Le Shin Bet interroge des activistes israéliens liés à la mission de protestation «Bienvenue en Palestine»

Ces dernières semaines, plusieurs Israéliens ont été longuement interrogés par les services de sécurité à propos de la mission prévue ce dimanche; l’avocat des activistes affirme que le Shin Bet tente de dissuader les gens de participer à des activités licites.

Les services de sécurité du Shin Bet ont interrogé quatre Israéliens de gauche impliqués dans les préparatifs de la mission de débarquement de dimanche prochain. Les activistes, qui sont membres d’Anarchistes contre le mur, ont dit qu’ils avaient été interrogés longuement au cours de ces deux ou trois dernières semaines.

Deux des activistes ont affirmé qu’ils avaient été interrogés à l’aéroport international Bel Gourion à leur retour d’un bref voyage à l’étranger. Deux autres ont reçu une convocation écrite afin de se présenter au bureau de police de Dizengoff Street à Tel-Aviv.

Les quatre activistes ont été interrogés par un homme qui s’est présente sous le nom de « Shavit » et qui a dit qu’il faisait partie du département du Shin Bet chargé de l’extrême droite et de l’extrême gauche.

Les activistes ont dit qu’ils refusaient de lui parler ou de répondre à ses questions, ce qui lui a fait dire qu’ils se trouvaient sous étroite surveillance. Il leur a dit également que le Shin Bet connaissait de nombreux détails de leur vie privée, et non seulement sur leurs activités (dont ils parlent en fait en long et en large dans les médias sociaux).
Ils ont déclaré que Shavit avait insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un interrogatoire, mais d’un entretien. Mais, lorsque certains d’entre eux lui ont demandé si cela voulait dire qu’ils pouvaient s’en aller, il a répondu que non.
Deux autres activistes ont reçu des injonctions par téléphone et un autre a reçu une convocation, mais trop tard pour se rendre à l’entrevue à l’heure indiquée. Tous les sept font également partie du groupe des Anarchistes contre le mur. Certains avaient déjà été convoqués à des entretiens avec le Shin Bet auparavant.

L’avocat des activistes, Gaby Lasky, a déclaré que ces convocations étaient illégales et qu’elles ne ressortissaient pas à l’autorité du Shin Bet. Sous le prétexte de « conversations amicales », le Shin Bet tente de dissuader les gens de participer à des activités licites en compagnie de Palestiniens.

Le Shin Bet a déclaré que la décision de convoquer les sept activistes « avait été prise par les autorités en charge de ses services et des devoirs que leur imposait la loi, afin de transmettre des messages destinés à contrecarrer les activités illégales ».

La première activiste interrogée fut Lihi Rothschild, 27 ans, traductrice, à son retour de Londres trois semaines plus tôt. Elle a déclaré qu’à l’aéroport de Londres, elle a subi une fouille corporelle et a reçu l’ordre de se déshabiller. Ses vêtements ont été minutieusement fouillés et toutes ses possessions examinées, a-t-elle dit.
A l’aéroport Ben Gourion, Rothschild a été interrogée durant plus de trois heures par Shavit, par un homme qui a prétendu s’appeler Reshef et une femme que les deux précédents appelaient Karin, et qui a gardé le silence pendant tout ce temps.

Une semaine plus tard environ, le 2 avril, Kobi Barkan, 35 ans, professeur de mathématiques, a été interrogé. Il a déclaré dans Haaretz que Shavit « n’a pas manqué de me rappeler le compte rendu posté par Lihi sur le site Internet de gauche +972 à  propos de son interrogatoire ».
Shavit a fait état des abus sexuels mentionnés par Rothschild dans son compte rendu. Elle avait écrit : « Reshef a dit que je n’avais pas l’air d’une anarchiste, tout en examinant mes vêtements et en commentant chaque pièce d’habillement. Shavit l’a mis en garde contre le fait qu’il s’agissait d’un abus sexuel. Ils ont tenté de me convaincre pour que nous ayons une réunion amicale autour d’un café. J’ai continué à garder le silence. »

Barkan déclara que Shavit avait mentionné la question de façon à parler des abus sexuels dans les territoires et, dans certains cas, parmi les activistes pour la paix. Il ajouta qu’à la fin de l’entretien, qui avait duré 20 minutes, Shavit lui avait dit qu’il pouvait écrire « tout ce qu’il voulait » sur cette conversation.

