Les frontières d’Israël ? “De la Méditerranée au Tigre et à l’Euphrate”, dit le vice-président de la Knesset

Le Vice-Président de la Knesset, le député Bezalel Smotrich, du parti “Foyer Juif” (membre de la coalition gouvernementale au pouvoir), s’en est violemment pris au leader “travaillisteYitzhak Herzog, qu’il accuse de vouloir “abandonner la terre de la patrie” aux mains des Palestiniens.

Herzog a récemment multiplié les déclarations en faveur d’une “séparation” accélérée d’avec les Palestiniens au prix d’un retrait éventuel de quelques villages des environs de Jérusalem, afin – dit-il – de préserver « l’idéal d’une solution à deux États ». Étant entendu que le futur “État” palestinien aurait grosso modo les dimensions d’un placard à balais, qu’il serait fragmenté et “démilitarisé” et qu’il n’aurait la maîtrise ni de ses ressources naturelles ni de ses frontières. En résumé, ce serait à peu près n’importe quoi, sauf un État. Rien, en fait, de bien neuf : il y a une quinzaine d’années Ehud Barak vendait déjà la même salade.

Ce discours, qui rapproche un peu plus les “travaillistes” israélien des thèses de la droite extrême au pouvoir, est cependant insupportable aux oreilles du vice-président de la Knesset, Bezalel Smotrich : “nous ne donnerons pas une prime à la terreur, nous traduirons dans les faits notre souveraineté sur Jérusalem, la Judée et la Samarie” [1], a-t-il déclaré alors qu’il participait à une manifestation entre Karmei Tzur et  le carrefour de Gush Etzion sur la “route 60”. Les 500 participants réclamaient que l’accès aux routes principales de la Cisjordanie soit réservé aux voitures des colons et interdit aux véhicules palestiniens “afin de réduire les attaques terroristes”.

Bezalel Smotrich précise sa pensée : “vous connaissez mes opinions : nous avons des aspirations beaucoup plus grande, jusqu’aux fleuves Tigre et Euphrate”, dit-il en faisant référence aux limites bibliques de la “terre d’Israël”. Smotrich avait auparavant appelé à l’annexion de la Cisjordanie et à un nettoyage ethnique massif, estimant qu’Israël pourrait payer les habitants palestiniens pour qu’ils s’en aillent.

Mais, pour ce leader du “Foyer Juif” appartenant à la coalition gouvernementale au pouvoir et occupant un poste important au parlement israélien, il est donc parfaitement explicite que l’annexion de la Cisjordanie ne serait qu’une victoire d’étape : le slogan habituel “de la rivière [le Jourdain] à la mer [Méditerranée]” ne traduit pas la réalité de leur projet historique. Il s’agirait d’englober une beaucoup plus large part du “Croissant fertile”, vers l’est jusqu’aux rives du Tigre et de l’Euphrate.

Ce n’est pas à proprement parler nouveau, même si en général dans les capitales occidentales on feint de ne pas l’entendre, préférant croire que la vallée du Jourdain est la limite des appétits territoriaux israéliens.

Or, en 2011 déjà, le vice-ministre des Affaires étrangères israélien, Danny Ayalon, bras droit d’Avigdor Lieberman, expliquait dans une vidéo de propagande émanant officiellement de son ministère (voir notre article de juillet 2011) que le territoire auquel les Juifs peuvent légitimement prétendre est celui auquel se référait (selon lui) la “déclaration Balfour” :

Image extraite d’une vidéo de propagande gouvernementale israélienne (2011). Danny Ayalon tente de démontrer que les Juifs ont déjà fait toutes les concessions territoriales imaginables…

israelncLes même contours territoriaux apparaissent sur des cartes utilisées par les sionistes les plus réactionnaires dits “révisionnistes”, héritiers idéologiques de Vladimir Jabotinsky (18801940), dont le secrétaire particulier ne fut autre que… Ben-Zion Netanyahou, le père de Benjamin Netanyahou. “Le territoire de la Palestine juive a été réduit de 77%…”, prétendent-ils.

Ben-Zion, rappelait en 1996 Dominique Vidal dans un article du Monde Diplomatique avait préféré en 1962 quitter Israël pour «fuir le socialisme» et se réfugier aux États-Unis, «où il éleva ses fils dans la fidélité aux idées de Jabotinsky».

Ce courant de pensée, loin d’être marginal, est donc bien implanté au cœur du pouvoir israélien. Ces fameux “77%”, tout en glosant sur “la solution à deux États”,  ils n’y ont nullement renoncé.

L.D.


[1] Judée et Samarie : nom biblique des région correspondant à la Cisjordanie, utilisés par les sionistes

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