Les discriminations systématiques à l’égard de la minorité palestinienne en Israël

Le Palestinien Ahmed Elaian, 86 ans, montre les clefs de sa maison en Israël, qu’il a dû abandonner lors de la guerre de 1948, lors de la Nakba.

Le gouvernement israélien et les groupes qui le soutiennent se targuent volontiers du mode de vie prétendu démocratique et multiculturel du pays. En réalité, les Palestiniens en Israël subissent une discrimination systématique telle qu’on se sent tenu de remettre en question le bien-fondé de la formule « Juif et démocratique ». Depuis des décennies, la croyance populaire en Occident présente Israël comme « la seule démocratie du Moyen-Orient ». Ces derniers temps, toutefois, la politique israélienne a fait l’objet de critiques croissantes, particulièrement en Europe – et tout particulièrement en raison des actions militaires entreprises en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les territoires occupés depuis 1967. Pourtant, que l’on critique les frappes « disproportionnées » ou que l’on souligne le mouvement radical de la colonisation juive, le gros de la désapprobation de l’Occident à l’égard de la politique israélienne se limite au territoire où l’on présume que sera fondé un jour ou l’autre un État palestinien. Et cette analyse ignore donc les 20 pour 100 de citoyens israéliens qui sont palestiniens, une minorité de plus en plus ciblée par l’establishment sécuritaire et politique d’Israël. Le fait de se pencher sur cette lacune de l’information et d’examiner les problèmes auxquels les Palestiniens sont confrontés en Israël depuis 1948 jette un certain éclairage sur le cœur même du conflit.

Confiscation et expulsion

Lors de la création d’Israël, environ 85% des Palestiniens vivant à l’intérieur des frontières du nouvel État furent expulsés et devinrent des réfugiés ; ceux qui restèrent représentent aujourd’hui un cinquième des citoyens israéliens (leur identité à toutefois été intentionnellement embrouillée à l’aide de l’étiquette d’« Arabe israélien »).

Le Palestinien Ahmed Elaian, 86 ans, montre les clefs de sa maison en Israël, qu’il a dû abandonner lors de la guerre de 1948, lors de la Nakba.
Le Palestinien Ahmed Elaian, 86 ans, montre les clefs de sa maison en Israël, qu’il a dû abandonner lors de la guerre de 1948, lors de la Nakba.

La surface des terres appartenant à des réfugiés palestiniens expropriés par la « Loi israélienne sur les propriétaires absents » représente environ 20% du territoire total du pays d’avant 1967. L’ensemble des réfugiés inclut en gros un citoyen palestinien sur quatre qui, en tant que « absent présent », a également vu ses terres et ses propriétés confisquées par l’État.

Provoquer des évictions massives

Cette politique signifia qu’au milieu des années 1970, le gros de la communauté palestinienne en Israël avait perdu entre 65 et 75% de ses terres. Depuis 1948, plus de 700 communautés juives ont été installées en Israël (sans compter les colonies en Cisjordanie et à Gaza) – contre sept (7) seulement pour des citoyens palestiniens (et encore, ces dernières n’étant que des projets de réinstallation de la population bédouine dans le désert du Néguev). Alors que le gouvernement israélien parle de « développer » le Néguev, des dizaines de milliers de Bédouins vivent dans des douzaines de « villages non reconnus ». Ils subissent des démolitions de maisons et souffrent d’un manque d’infrastructures élémentaires. Une nouvelle menace pour eux réside dans le plan Prawer, qui a prévu des évictions massives pouvant concerner jusqu’à 70.000 citoyens arabes, lesquels seront forcés de subir la destruction de leurs villages et de se reloger ailleurs. Un pouvoir important sur les régions, concernant entre autres la propriété de terres et  l’implantation rurale, est assumé par des institutions qui sont constitutionnellement mandatées pour privilégier les Juifs, alors que 70% des villes israéliennes sont contrôlées par des commissions d’admission qui écartent tous ceux que l’on estime « inappropriés » au « tissu social » de la communauté. Ces petites communautés, plus particulièrement dans le Néguev et en Galilée, jouent un rôle crucial dans le maintien de l’hégémonie juive sur l’espace géographique (beaucoup d’entre elles se trouvent également sur les terres de villages palestiniens qui ont été détruits).

Une politique de ségrégation

La discrimination est systématique. Le ministère de l’Éducation dépense au moins cinq fois pour les étudiants juifs et pour les étudiants palestiniens.

Un jeune Palestinien observe des manifestants qui se heurtent à des militaires israéliens alors qu’ils célèbrent la « Journée de la Terre », le 30 mars 2012, à Jérusalem-Est.
Un jeune Palestinien observe des manifestants qui se heurtent à des militaires israéliens alors qu’ils célèbrent la « Journée de la Terre », le 30 mars 2012, à Jérusalem-Est.

La vérité embarrassante, c’est qu’Israël est démocratique pour les Juifs, et juif pour les Palestiniens, comme le prouvent les priorités racistes régissant l’immigration, les terres, la planification, les budgets du développement et bien d’autres choses encore. Citer la poignée d’Arabes siégeant à la Knesset, jouant dans les équipes de football ou passant à la télévision ne dépasse pas le niveau de la vulgaire propagande.

Refus des droits sur base de l’ethnicité

Les lois et les mesures destinées à favoriser un groupe de personnes plutôt qu’un autre et à instaurer une séparation concordent bien avec la description que la législation internationale donne de l’apartheid. Cette année, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (CEDR) a vertement blâmé Israël, condamnant la « ségrégation », tant à l’intérieur des frontières d’avant 1967 qu’en Cisjordanie occupée. Aucun effort de diversion par les partisans d’Israël ne peut dissimuler la triste réalité quotidienne de l’occupation et de la colonisation. Du Jourdain à la Méditerranée, un état de fait est apparu, un régime accordant ou refusant des droits et des privilèges en s’appuyant sur l’ethnicité. Ce pays n’a rien d’une démocratie et plus tôt on posera des questions pénibles à Israël – qu’on identifiera la politique israélienne pour ce qu’elle est réellement et qu’on s’y opposera – plus il sera possible de voir apparaître un jour un avenir postcolonial où les droits des Palestiniens seront concrétisés et où les deux peuples pourront se partager les terres sur un pied d’égalité.


  Article publié sur Qantara.de le 3 juillet 2012. Traduction pour ce site : JM Flémal. ben-whiteBen White est un journaliste freelance, écrivain et activiste spécialisé dans les questions concernant la Palestine et Israël. Il visite régulièrement la région depuis 2003 et ses articles ont été largement publiés dans The Guardian’s Comment is free, Al Jazeera, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, et bien d’autres. Son ouvrage le plus récent, « Palestinians in Israel: Segregation, Discrimination and Democracy » (Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie) a été publié par Pluto Press en janvier 2012, avec une préface de Haneen Zoabi, membre de la Knesset.

Print Friendly, PDF & Email