Le “serment d’allégeance” au sionisme pour les non-juifs vise à brève échéance à priver les Arabes de toute représentation politique

« Selon toute vraisemblance, je serai un des tout premiers non-juif dont on exigera qu’il prête serment d’allégeance à Israël en tant qu’idéologie plutôt qu’en tant qu’état », écrit Jonathan Cook, journaliste brittanique établi à Nazarteth, dans un tout récent article.

« Jusqu’à présent, les résidents naturalisés, comme les les soldats du pays, prêtaient un serment à Israël et à ses lois. C’est le cas dans la plupart des pays. Mais bientôt, si le parlement Israélien adopte une loi présentée par le gouver­nement, les candidats citoyens vont devoir jurer de soutenir la thèse de la majorité sioniste qui prétend qu’Israël est un “État juif et démocratique” », poursuit-il.

« Ma demande de naturalisation doit être examinée dans les prochains mois, sept ans après mon mariage avec une citoyenne palestinienne d’Israël. Les 1,3 million de Palestiniens du pays – habituellement désignés par les officiels comme “Arabes Israéliens” – représentent un cinquième de la population. Je suis, comme quelques autres dans ma situation, prêt à faire ce serment à travers des mâchoires crispées  et avec mes doigts croisés dans mon dos. Quoi que je déclare publiquement aux fonctionnaires du ministère de l’intérieur, ce sera un mensonge. En voici les raisons ».

A gauche : « J’habite à Austin, au Texas. Israël me paierait pour que je m’installe dans son pays, parce que je suis juive ». A droite : « Je suis Palestinien. Je ne peux pas retourner dans mon pays, parce que je ne suis pas juif « .

« La première est que cette loi est, de façon inexcusable, raciste. Elle s’appliquera uniquement aux candidats citoyens qui sont non-juifs. Ce n’est pas parce que, comme la plupart des observateurs le prétendent, tous les juifs d’Israël voudraient à coup sûr faire le serment, mais au contraire parce qu’un groupe non négligeable le refuserait, annulant de ce fait leur droit à devenir Israéliens. Ce groupe est celui des ultra-orthodoxes, fondamentalistes religieux qui se distinguent par leur robe noire, et sont le groupe qui connait la croissance la plus rapide parmi la population juive d’Israël. Ils méprisent les institutions laïques d’Israël et ne feraient un serment de loyauté qu’envers dans un état guidé par la loi divine. Donc Israël demande au non-Juifs ce qu’il ne demande pas aux Juifs ».

« Une autre raison est que je ne crois pas qu’un état juif puisse être démocratique, pas plus que je ne crois qu’un état démocratique puisse être juif. Je pense que les deux principes sont aussi antinomiques que le serait un “état chrétien et démocratique” ou un “état blanc et démocratique”.»

«Je ne suis pas le seul à voir les choses ainsi. Des universitaires éminents dans les universités d’Israël pensent de même. Ils ont conclu que l’état juif auto-proclamé ne peut être considéré comme une démocratie libérale mais comme une entité politique d’une espèce plus rare : une ethnocratie ».

« L’un des représentants les plus en vue de cette conception, le Professeur Oren Yiftachel de l’Université Ben Gourion dans le Néguev, pointe que dans les ethnocraties, les aspects démocratiques du régime sont seulement apparents. Le but premier est de maintenir la domination d’un groupe ethnique sur un autre. Israël, il convient de le noter, a de nombreuses lois, mais aucune ne garantit l’égalité. La discrimination, fait remarquer le Prof Yiftachel, est inscrite dans la loi sur la citoyenneté, de sorte qu’un groupe ethnique soit en position de jouir de privilèges au dépens de l’autre groupe dans tous les aspects fondamentaux de la vie : l’accès à la terre et à l’eau, l’économie, l’éducation, le contrôle politique et ainsi de suite ».

« Le caractère majoritaire d’un groupe ethnique est lui-même maintenu par un charcutage électoral sophistiqué : Israël donne la citoyenneté aux colons qui vivent en dehors de ses frontières reconnues, tandis qu’il empêche les Palestiniens qu’il a expulsés en 1948 de bénéficier même des droits à l’immigration qui sont reconnus  à tous les juifs du monde ».

« La troisième raison est que le nouveau serment lui-même renforce une structure élaborée de discrimination institutionnalisée basée sur les lois de citoyenneté d’Israël. Peu d’étrangers comprennent qu’Israël accorde la citoyenneté sous deux régimes différents, selon que vous êtes un juif ou un non-juif. Tous les juifs et immigrants juifs, aussi bien que leurs épouses, ont d’un droit automatique à la citoyenneté en vertu de la loi du Retour. Mais dans le même temps, la citoyenneté des Palestiniens d’Israël – aussi bien que des conjoints naturalisés comme moi – est régie par la loi sur la citoyenneté

«C’est cette citoyenneté à deux vitesses qui a rendu possible une précédente législation raciste : l’interdiction par Israël du droit de ses citoyens palestiniens d’acquérir la citoyenneté, ou même le droit de résidence, pour un conjoint palestinien par la naturalisation.»