A Rothschild, par contre, il a été conseillé de garder cet interrogatoire secret, a-t-elle écrit sur +972, ajoutant que « c’était une bonne raison pour publier cette histoire ».

Shavit a déclaré à Rothschild qu’alors que ses activités étaient légales, les Palestiniens avec qui elle était en contact pouvaient l’utiliser, elle, pour faire passer des terroristes ou des bombes en Israël. Il a ajouté qu’elle devait comprendre le risque et se monter prudente, dixit Rothschild.

Shavit a déclaré que les enquêteurs voulaient comprendre ce qui la motivait à vouloir devenir une activiste et lui ont demandé si elle était active dans la « flytilla », la « flottille » ou la marche sur Jérusalem et ce qui se passait aux réunions des Anarchistes contre le mur.

Elle a dit qu’ils lui avaient proposé de l’aide pour obtenir des autorisations de manifester ou en passant des messages aux militaires en Cisjordanie à propos de leur façon de traiter les manifestants.

Shavit a déclaré que le Shin Bet considérait Rothschild comme une meneuse qu’on pouvait estimer responsable d’actions illégales susceptibles d’être commises par d’autres personnes. La question de la responsabilité était également revenue sur le tapis dans les entretiens avec les autres activistes.

Une activiste, une étudiante de 23 ans et responsable d’une animation, a déclaré que Shavit lui avait dit : « Je sais que vous êtes très active et vous devriez savoir qu’un grand nombre d’activistes de fraîche date vous considèrent comme un exemple. Vous êtes tous des gens de premier plan, très dominants et les gens vous regardent et sont influencés par vous. Soyez prudente. »

Shavit a téléphoné à la militante voici deux semaines, lui disant de se présenter pour un interrogatoire, mais elle a refusé de s’y rendre sans convocation écrite.

« Il m’a dit qu’il avait entendu parler d’abus sexuels contre les gens de gauche et a dit que ça les ennuyait beaucoup », a déclaré la responsable des animations.

Il a dit que le Shin Bet était également embêté par les boycotts contre Israël et il lui a demandé si elle n’estimait pas qu’elle se mettait en danger lors des manifestations. Il l’a mise en garde de ne pas se faire exploiter par des gens qu’elle croyait connaître, mais qu’en fait elle ne connaissait pas vraiment.

Barkan a déclaré que Shavit n’avait pas cessé de mentionner des noms de personnes qu’il avait interrogées avant lui. Il avait également fait état du nom d’un ami palestinien qui avait assisté à une réunion à Tel-Aviv (la réunion avait été mentionnée sur Facebook, avec des photos). Il avait dit que les forces de sécurité avaient fait irruption de nuit au domicile du Palestinien et qu’elles avaient confisqué son ordinateur et son téléphone.

Il avait également mentionné les noms d’activistes français qui organisaient le vol (« Bienvenue en Palestine »). « Il a dit que les aider était limite-limite sur le plan de la légalité », a déclaré Barkan à Haaretz. « Bien qu’au lieu de mentir, ces personnes disent la vérité à la police des frontières – c’est-à-dire qu’elles ont l’intention de se rendre en Cisjordanie. »

Shavit a question un autre activiste à l’aéroport, après minuit, avec son retour d’un voyage à Paris. L’activiste, un étudiant de 28 ans, a déclaré que Shavit avait essayé de le pousser à parler pendant trois heures et demie.


 

Article publié dans Haaretz le 12 avril 2012.
Traduction : JM Flémal.

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