Les attaques contre Gaza unissent les Palestiniens

HAÏFA, Israël, 19 novembre 2012 (IPS) – Des dizaines de chars israéliens ont lentement fait route vers le sud sur des plateaux tractés par camion le long de l’autoroute 6 israélienne. Ornés d’étoiles de David et de caractères hébreux et portant des drapeaux israéliens effilochés, le mouvement de ces chars a fait croire à de nombreuses personnes qu’Israël allait bientôt lancer une opération terrestre à grande échelle contre la bande de Gaza.

« Je vois des chars tous les jours. Cela m’offusque car je sais qu’ils vont tuer des enfants » , a expliqué Mohammad Eghbariya, 20 ans, à l’adresse d’IPS, dans le magasin d’informatique où il travaille à Umm Al-Fahm, une localité palestinienne dans la zone triangulaire du nord d’Israël.

Citoyen palestinien d’Israël, Eghbariya a déclaré que ça l’offusquait également de voir des civils israéliens blessés par des attaques à la roquette. Il est Palestinien est il est solidaire avec la population de Gaza.

« Nous sommes derrière eux. Nous les soutenons. Ils nous sont apparentés, en tant que palestiniens » , a déclaré Eghbariya pendant que les infos sur Channel 2 (Israël) montraient des images de la guerre sur un écran d’ordinateur à portée de main. « Mais, bien sûr, ça va empirer. Surtout à cause de la fierté des deux camps.»

Mercredi dernier, à Gaza City, Israël a assassiné Ahmad Jabari, le responsable de l’aile militaire du Hamas. Un barrage de frappes aériennes israéliennes contre l’enclave palestinienne assiégée s’en est suivi aussitôt, ciblant un total de 1.350 sites un peu partout dans la bande de Gaza, s’il faut en croire l’armée israélienne.

Quelque 90 Palestiniens ont été tués et plusieurs centaines blessés en moins d’une semaine de violence.

Le Hamas, le mouvement islamique qui gouverne la bande de Gaza, a déclaré que l’assassinat de Jabari allait « ouvrir les portes de l’enfer » pour Israël. Les combattants palestiniens ont tiré des centaines de roquettes depuis Gaza vers les villes israéliennes. Certaines sont allées jusque Tel-Aviv et Jérusalem. Trois Israéliens ont été tués, suite à ces tirs de roquettes.

« La dissuasion est toujours une chose très importante, dans les calculs israéliens. Israël est toujours considéré comme un petit pays confronté à de très nombreux ennemis en surnombre et, partant, il faut qu’on perçoive Israël comme un pays dur », a expliqué à l’attention d’IPS Nathan Krall, un commentateur politique sur le Moyen-Orient installé à Jérusalem, alors qu’il s’exprimait sur la possibilité d’une poursuite de l’escalade.

Malgré l’incertitude à propos de ce qui va suivre, les Palestiniens ont mobilisé contre une possible aggravation des attaques israéliennes contre Gaza, en organisant des manifestations à travers toute la Cisjordanie et à Jérusalem, et en Israël même.

« Nous sommes ici pour manifester contre l’agression israélienne et la guerre d’Israël contre Gaza. Nous sommes ici en solidarité avec les habitants de Gaza et avec la résistance », a déclaré Said Suidan, 23 ans, qui se trouvait parmi une quarantaine de personnes manifestant à Haïfa, dimanche soir, contre les attaques sur Gaza. Haïfa est la plus grande ville du nord d’Israël et la troisième ville israélienne.

Étudiant en philosophie et en sociologie à l’Université de Tel-Aviv, Suidan a déclaré qu’alors que la résistance palestinienne à la politique israélienne prenait diverses formes – des balles à Gaza, des pierres en Cisjordanie et des protestations à l’intérieur même d’Israël –, il s’agissait chaque fois du même combat.

« Je fais partie du peuple palestinien. C’est mon devoir. Nous redressons la tête plus haut à cause de leur force (à Gaza) », a expliqué Suidan à l’adresse d’IPS.

Il y a approximativement 1,6 million de citoyens palestiniens, en Israël, soit quelque 20 pour 100 de la population totale. Les dirigeants israéliens décrivent souvent les citoyens palestiniens comme une « menace démographique » pour l’État qui s’auto-définit « à caractère juif ».

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, est allé jusqu’à suggérer de transférer de force les villes palestiniennes en Israël sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Une législation récemment adoptée en Israël oblige désormais tous les citoyens à déclarer leur loyauté à Israël en tant qu’État « juif et démocratique ».

Selon Jafar Farah, directeur de la Mossawa, le Centre de défense des citoyens arabes en Israël, la violence à Gaza reconstruit la solidarité parmi les Palestiniens qui, depuis des décennies, sont divisés par leurs dispersion géographique et par les circonstances quotidiennes.

Toutefois, les discussions entre citoyens palestiniens et juifs d’Israël sur ce qui se passe à Gaza sont pratiquement inexistantes, a expliqué Farah.

« Les gens ne parlent pas de cette question, ils ne parlent pas de la situation. Si vous regardez les médias israéliens, les Juifs se parlent entre eux et c’est tout. Ils ne veulent pas écouter la voix de la communauté arabe et cela se reflète également dans la rue », a déclaré Farah à l’adresse d’IPS.

Alors que bien des Palestiniens hésitaient à s’adresser ouvertement à IPS quant à leurs sentiments à l’égard de la violence à Gaza, les langues de la communauté se délient de plus en plus à propos de leur opposition à la situation au fur et à mesure que se poursuivent les frappes aériennes israéliennes et que s’amoncellent les morts du côté palestinien.

« Les enfants et les habitants de Gaza souffrent, et l’Amérique et le monde sont complices », a déclaré Mariam Odeh, une résidente de Haïfa qui a participé aux protestations qui s’y sont déroulées dimanche. « Nous sommes un seul peuple. Nous sommes les Palestiniens.Quand ils saignent (à Gaza), nous saignons. »


Publié par Inter Press Service, le 19 novembre 2012.

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