans la barrière de séparation à l’usage des habitants. Mais l’expérience montre, dans les villages de Cisjordanie, que les “portails agricoles” ne présagent rien de bon. Personne ne sait où ils seront construits, qui sera autorisé à les franchir, quelles seront les procédures à respecter, etc. 4)Comme tout ce qui est de nature à accroître la dépendance des Palestiniens à l’égard de l’armée d’occupation, ces “portails agricoles”, en principe aménagés dans le mur de l’apartheid pour permettre aux agriculteurs palestiniens d’aller cultiver leurs terres situées de l’autre côté, sont utilisés par les Israéliens comme un des mille et uns moyens qu’ils ont inventés pour leur rendre la vie quotidienne impossible, en tous cas aussi pénible que possible, avec une constance qui confine au sadisme extrême. L’objectif est toujours le même : pousser autant de Palestiniens que possible à partir. Par exemple, dans le cas des “portails agricoles” agricoles, ils ne seront accessibles qu’à des heures précises, les plus incommodes possibles, qui ne seront pas respectées par l’armée mais que les Palestiniens auront intérêt à respecter scrupuleusement sous peine de retrait de permis. Évidemment, ces heures changeront assez souvent, sans préavis, et elles seront différentes d’un portail à l’autre. Les produits agricoles devant les franchir seront inspectés pendant des heures, durant lesquelles ils resteront sans protection en plein soleil, et tant mieux s’ils se dégradent, etc.  Les Israéliens, comme toujours, veulent la terre, avec aussi peu d’Arabes que possible vivant dessus, et tous les moyens sont bons. – NDLR

Maintenus dans le noir

Les cultures en terrasses ont été aménagées et entretenues pendant des décennies, peut-être même des siècles, par les fermiers de Al-Walaja. Et maintenant elles sont une des principales raisons de leur expulsion de leurs terres. Quand la route qui devait longer la “barrière de séparation”  a été planifiée, il a été décidé d’incorporer le “parc national” dans l’équation. En effet, ce “parc national” qui n’est possible que grâce aux terrasses exclut ceux qui les ont créées et maintenues pendant tant d’années.

Quoique chacun reconnaisse la contribution des habitants de Al-Walaja, personne ne s’est soucié de les informer des plans d’aménagement du “parc national” ou de faire en sorte qu’ils puissent être en mesure de continuer à travailler la terre.

Hacohen reconnaît sans la moindre hésitation que la contribution des fermiers de Al-Walaja pour la préservation du paysage du “parc national” est importante. Mais, tout comme pour l’accès des Palestiniens à la source de Ein Haniya, il ne peut leur faire aucune promesse. “L’administration militaire a accordé des portails agricoles aux habitants de Al-Walaja. Je suis conscient que cela ne les satisfait pas, mais je ne peux rien faire de plus pour eux. Je suis réellement désolé de le dire. Si la “barrière de séparation” est construite là et qu’il y a des problèmes avec les portails agricoles, je déclare que nous serons du côté des habitants de Al-Walaja pour que les portails fonctionnent correctement. Mais je ne peux pas obliger l’administration militaire à délivrer des permis [de travail]”, explique-t-il.

Dans un affidavit 5)Un affidavit est un écrit dans lequel une personne déclare solennellement devant une personne autorisée par la loi ou un tribunal que les faits qui y sont énoncés sont vrais. Le terme affidavit vient du latin : « il a déclaré sous serment » et est le plus souvent utilisé en droit anglo-saxon, dont le droit israélien est imprégné. – NDLR que Hacohen a déposé devant la Cour Suprême israélienne il y a plusieurs années, il exprimait la crainte que, si les terrasses demeuraient du côté palestinien de la “barrière de séparation” elles seraient détruites au fil du temps. “Il est clair à nos yeux que nous n’aurons pas d’influence ou de capacité de sauvegarder le parc dans les zones situées de l’autre côté de la barrière”, écrivait-il.  “Il y a un risque que les zones d’agriculture traditionnelle soient endommagées et construites de manière incontrôlée”.

Depuis lors, le paysage a effectivement subi des dommages catastrophiques, mais c’est le fait de l’administration militaire, qui a taillé – avec l’approbation de l’INPA – une large route pavée qui coupe à travers les terrasses, au cœur du “parc national”, et dont tout le monde convient qu’elle gâche le paysage. L’objet de cette route était de créer un contournement vers le Monastère Cremisan 6)Crémisan est un monastère chrétien vieux de 150 ans situé en Cisjordanie. En août 2013, la Cour suprême israélienne a invalidé le tracé du mur de l’apartheid qui devait couper le monastère en deux. – NDLR. Mais suite à la décision de la Cour Suprême invalidant le tracé du mur, le monastère demeurera du côté palestinien et la route est devenue par conséquent superflue.

Cremisan Monastery, near Bethlehem. Has a very exclusive access road.Emil Salman read more: http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.704255
Le monastère chrétien de Cremisan, près de Bethléhem dispose d’une route d’accès exclusive et totalement inutile, taillée par l’armée à travers un paysage admirable qu’Israël prétend vouloir protéger – Photo : Emil Salman

En dépit des pressions et des crises, Al-Walaja est resté un des villages palestiniens les plus pacifiques. Même durant les plus tempétueuses manifestations qui y ont eu lieu, il n’y a pratiquement eu aucun jet de pierres, et personne ne se souvient qu’il y ait eu des violences [de la part des Palestiniens]. 

