Les athlètes féminines continuent sur leur lancée en Palestine

A member of the Palestinian national women's soccer team leans on a fence during a training session in the West Bank town of Bethlehem February 20, 2007. Some 18 Palestinian athletes make up the women's national team that was founded in 2003 and joined FIFA in the summer of 2006. Picture taken February 20, 2007. REUTERS/Eliana Aponte (WEST BANK) - RTR1MNTR

Ramallah, Cisjordanie. À 18 ans, Mariam Hamdan a déjà surmonté la pression intense et la stigmatisation pour se faire l’avocate du football féminin en Cisjordanie.

 « Je ne cesserai jamais de jouer au football. Un jour viendra où mes filles et moi joueront ensemble dans le stade », dit Hamdan alors qu’elle exprime sa passion pour le sport.

A member of the Palestinian national women's soccer team leans on a fence during a training session in the West Bank town of Bethlehem February 20, 2007. Some 18 Palestinian athletes make up the women's national team that was founded in 2003 and joined FIFA in the summer of 2006. Picture taken February 20, 2007. REUTERS/Eliana Aponte (WEST BANK) - RTR1MNTR
Une joueuse de l’équipe féminine de football se tient à la clôture pendant une séance d’entraînement à Bethléhem, en Cisjordanie, le 20 février 2007. (Reuters/Eliana Aponte)

Hamdan vient du village de Dura, au nord de Ramallah. Sa famille fit pression sur elle pour qu’elle arrête de jouer au football, conformément à la coutume de sa ville, n’étant plus maintenant une enfant. Elle fit des concessions, comme quitter l’équipe du lycée l’année dernière pour plaire à sa famille. Mais elle se cramponne à sa passion tout en cherchant à provoquer des changements.

Elle a récemment été admise dans une école de médecine au Venezuela. Hamdan dit qu’elle va bientôt y partir pour étudier, « et je m’y remettrai à jouer », présumant que son collège a une équipe féminine. Sinon, elle cherchera à en former une.

« J’ai commencé à jouer avec mes frères alors que j’étais toute petite. Je me souviens comment je les exhortais à me laisser jouer dans le quartier. Quand j’ai eu 14 ans, il n’était plus acceptable que je joue dans la rue, étant donné que je suis une fille ».

Alors, elle aida à la formation d’une équipe de filles dans sa ville, en 2010. Et cette équipe a nourri les rêves de dizaines de filles de son âge ou plus jeunes, dans une culture où il est dit que les filles ne doivent pas porter de shorts, jouer dans des stades ou partir pour de longues périodes pour s’entraîner.

L’idée de l’équipe fut tout aussi difficile pour les organisateurs. Youssef Zaghloul, qui entraîne l’équipe de la ville, dut mener une dure bataille pour avoir le moyen d’y faire accepter des filles. « C’était un rêve impossible » dit-il.

Zaghloud dit qu’il eut l’idée de former une équipe à laquelle les filles pourraient participer quand il remarqua une jeune fille, du nom de Dalal, en train de jouer avec beaucoup d’adresse avec un groupe de garçons. Quand il lui demanda où elle avait appris à jouer aussi bien, elle répondit qu’autrefois elle jouait avec ses frères et cousins dans un quartier voisin. Zaghloul alors voulut étendre le club du village aux deux sexes, mais quand il souleva l’idée auprès des gens qui ont en charge le club, on lui objecta la règle du jeu.

« L’idée m’est restée » dit-il, jusqu’en 2010 où une institution proposa un entraînement pour les garçons – sous réserve qu’il y ait un nombre égal de filles à y participer. Afin que l’idée soit tolérée par les habitants de la ville, Zaghloul voulut que les filles soient sélectionnées à partir de l’école. Il y eut 25 filles de sélectionnées, ayant entre 8 et 14 ans. Cinq mois plus tard, l’équipe prenait forme et participait au tournoi de la Palestine. Les filles se classèrent 4è sur les 12 équipes de Cisjordanie, et elles furent la seule équipe à représenter une ville palestinienne.

Depuis lors, l’équipe entièrement féminine de Dura al-Qar est la plus active, en dépit des objections continues des parents. « Nous furent confrontés à de nombreuses difficultés durant cette période, et elles vinrent toutes des parents pour permettre à leurs filles de jouer dans l’équipe. Ces restrictions ne furent pas imposées seulement par les mères et les pères, mais encore par les frères, et les oncles », et elles empiraient dès qu’une fille arrivait à l’âge de 14 ans. Dans de tels cas, Zaghloul et le groupe administratif de l’équipe tentaient désespérément de convaincre les parents de laisser leurs filles jouer avec l’équipe.

Sirin Qasim, 17 ans, est l’une des filles dont il fallut avec obstination persuader les parents. Pour l’entraîneur, elle est l’une des filles les plus talentueuses et elle fut la première sélectionnée pour l’équipe, y entrant à 12 ans.

« Il y a deux ans, ma famille commença à m’imposer des contraintes, d’abord sur le plan de la tenue vestimentaire et puis s’agissant du football, surtout mon père, qui faisait face à la pression de la famille, mais j’ai persisté dans mon refus de m’y conformer », déclare Qasim à Al-Monitor.

Qasim va se spécialiser en administration publique à l’université de Birzeit. Elle dit ne pas avoir opté pour l’éducation physique parce que, « ce qu’elle aime, c’est seulement jouer au football comme un passe-temps ». Mais elle dit qu’elle n’arrêtera jamais, alors qu’elle s’efforce de continuer à jouer avec l’objectif d’entraîner un jour l’équipe.

Il y a des signes encourageants. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a accepté d’ouvrir un stade dans la ville, compte tenu des succès de l’équipe.

« Nous sommes classés deuxième au niveau national (après seulement cinq ans), et pendant la Coupe du Monde, nous avons représenté le football féminin dans quatre équipes mondiales » dit Zaghloul. Parmi les filles à participer, il y eut Dalal, la petite fille dans la rue qui l’inspira pour lancer l’équipe, alors qu’elle avait 6 ans.

D’après Zaghloul, l’équipe est toujours aux prises avec les traditions de la ville. « Nous souffrons encore d’un refus de la part de certains habitants de la ville qui s’élèvent contre l’idée, mais avec un travail acharné, et les succès de l’équipe, nous avons réussi à faire la preuve de nos capacités ».

Il pense que les succès réalisés par Hamdan, Qasim et leurs amies, et leur détermination à continuer, leur permettront de préserver l’équipe qui fit connaître leur petite ville au monde.


Publié sur Al Monitor le 21 septembre 2015.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Aziza Nofal

Aziza Nofal est une journaliste de Naplouse. Elle vit et travaille à Ramallah comme journaliste indépendante pour des sites arabes et régionaux. Elle a reçu en 2000 le diplôme du département de médias et de journalisme de l’université nationale Al-Najah (Naplouse) et a obtenu sa maîtrise en étude israéliennes en 2014 à l’université Al-Quds. Elle travaille actuellement dans le domaine du journalisme d’investigation en Palestine et en coopération avec l’ARIJ (Reporters arabes pour un journalisme d’investigation), une organisation basée à Amman, en Jordanie.

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