Les Palestiniens condamnent la consolidation de l’occupation israélienne par l’U.E.

Partenaires dans les crimes de guerre : Catherine Ashron, "haute représentante" de l’UE et Benjamin Netanyahou

Des groupes représentant un large éventail de la société civile palestinienne ont condamné un nouveau programme de financement de l’Union européenne destiné à promouvoir la « solution à deux États » au détriment des droits palestiniens et du conditionnement de l’aide humanitaire aux Palestiniens via des programmes communs impliquant en même temps « Juifs et Arabes ».

En utilisant ce langage, il s’avère que l’UE adopte en bloc les notions sionistes, voire antisémites, selon lesquelles le conflit de la région oppose « les Juifs et les Arabes » plutôt que de concerner une situation dans laquelle les Palestiniens sont occupés et privés de leurs droits par Israël.

Partenaires dans les crimes de guerre :  Catherine Ashron, "haute représentante" de l’UE et Benjamin Netanyahou
Partenaires dans les crimes de guerre : Catherine Ashron, « haute représentante » de l’UE et Benjamin Netanyahou

Dans une lettre au représentant de l’UE dans les territoires occupés, M. John Gatt Rutter, le Réseau palestinien des ONG, la Commission civique nationale à Jérusalem et le Comité national palestinien des BDS ont fait savoir qu’ils étaient :

profondément déçus par la récente demande de propositions adressés au Partenariat de l’UE en faveur du programme de paix. Nous protestons de la façon la plus véhémente contre la façon dépourvue d’éthique dont l’appel en faveur de ce programme européen pose comme condition que les projets d’aide humanitaire et de développement que l’on pourra choisir « doivent impliquer et les Juifs et les Arabes » et suggère que l’aide aux communautés palestiniennes les plus vulnérables doive être instrumentalisée en vue d’une « paix » définie comme le maintien de « la viabilité de la solution à deux États ».

Insistant sur le fait que «en tant que civils soumis à une occupation militaire et victimes de violations systématiques de leurs droits de l’homme par Israël, les Palestiniens ont un droit inconditionnel à la protection et à l’assistance», la lettre ajoute :

La tentative particulière de l’UE de conditionner l’aide aux populations palestiniennes les plus vulnérables en fonction de la participation des acteurs juifs d’Israël, c’est-à-dire des membres du groupe des oppresseurs, contribue à la politisation de l’aide et la chose est particulièrement problématique et inacceptable, dans ce contexte.

La lettre se termine par un appel à l’UE « à éviter de politiser davantage encore l’aide humanitaire et de supprimer immédiatement la condition immorale de la participation « des Juifs et des Arabes » dans les critères d’éligibilité du Partenariat en faveur du Programme de paix ».

Le programme de l’UE adopte des notions sionistes

Les Directives du Partenariat de l’UE pour le programme de paix stipulent :

Un objectif central de l’UE au Moyen-Orient réside dans la concrétisation d’une paix durable en recourant à une résolution juste et durable du conflit israélo-palestinien, avec l’État d’Israël et un État palestinien indépendant, démocratique, contigu, souverain et viable, vivant côte à côte dans la paix, la sécurité et la reconnaissance mutuelle. Ceci inclut une solution honnête du problème complexe de Jérusalem en tant que future capitale des deux États, et une solution négociée, juste, honnête et réaliste du problème des réfugiés palestiniens. Ceci inclut également une solution dans les rapports entre Israël et la Syrie et entre Israël et le Liban.

Nulle part ce discours ne mentionne les droits palestiniens ni ne parle de la législation internationale, et l’usage des termes « solution réaliste du problème des réfugiés palestiniens » sera perçu par la plupart des Palestiniens comme une exigence à peine voilée de laisser tomber le droit au retour des Palestiniens par respect envers l’insistance raciste d’Israël que soit maintenue une majorité juive en vue de se mettre à l’abri d’une « menace démographique » palestinienne. L’UE trahit sa perspective entièrement « israélocentrique » lorsqu’elle définit les réfugiés palestiniens comme le seul « problème », et non le refus raciste d’Israël de se soumettre aux lois internationales et de respecter les droits de ces réfugiés.

Le chantage et la corruption de l’UE

Le programme de l’UE prétend que son but est de soutenir :

les besoins pratiques et stratégiques locaux en termes de développement socioéconomique et de qualité de la vie des communautés les plus affectées par le conflit, besoins susceptibles de renforcer leur détermination à contribuer à assurer les conditions de viabilité de la solution à deux États.

Il est difficile d’imaginer une forme plus ouverte de chantage et de corruption pour tenter d’utiliser l’aide humanitaire dans le but d’imposer l’agenda politique de l’UE aux Palestiniens, qu’ils aiment la chose ou pas. Les directives font de ce qui suit une condition :

Les actions s’inscrivant dans cette priorité doivent impliquer et les Juifs et les Arabes, que ce soit en partenariat officiel ou au niveau d’un travail commun.

L’adoption d’un tel discours est particulièrement dérangeante et peut être perçue comme antisémite. Il fait sien la notion antisémite et sioniste selon laquelle le conflit existe entre Juifs en tant que Juifs et « Arabes » dans un sens générique. En outre, il masque la réalité de ce que les Palestiniens sont occupés et privés de leurs droits par Israël, dont le but est d’être un « État juif » et qui abuse des symboles religieux juifs et instrumentalise la persécution des Juifs par les Européens dans le passé afin de justifier la dépossession des Palestiniens.

La tentative de contrer les efforts palestiniens contre la normalisation

Le programme de l’UE doit être perçu comme un effort de contrer les tentatives de plus en plus fructueuses des Palestiniens de mettre un terme aux programmes visant à la normalisation. Dans ses directives en vue de l’application d’un boycott culturel international d’Israël, le Comité national palestinien des BDS fournit un moyen d’évaluer la normalisation :

Les événements et projets culturels impliquant des Palestiniens et/ou des Arabes et des Israéliens qui prônent « l’équilibre » entre les « deux camps » en présentant leurs discours respectifs, comme s’ils étaient considérés sur un pied d’égalité, ou qui, d’une autre façon, reposent sur le faux principe que les colonisateurs et les colonisés, les oppresseurs et les opprimés, sont également responsables du « conflit », sont sciemment trompeurs, intellectuellement malhonnêtes et moralement répréhensibles. De tels événements et projets, cherchant souvent à encourager le dialogue ou « la réconciliation entre les deux camps » sans tenir des comptes des revendications de justice, prônent la normalisation de l’oppression et de l’injustice. S’ils ne s’inscrivent pas dans le contexte explicite de l’opposition à l’occupation et à d’autres formes d’oppression des Palestiniens par Israël, tous ces événements et projets qui rassemblent les Palestiniens et/ou les Arabes et les Israéliens, sont particulièrement susceptibles de faire l’objet d’un boycott.

La campagne palestinienne de boycott, désinvestissement et sanctions ne mentionne pas les « Juifs » et n’exclut même pas des activités communes entre Palestiniens et Israéliens si elles sont organisées dans un contexte manifeste d’opposition à l’occupation israélienne et autres crimes. Ceci du fait qu’elle s’appuie sur des principes non racistes et universels. Les directives européennes, qui ne mentionnent pas du tout les droits palestiniens, mais qui insistent sur la définition antisémite des « Juifs » en tant qu’ennemis des « Arabes », présentent tous les aspects d’un effort d’utiliser l’argent de l’UE pour saper les droits palestiniens et la lutte de principe en vue de les concrétiser.


Publié sur The Electronic Intifadah, le 31 janvier 2013.
Traduction pour ce site : JM Flémal.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse » On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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