Les Israéliens réclament du sang après la découverte des corps des jeunes disparus

An Israeli man shows his son how to work a machine gun during a traditional military weapon display to mark the 66th anniversary of Israel's Independence at the West Bank settlement of Efrat on May 6, 2014 near the biblical city of Bethlehem. Israelis are marking Independence Day, celebrating the 66th year since the founding of the Jewish State in 1948 according to the Jewish calendar. AFP PHOTO/GALI TIBBONGALI TIBBON/AFP/Getty Images (Newscom TagID: afplivefive782729.jpg) [Photo via Newscom]

Dès les premières heures de ce mardi, Israël a lancé des frappes aériennes contre la Bande de Gaza assiégée et des rapports en provenance de Hébron, en Cisjordanie, disent que les forces d’occupation ont endommagé ou détruit les maisons des familles de deux hommes dont Israël prétend qu’ils étaient derrière l’enlèvement et l’assassinat des trois jeunes Israéliens.

Israël dit que ses bombardements de Gaza constituent des « représailles » pour les tirs de roquette émanant de l’enclave mais, ces derniers jours, Israël a provoqué une escalade de la situation par une recruidescence des exécutions extrajudiciaires. Il n’y a pas eu de rapports immédiats à propos des blessés.

Les hommes politiques israéliens ont réclamé du sang ; l’un a même exigé que le Ramadan soit transformé en « mois de ténèbres ». De leur côté, les États-Unis ont prôné la « modération ».

Les corps ont été retrouvés

Les toutes récentes violences israéliennes ont suivi la découverte, lundi, des corps des trois jeunes à proximité de la ville de Hébron, en Cisjordanie occupée.

Ils avaient été portés disparus le 12 juin, alors qu’ils faisaient de l’auto-stop entre deux colonies israéliennes.

Israël a prétendu que le Hamas était responsable des assassinats, mais le groupe a réfuté cette accusation.

L’usager de Twitter @Pal_1948 à Hébron a posté cette image d’un résident de la zone tentant de mettre le feu à l’une des maisons que les forces israéliennes ont fait sauter :


Cette vidéo montre la maison de la famille d’Abu Eishe après qu’elle a été mise sens dessus dessous, mais pas démolie
Récemment, Israël a annoncé qu’il avait l’intention de reprendre les démolitions punitives de maisons après avoir suspendu cette pratique voici une décennie.

Les châtiments collectifs constituent un crime de guerre,selon la Quatrième Convention de Genève, qui stipule que personne, vivant sous occupation, « ne peut être puni pour un délit qu’il ou elle n’a pas commis personnellement ».

Les Palestiniens peuvent s’apprêter à pire encore puisque les dirigeants israéliens se sont mis à réclamer du sang en guise de représailles de la mort des adolescents.

Appels à la vengeance

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dirigeait la meute, qualifiant les assassins des jeunes de « bêtes humaines » et ajoutant : « Le Hamas est responsable, le Hamas paiera ». Netanyahu a spécifiquement utilisé le mot « revanche », faisant allusion à ce qu’il peut avoir en réserve. Mais bien d’autres sont allés plus loin encore.

L’ancien juriste israélien Michael Ben-Ari a posté une vidéo et une déclaration réclamant « de transférer la douleur vers le cruel ennemi. Faites que le Ramadan se mue pour eux en un mois de ténèbres ! »

Nous vivons dans une « jungle », a déclaré Ben-Ari, qualifiant les enfants palestiniens de « petits terroristes ».

Il a appelé à un rassemblement à Jérusalem ce mardi, en réclamant : « Mort à l’ennemi, évacuation, qu’on efface leur sourire. À commencer par Haneen Zoabi, qu’on l’envoie aider en Syrie », a-t-il dit, parlant de la juriste palestinienne au Parlement israélien, la Knesset.

Le ministre du Logement Uri Ariel a réclamé les exécutions extrajudiciaires des dirigeants du Hamas et a demandé qu’Israël « lance une vague de construction dans les colonies en réponse aux assassinats des jeunes kidnappés ».

Limor Livnat, la ministre de la Culture et des Sports, a écrit sur Facebook : « Puisse Dieu venger leur sang. »

Tzachi Hanegbi, un ancien ministre de cabinet du parti gouvernemental Likoud, a spéculé : « Je ne sais pas combien de dirigeants du Hamas resteront en vie, après cette nuit. »

Tzipi Hotovely, un autre juriste du Likoud et vice-ministre, a écrit : « Israël doit déclarer une guerre d’annihilation du Hamas, qui est responsable des meurtres et doit revenir à sa politique des assassinats. »

Le ministre de l’Économie, Naftali Bennett, dirigeant du parti anti-palestinien extrémiste, Jewish Home, a déclaré : « Les tueurs d’enfants et ceux qui les dirigent ne peuvent être pardonnés. C’est l’heure des actions, et plus de mots. »

Le ministre de l’Agriculture Yair Shamir a profité de l’information pour faire de l’incitation contre les citoyens palestiniens d’Israël, qu’il a accusés de défendre le kidnapping. « Il ne faudra attendre longtemps avant que l’histoire règle votre compte », a-t-il écrit sur Facebook.