En Israël, nous avons l’habitude d’attribuer la responsabilité de la violence aux Palestiniens, et nous avons l’habitude d’utiliser leur violence pour justifier nos actes”, dit  Tatarsky. “À Al-Walaja, vous pouvez voir que la violence ne vient que d’un seul côté. Le gouvernement se conduit comme les jeunes extrémistes juifs – il s’empare d’une source palestinienne et de terres. Les extrémistes sont condamnés, mais le vol des terres de Al-Walaja est appelé ‘développement de Jérusalem pour le bien-être de ses habitants’ ”.

Le Ministère de la Défense israélien a affirmé travailler pour “combler les dernières failles de sécurité qui demeu­rent dans la “barrière de sécurité” qui protège les habitants de Jérusalem, conformément avec le tracé approuvé par la Cour Suprême. La construction de la “barrière de sécurité” dans la région de Al-Walaja sera terminée à la fin de cette année. Dans le cadre de l’achèvement de la route de la barrière, l’administration de la défense a mis en œuvre une mise à jour technique des limites des expropriations qui avaient été approuvées en 2011, pour se confor­mer au tracé précis de la barrière telle qu’elle sera effectivement construite.”

En ce qui concerne la construction de la route vers le monastère, le Ministère de la défense avant précédemment affirmé que “la route qui a été construite a été approuvée par la Cour et planifiée en coordination avec l’INPA, afin de minimiser les dommages causés à l’environnement et pour assurer la protection des habitants de [la colonie juive de] Gilo”.


Source de l’article: Palestinian Villagers Tilled Their Land So Well, Israel Is Now Confiscating It From Them par Nir Hasson (Haaretz, le 19 février 2016)
Traduction et adaptation de l’article : Luc Delval

Sur cette problématique, voyez aussi : Les colons israéliens font main basse sur les sources d’eau en Cisjordanie, pour en faire des sites touristiques interdits aux Arabes (2010)

 

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References   [ + ]

1. Israël considère Jérusalem comme faisant partie de son territoire, et en a considérablement élargi les limites administratives pour annexer du même coup de vastes étendues de la Cisjordanie occupée – NDLR
2. Il s’agit évidemment d’un prétexte cynique. Tout d’abord parce que que les Israéliens se fichent complètement de la préservation des paysages, que leurs bulldozers éventrent et massacrent allègrement (Elias Sanbar, il y a de nombreuses années déjà, notait que pour infliger un pareil traitement il ne fallait pas avoir beaucoup d’amour pour sa terre), et surtout parce que le “mur de l’apartheid” se dresse sur le territoire de la Cisjordanie sur la majorité de sa longueur, et que partout il s’éloigne de la “ligne verte” vers l’est, de manière à annexer de facto à Israël de bonnes terres agricoles, des richesses archéologiques, des sites touristiques, des colonies juives,… Les prétextes ne manquent jamais pour voler les terres palestiniennes. – NDLR
3. Ligne verte : la ligne d’armistice de la “guerre d’indépendance” israélienne, à laquelle l’ONU a de facto reconnu le caractère d’une frontière (contrairement à Israël, qui n’a jamais accepté de figer ses frontières, puisque son projet historique est de les repousser sans cesse). – NDLR
4. Comme tout ce qui est de nature à accroître la dépendance des Palestiniens à l’égard de l’armée d’occupation, ces “portails agricoles”, en principe aménagés dans le mur de l’apartheid pour permettre aux agriculteurs palestiniens d’aller cultiver leurs terres situées de l’autre côté, sont utilisés par les Israéliens comme un des mille et uns moyens qu’ils ont inventés pour leur rendre la vie quotidienne impossible, en tous cas aussi pénible que possible, avec une constance qui confine au sadisme extrême. L’objectif est toujours le même : pousser autant de Palestiniens que possible à partir. Par exemple, dans le cas des “portails agricoles” agricoles, ils ne seront accessibles qu’à des heures précises, les plus incommodes possibles, qui ne seront pas respectées par l’armée mais que les Palestiniens auront intérêt à respecter scrupuleusement sous peine de retrait de permis. Évidemment, ces heures changeront assez souvent, sans préavis, et elles seront différentes d’un portail à l’autre. Les produits agricoles devant les franchir seront inspectés pendant des heures, durant lesquelles ils resteront sans protection en plein soleil, et tant mieux s’ils se dégradent, etc.  Les Israéliens, comme toujours, veulent la terre, avec aussi peu d’Arabes que possible vivant dessus, et tous les moyens sont bons. – NDLR
5. Un affidavit est un écrit dans lequel une personne déclare solennellement devant une personne autorisée par la loi ou un tribunal que les faits qui y sont énoncés sont vrais. Le terme affidavit vient du latin : « il a déclaré sous serment » et est le plus souvent utilisé en droit anglo-saxon, dont le droit israélien est imprégné. – NDLR
6. Crémisan est un monastère chrétien vieux de 150 ans situé en Cisjordanie. En août 2013, la Cour suprême israélienne a invalidé le tracé du mur de l’apartheid qui devait couper le monastère en deux. – NDLR