Les Israéliens arrêtent un directeur artistique de théâtre palestinien à 3 heures du matin

Nabil Al Raee

La nuit dernière, les forces armées israéliennes ont perquisitionné le domicile de Nabil Al Raee, le directeur artistique du Freedom Theatre à Jénine, l’arrêtant et terrifiant sa petite fille, Mina, âgée de trois ans. Jonatan Stanczak, administrateur du Freedom Theater, a demandé aux soldats pourquoi ils détenaient Al Raee. Ils ont refusé de répondre. « La seule réponse que vous obtenez est une arme à feu braquée sur votre visage, » a déclaré Stanczak. Selon Al Arabiya, les Israéliens ont confirmé l’incident, disant que Raee, « avait été arrêté à Jénine, dans la nuit, pour cause d’activité illégale.»

Nabil Al Raee
Nabil Al Raee

C’est de la 6ème fois au cours des douze derniers mois que les forces israéliennes ont arrêté un membre du personnel ou du conseil d’administration du Freedom Theater. En outre, les forces de sécurité palestiniennes, tant vantées pour leur «coopération» et «coordination» avec la sécurité israélienne, ont arrêté à deux reprises le co-fondateur du Freedom Theater, Zakaria Zubeidi. En ce moment, Zubeidi est détenu depuis trois semaines, sans inculpation, dans une prison de Jéricho. Et bien sûr, les mêmes forces de sécurité israéliennes et palestiniennes ont échoué à mener toute enquête sérieuse sur l’assassinat non élucidé, en avril 2011, de Juliano Mer Khamis, co-fondateur et directeur du Freedom Theater, et ce malgré l’existence de preuves médico-légales importantes.

Au lieu de cela, les Israéliens ont, à maintes reprises, convoqué les membres palestiniens de l’équipe du Freedom Theater, à la base armée de Salem pour des interrogatoires d’intimidation. «  Habituellement, ces interrogatoires commencent par : nous savons que vous êtes celui qui a tué Juliano, pourquoi l’avez-vous tué ?  », a dit Stanczak.

Quel est le crime du Freedom Theater ? Le théâtre est bien connu pour son plaidoyer en faveur de l’art comme résistance à l’occupation. Il a monté des productions saluées par la critique, des pièces classiques et nouvellement écrites qui soulèvent le dilemme de l’individu face au broyage des âmes imposé par un pouvoir arbitraire. Celles-ci comprennent Alice (une production musicale originale inspirée par « Alice au pays des merveilles »), «  La ferme des animaux » , « En attendant » (adaptation palestinienne de « En attendant Godot »), « Fragments de Palestine », « Quoi de neuf ? ». Plusieurs de ces productions ont tourné en Europe et aux Etats-Unis – nonobstant une extrême difficulté pour obtenir les autorisations nécessaires au voyage des artistes. Dans le cas de « En attendant », les forces armées israéliennes ont arrêté l’acteur principal, d’une équipe de création de 5 personnes, pour le maintenir en détention durant les deux derniers mois de répétition.

Israël a souvent entravé les représentations internationales du Freedom Theater en refusant aux acteurs et au personnel technique, l’accès aux bureaux consulaires pour la demande de visas ou autorisations à traverser la frontière vers la Jordanie, le seul accès aux les vols internationaux pour les Palestiniens de Cisjordanie. Les représentations théâtrales, en Cisjordanie, ont subi des tracasseries, menées par les forces armées israéliennes qui entouraient la salle de spectacle avec ses troupes. Un groupe français de cirque, qui devait se produire au Freedom Theater, s’est vu refuser l’entrée en Palestine par Israël.

Communiqué de presse du Freedom Theater dans le camp de réfugiés de Jénine,
au nord de la Cisjordanie, 6 juin 2012

A environ 3h15 du matin, l’armée israélienne a fait irruption dans la maison de Nabil Al-Raee, le directeur artistique du Freedom Theater, et l’a emmené vers une destination inconnue.

La femme de Nabil, Micaela Miranda, explique ce qui s’est passé: « Le chien s’est mis à aboyer, je suis alors sortie et j’ai vu des soldats sautant par-dessus la barrière et entrant dans la cour de la maison. Ils ont demandé après mon mari et j’ai demandé ce qu’ils lui voulaient, c’est mon droit de savoir et c’est ma maison. Les soldats m’ont répondu qu’ils ne me le diraient pas. Ils ont ensuite pris Nabil, l’ont conduit vers une jeep de l’armée et sont repartis. Nous sommes très inquiets parce que nous ne savons pas où ils l’ont emmené et pourquoi. »

Jonatan Stanczak, directeur général du Freedom Theater : « Je vis à l’étage au-dessus de chez Nabil et quand j’ai entendu ce qui se passait, je suis descendu pour parler aux soldats parce que je connais l’hébreu. La maison était entourée par des soldats israéliens masqués et trois d’entre eux ont immédiatement pointé leurs armes sur moi et m’ont repoussé à l’intérieur de la maison. »

Des tentatives ont été immédiatement menées pour communiquer avec le Bureau de coordination de district de l’armée israélienne, mais sans résultat. Plus de la moitié des employés du Freedom Theater ont été récemment convoqué à des interrogatoires de l’armée israélienne, y compris Nabil Al-Raee. Tous sont venus aux rendez-vous comme prévu et ont répondu de leur mieux aux questions posées, même s’ils furent intimidés et menacés.

Jonatan Stanczak poursuit: « Je ne comprends pas pourquoi ils font cela, alors qu’il suffisait d’un simple coup de fil à Nabil pour qu’il vienne répondre à leur questions. Comme ceci a eu lieu tellement de fois par le passé, je ne peux m’empêcher de l’interpréter que, comme une volonté de harcèlement de l’armée israélienne à l’égard des employés du Freedom Theater et de leurs familles. »

A ce stade, il est difficile de savoir si d’autres membres du Freedom Theater ont été emmenés au cours de la nuit. Plusieurs d’entre eux n’ont pas répondu aux appels téléphoniques.


Traduction : AnnickWalachniewicz

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