Les aéroports européens passent à leur tour sous souveraineté israélienne

Après avoir de facto étendu ses eaux territoriales jusqu’aux côtes de la Grèce, le gouvernement israélien annexe – ou peut s’en faut – les aéroports européens et américains. Il a en effet donné des instructions aux compagnies aériennes qui desservent Tel Aviv d’interdire l’accès de leurs avions à des personnes dont le nom figure sur une liste, qui en comporte 300, que les services secrets israéliens ont dressée (avec l’aide d’un certain nombre « d’activistes sionistes » dans les pays d’origine). Les compagnies qui refuseraient d’obtempérer sont menacées de voir leurs avions déroutés vers un autre aéroport israélien que Tel Aviv.

Il s’agit donc d’interdire à des personnes ayant acheté un billet et disposant de passeports parfaitement en ordre, dans les bagages de qui on cherchera en vain la moindre substance prohibée, arme ou « matériel subversif » de voyager et de se rendre en Palestine.

Haaretz cite un « important dirigeant d’une compagnie aérienne européenne » selon qui « une telle injonction est sans précédent » par son ampleur.

Jeudi, un certain nombre de passagers qui ont acquis un billet auprès de la compagnie Swiss au départ d’un aéroport français ont reçu des coups de téléphone pour les informer que le vol sur lequel il avaient réservé était annulé. Or il n’en est rien : le vol en question est toujours bien programmé. Comme par hasard, les destinataires de ces appels téléphoniques ont tous un nom à consonance arabe. Un hasard, sûrement… !

Selon « CPAJPO – Europalestine« , la compagnie hongroise MAALEV, qui opère des vols vers Tel Aviv via Budapest à partir de Roissy-Charles de Gaulle, a refusé l’embarquement à une douzaine de Français ce jeudi, l’employée de la compagnie au comptoir d’enregistrement leur précisant que c’est « sur ordre du gouvernement israélien« .

Les passagers en question se sont ensuite présentés au commissariat de police de l’aéroport afin de déposer plainte en vertu de la loi française qui réprime « l’entrave à l’exercice normal d’une activité économique » (ce qui est le cas d’un billet d’avion, contrat entre un acheteur et un vendeur) « à raison du sexe, du handicap, de l’ethnie, de la religion, ou encore des opinions politiques« . Le code pénal français prévoit jusqu’à 3 ans de prison.

Mais le commissariat de Roissy-Charles de Gaulle est lui aussi apparemment passé sous souveraineté israélienne : les fonctionnaires de police ont déclaré avoir reçu pour instruction de ne pas enregistrer les plaintes.

Pendant ce temps, l’appareil de propagande ne chôme pas, mais manifestement face à l’urgence Israël doit faire appel aux réservistes. Ainsi par exemple, on a vur sur « France 24 » un ambassadeur israélien en retraite, fraîchement extrait du formol, venir débiter d’une voix monocorde, comme on enfile des perles, un galimatias dans lequel il amalgamait en d’interminables phrases sans queue ni tête les auteurs d’attentats suicides, les militants de la paix israéliens (il y en a même de vrais !), l’Iran (qui selon lui a des soldats à Gaza), la Syrie (qui comme chacun sait occupe une part du territoire israélien depuis 1967… à moins que ce ne soit le contraire ?), etc…

Pour conclure que les passagers de la « flottille pour Gaza » comme ceux qui se proposent de débarquer à Tel Aviv par avion demain sont tous les agents de l’Iran, alors que « Israël ne veut que la paix » (mais ses efforts désespérés pour y arriver sont bien mal récompensés, n’est-ce pas…).

Mais, le discours officiel israélien est désormais à ce point discrédité – y compris dans les chancelleries « amies » – que ce tsunami d’ordures a un effet inverse à celui qui est recherché. Certains observateurs de la presse israélienne ne s’y trompent d’ailleurs pas, qui se demandent ouvertement comment leur gouvernement peut être c… à ce point-là.

Tout comme d’ailleurs les amis de « CAPJPO-Europalestine » qui hier remerciaient chaleureusement Netanyahou pour la pub que sa paranoïa assure à l’opération « Bienvenue en Palestine » : « La mission « Bienvenue en Palestine » qui craignait de passer inaperçue fait ainsi la « une » de tous les médias. En plus de nos amis israéliens, tous les journalistes israéliens et internationaux vont se déplacer à l’aéroport pour profiter du spectacle !

Un nombre croissant d’entre eux s’interrogent toutefois sur la vraisemblance des rumeurs colportées sur les quelque 600 femmes, hommes et enfants : « hooligans » qui vont tout casser, qui vont « déligitimer Israël ». Comment donc vont-ils s’y prendre ?

En vérité, le gouvernement israélien est bien embarrassé : il affiche un blocus sur la bande de Gaza, mais en réalité en maintient deux, car il empêche les gens de se rendre en Cisjordanie. Et comme il ne peut pas l’avouer, il cherche à diaboliser les visiteurs qui ont le culot d’annoncer la couleur : nous venons rendre visite à nos amis palestiniens.

Un cauchemar : 600 femmes hommes et enfants, de 9 à 85 ans, qui n’ont rien à cacher et qui viennent tranquillement demander à se rendre directement à Bethléem puisqu’il ne peuvent y aller autrement, c’est absolument insupportable ! « 

Ils s’étaient cependant quelque peu mépris lorsqu’ils ajoutaient, pensant à la flottille bloquée dans des ports grecs : « Et là, on peut difficilement obtenir des gouvernements occidentaux qu’ils fassent le sale boulot !« .

En fait, ce sont les compagnies aériennes qui vont probablement s’en charger, sous la menace de représailles israéliennes comme l’était hier la Grèce.

La démonstration qu’Israël (que nombre de ses propres intellectuels considèrent « en voie de fascisation« ) est, à l’échelle du continent et du monde, une force profondément hostile aux libertés – de pensée, d’expression, de mouvement et, pour les Palestiniens, d’exister – n’en sera que plus éclatante.

 

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