Les appels à quelque sorte de modération que ce soit ont été pratiquement inexistants. Inquiet en raison de l’atmosphère de vindicte, le groupe israélien des droits de l’homme B’Tselem a invité le gouvernement à « s’abstenir d’actes de vengeance » et a mis en garde contre les attaques de « représailles » de la part des colons.

Les incitations dans les médias sociaux

Dès le moment où la nouvelle de la découverte des corps des jeunes israéliens est apparue, les médias sociaux israéliens, y compris les pages Twitter et Facebook des principaux médias israéliens comme Walla! News, ont été rapidement saturées de ces appels envahissants et tonitruants en faveur d’un bain de sang, qui sont devenus plus que monnaie courante.

Parmi les exemples, les abonnés de Facebook, Kobi et Karen Haddad, qui réclament qu’Israël « réduise Gaza et Hébron en cendres ».

Lior Banay a demandé qu’Israël « détruise Hébron ».

« Ces Arabes », écrivait Yuval Efrat, « nous devrions les éliminer tous, juste y aller et les asperger. Assez ! »

Les appels du style « Mort aux Arabes » étaient trop nombreux pour être comptés, mais certains allaient plus loin. L’abonné de Twitter, Daniel Ronen, a par exemple écrit : « Mort aux Arabes ! Nous devons les incinérer et pendre leurs cadavres devant leurs enfants. »

Facebook_armesL’abonné de Facebook, Lior Aminov, a participé à une discussion avec plusieurs autres personnes qui, apparemment, s’organisent pour aller mener des attaques de milices privées contre les Arabes. Il a posté cette photo d’un uniforme de l’armée israélienne et des armes qu’il avait l’intention d’utiliser contre ses victimes.

On rapporte par ailleurs plusieurs exemples de représailles et de protestations de la part des Israéliens.

À Jérusalem, des dizaines de personnes « ont convergé vers une pizzeria du quartier de Ramat Shlomo afin de protester contre le fait qu’elle employait un travailleur arabe », rapporte Ynet.

On rapporte que le travailleur a été « délivré » par la police.

Les États-Unis poussent à la « modération »

Le président américain Barack Obama a fait une déclaration de condoléances aux familles des trois jeunes et a condamné leur assassinat comme des « actes de terreur insensés contre des jeunes innocents ».

Obama n’a jamais exprimé la moindre sympathie ni de condoléances non plus pour un seul des plus de 1.400 enfants palestiniens assassinés par les forces d’occupation et colons israéliens.

Mais avec la situation très grave qui règne dans la région, les États-Unis s’avèrent soucieux d’éviter la poursuite de l’escalade et Obama a incité « toutes les parties à s’abstenir de démarches susceptibles de contribuer à une déstabilisation plus grave encore de la situation ».

La responsable de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, qui ignore également les assassinats fréquents par Israël d’enfants palestiniens, a également condamné les assassinats des jeunes Israéliens en espérant que les « auteurs de cet acte barbare seraient rapidement traînés en justice ».

Ashton sait très certainement aussi que les Palestiniens ne peuvent compter sur rien qui ressemble à de la « justice » dans le système des tribunaux militaires d’Israël.

À la suite d’Obama, Ashton a elle aussi insisté sur « la modération de toutes les parties concernés afin de ne pas aggraver davantage encore la situation fragile sur le terrain ».

L’invasion de Gaza peu probable

Dans Ynet, Ron Ben-Yishai, un écrivain proche des sources de renseignement et de l’armée, a estimé qu’Israël n’organiserait pas une invasion à grande échelle de Gaza.

Il sera demandé au cabinet d’envisager une opération militaire sévère contre Gaza. Ce genre d’opération est une nécessité en ce moment, non seulement parce que le Hamas est responsable de l’enlèvement, mais aussi parce qu’il n’empêche pas les intenses tirs de roquettes sur Israël.

Toutefois, si l’option se présente d’une opération à Gaza, il est probable que la plupart des ministres du cabinet la refuseront. Pourquoi ? Parce que le Hamas à Gaza n’était pas impliqué dans le kidnapping et qu’une invasion de la bande de Gaza par les FDI serait perçue comme un châtiment collectif, ce que la communauté internationale ne comprendrait pas et, même, condamnerait. L’une des choses que l’État d’Israël ne peut perdre, c’est la légitimité internationale de ses actions et il ne peut être perçu comme un pays qui châtie une population tout entière sans motif justifiable.

Il reste à savoir de quelles voix les dirigeants d’Israël vont tenir compte : celles qui réclament du sang dans les rues palestiniennes, ou celles des sponsors internationaux d’Israël qui ne désirent pas subir les embarras et les inconvénients d’une autre de ses orgies de massacres sauvages et vengeurs à une époque où le reste de la région est déjà dans une situation passablement pénible.

Mes remerciements à Dena Shunra pour son aide dans la recherche et l’analyse.


Publié sur The Electronic Intifadah le 1 juillet 2014.
Traduction : JM Flémal.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse »

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

 

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