« C’est une nouvelle fois la loi sur la citoyenneté qui s’applique pour les Palestiniens, et non la loi du Retour , qui bénéficie exclusivement aux juifs, qu’Israël s’apprête à réviser pour forcer les conjoints de citoyens palestiniens, moi inclus, à prêter un serment à cet état qui leur impose, comme à leur partenaires palestinien, un statut de citoyens de seconde classe. »

« La quatrième raison est que ce serment est un exemple classique de législation en “pente glissante”. Malgré les exultations d’Avigdor Lieberman, le ministre d’extrême droite qui a fait campagne sous le slogan électoral “pas de loyauté, pas de citoyenneté”, cette loi dans sa formulation actuelle s’appliquera probablement à quelques centaines de candidats seulement chaque année. »

« Tous ceux qui sont déjà citoyens sont actuellement exemptés, qu’ils soient juifs ou Palestiniens (…). Seul un petit nombre de conjoints non-juifs de citoyens palestiniens d’Israël devra prêter serment. Mais peu croient que ce serment restera à jamais aussi marginal. (…)»

« Les prochaines cibles pour ce genre de législation sont les partis politiques non-sionistes de la minorité palestinienne d’Israël. Les partis juifs formulent déjà des projets de loi pour demander aux membres du parlement de prêter eux aussi un serment d’allégeance à un “état démocratique et juif”.»

« Le but est de neutraliser les partis qui représentent les Palestiniens d’Israël qui partagent comme principal programme la demande qu’Israël se réforme, passant du statut  d’état juif à celui d’état pour tous ses citoyens, c’est-à-dire une démocratie libérale ».

Cette analyse de Jonathan Cook est confirmée par Carlo Strenger, dans Haaretz, pour qui il est faux de dire – comme l’a fait un ministre travailliste – que la loi qui imposera un serment d’allégeance aux seuls non-juifs est “un pas vers le fascisme” : en réalité, dit-il, un courant idéologique profondément hostile aux valeurs des démo­craties occidentales est maintenant le courant dominant en Israël.

Cette haine réunit, pour des raisons différentes, le parti religieux ultra-ortdoxe Shas et le parti d’Avigdor Lierberman, Yisrael Beiteinu, complètement laïc mais férocement réactionnaire.

« Je crois, écrit Carlo Strenger, que ce qui les unit n’est pas tellement la crainte des ennemis d’Israël qu’une haine viscérale pour les valeurs occidentales et la philosophie libérale. Ils haïssent la liberté, ils détestent l’idée de  la liberté de critique, d’un discours ouvert, dans lequel les idées sont discutées en fonction de leurs mérites. Ils ne cessent de dénoncer ce qu’ils perçoivent comme l’influence libérale des médias et des milieux universitaires, et ils ont fait des tentatives soutenues pour restreindre la liberté d’expression dans les universités.»

 

« (…) Le Shas a clairement fait savoir depuis des décennies qu’il se sert juste de la démocratie [pour arriver à ses fins mais], qu’il ne croit pas à l’idée de la pensée critique des citoyens : ils considèrent que seul leur chef spirituel, Ovadia Yossef, doit déterminer ce qui est juste et ce qui est mauvais. D’autres ultra-droitiers ont eu le sentiment depuis longtemps que l’attachement aux valeurs universelles sape leur programme pour Eretz-Israël et que les Palestiniens devraient n’avoir aucun droit politique. Ils ne peuvent pas supporter l’idée qu’une démocratie libérale doit être fondée sur une législation rationnelle et le droit à la critique par tous. Ils sont furieux que la loyauté tribale ne passe pas avant la liberté de pensée. Tout dernièrement, les rabbins nationaux religieux ont affirmé que les études dans les universités sont un danger pour les jeunes religieux, parce qu’ils intériorisent trop les valeurs des Lumières ».

A ses yeux, « Israël est maintenant confronté à une choix crucial : rester une démocratie libérale, ou devenir une ethnocratie totalitaire ? Ce n’est pas une question rhétorique. Les démocraties ne se transforment pas en des régimes autocratiques d’un jour à l’autre, cela arrive la plupart du temps étape par étape. L’affreuse vague de législations anti-libérales, à laquelle nous assistons montre qu’Israël s’est engagé sur une pente glissante, et nous ne pouvons pas savoir où cela va finir ».

Les étapes suivantes sont pourtant connues, écrit Jonathan Cook :  « Suivront, bien sûr, dans les visées de Lieberman l’ensemble des 1,3 million de Palestiniens, dont il sera exigé qu’ils deviennent sionistes ou perdent leur nationalité, voire risquent une possible expulsion ».

Tel pourrait en fait bien être l’objectif ultime, puisque Lieberman n’a jamais dissimulé qu’il ne veut d’une paix négociée avec les Palestiniens qu’au prix d’un “échange de populations” (entendez en clair : la déportation des citoyens arabes d’Israël vers le futur bantoustan appelé par convention “état palestinien”).

 

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