Le véritable vainqueur des élections israéliennes : le mouvement BDS

Campagne pour BDS dans les universités californiennes (Electronic Intifada)

Un étudiant juif américain qui a jusqu’ici passé son temps à combattre BDS à l’Université de Californie à Los Angeles a publié le 20 mars cet intéressant article sur le site de Haaretz.. A lire…


Campagne pour BDS dans les universités californiennes (Electronic Intifada)
Campagne pour BDS dans les universités californiennes (Electronic Intifada)

Dans son discours à l’AIPAC, en 2014, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait évoqué en termes musclés la façon dont la concentration particulière du mouvement BDS sur Israël, le seul État juif, était « antisémite ». Ses commentaires avaient été si bien perçus qu’au moment de quitter finalement la tribune, Bibi avait reçu de loin la plus bruyante et sincère standing ovation de la conférence. En tant qu’étudiant juif et pro-israélien à l’UCLA, je n’avais pu faire autrement que de laisser ses propos vibrer en mon for intérieur. Dans un monde d’apathie universelle, la seule obsession du palmarès d’Israël sur le plan des droits de l’homme semble déshonnête. Et, étant donné le long passé durant lequel les Juifs ont été isolés et traités en boucs émissaires, je ne pouvais non plus m’empêcher de ressentir que le mouvement BDS représentait un nouveau chapitre de cette histoire.

J’ai passé des milliers d’heures à combattre, directement ou indirectement, les BDS dans mon campus, que ce soit via mon engagement dans le comité de Bruins for Israel (club universitaire pro-israélien de l’UCLA) ou au sein du conseil estudiantin, dont je suis actuellement président local. L’un des obstacles majeurs auquel je suis confronté en tant que dirigeant pro-israélien est la réponse à la question : « Que devrions-nous faire, en lieu et place des BDS ? ». C’est une question franche à laquelle je devrais être en mesure de répondre sur-le-champ.

Pourtant, j’ai compris que les étudiants pro-israéliens comme moi-même disposent d’une pléthore d’informations pour contrer la propagande, mais qu’ils pèchent par l’absence d’actions plausibles en vue de faire face à l’actuel statut quo entre Israël et la Palestine. Inviter au « dialogue » alors que des gens sont en train de mourir semble une revendication éculée et faible. Collecter des fonds pour les ONG qui prônent la collaboration entre Israël et la Palestine semble un aveu d’impuissance. Mais, plus important encore, la réélection de Bibi ravit au camp pro-israélien sur le campus son outil anti-BDS le plus performant : l’existence d’un gouvernement engagé pour la paix.

Quand les Israéliens et les Palestiniens s’engagent dans des négociations pour la paix, leur engagement bilatéral fait paraître l’unilatéralisme des BDS bien maladroit au mieux et destructif au pire. Alors que le conflit semble pouvoir s’acheminer vers une solution et que le gouvernement israélien semble faire en sorte qu’il en soit ainsi, même les pires aspects du statu quo – l’occupation militaire, les missiles survolant Gaza – peuvent être décrits comme ce que je crois réellement qu’ils sont : un chapitre sombre et temporaire de notre histoire collective précédant une résolution capitale.

Mais, puisque les négociations ont échoué l’an dernier, les paroles et les actes de Netanyahu – ses propos équivoques sur la solution à deux États, ses commentaires racistes ambigus sur la participation des Arabes aux élections, son expansion des colonies, l’appel du pied à répondre aux agressions à motivation raciste, l’impitoyable massacre de civils à Gaza, le projet d’« État nation », les bus à ségrégation – ont montré au monde l’horrible et triste vérité : que son gouvernement n’aura nullement l’intention de vouloir résoudre – ou du moins d’apaiser – le conflit d’aucune façon que ce soit. Aucun campus ne croit qu’il y aura un changement positif au statu quo, sous Bibi.

La situation a tellement empiré, elle est devenue si indéfendable qu’au cours de l’année écoulée, la communauté pro-israélienne a renoncé à défendre la politique de Netanyahu. En lieu et place, l’activisme sur les campus consiste désormais en l’organisation d’événements anodins à propos du lancement d’affaires en Israël ou de la recherche novatrice concernant les économies en eau. Même les actions « défensives » menées par des groupes pro-israéliens contre les résolutions BDS des conseils estudiantins ne ciblent plus les fondements mêmes du mouvement BDS (selon lesquels des violations des droits de l’homme ont lieu et, par conséquent, la meilleure façon de les faire cesser est de rompre les liens avec ceux qui en sont les complices) car, alors qu’elles manquent souvent de contexte critique, les affirmations des résolutions BDS sur les violations des droits de l’homme par Israël sont irréfutables. Si le camp pro-israélien est incapable de proposer une alternative au cycle de la violence, il est très malaisé de s’opposer à des étudiants exprimant bruyamment leur colère et disant qu’eux-mêmes ont la réponse.

Cette semaine, l’électorat israélien a laissé passer l’occasion d’élire quelqu’un ayant une quelconque vision ou alternative viable au statu quo. En lieu et place, il a choisi de réélire Bibi et sa politique de « gestion » de la question palestinienne. La victoire de Netanyahu est également une victoire pour les BDS. Sa solution anti-arabe, anti-deux États, sa coalition nationaliste serviront d’aliment potentiel de propagande pour dépeindre Israël comme une puissance raciste et coloniale. Les Étudiants pour la justice en Palestine et le mouvement BDS continueront sans aucun doute à exercer un pouvoir attractif tant que ce gouvernement sera au pouvoir. Et, qui plus est, les actes de Netanyahu continueront à s’aliéner de jeunes partisans pro-israéliens engagés, comme moi-même.

Je ne veux pas dire par-là que, sans Netanyahu, Israël aurait pu d’un coup blanchir sa réputation entachée et faire à coup sûr le paix avec les Palestiniens. Je ne suis pas sûr du tout que l’actuelle direction palestinienne soit réellement soucieuse de refréner l’incitation et l’antisémitisme, ni de renoncer à ses revendications territoriales sur la totalité des terres. Mais je suggérerais qu’Israël s’en sortirait mieux sans un Premier ministre qui s’applique activement à faire empirer les choses.

Je ne suis pas non plus assez naïf pour affirmer que le fait d’éloigner Bibi aurait fait cesser les sentiments anti-israéliens sur les campus. Les campus universitaires américains ont engendré des détracteur d’Israël depuis la naissance même du pays – bien avant l’occupation, le mouvement d’implantation des colonies ou les mauvais traitements infligés aux migrants africains. Ces éléments extrémistes ne posent aucune menace à la position d’Israël dans le monde. Le danger apparaît quand des libéraux modérés, partisans de la paix, qui ne veulent voir rien d’autre que la justice et la paix, sont forcés de prendre position aux côtés des extrémistes parce qu’ils ne voient pas d’alternative, vu la position du gouvernement israélien.

Avinoam Baral


 

Avinoam Baral est étudiant en dernière année à l’UCLA *. Il officie en qualité de dirigeant estudiantin au sein de Hillel **, à l’UCLA, et de président du Corps estudiantin, qui représente les 28.000 étudiants du campus. Les opinions présentées ici ne représentent pas les points de vue de Hillel ou du conseil estudiantin de l’UCLA.

* L’université de Californie à Los Angeles

** L’organisation des étudiants juifs à l’UCLA

Traduction de l’article pour ce site : JM Flémal.

A lire également : Percée de la campagne BDS dans les universités américaines.

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