Le sentier des valeurs” : quand les généraux s’imposent dans les salles de cours

L’armée israélienne s’invite de plus en plus dans les lycées de l’État juif *. Au grand dam de nombreux enseignants. Objectif ? Doper l’engagement militaire, au-delà du service militaire obligatoire.

En marge du programme scolaire habituel, les lycéens israéliens s’apprêtent à découvrir une nouvelle matière: la valorisation du combat militaire. D’ici à deux semaines, près de 300 établissements auront reçu la visite de hauts gradés, dans le cadre d’un atelier pédagogique intitulé “Le sentier des valeurs”.

Cette campagne, conçue par l’armée, vise à doper l’enrôlement des bacheliers dans les unités d’élite qui opèrent en terrain hostile, comme la bande de Gaza. “Le service militaire n’est pas seulement une obligation, c’est un privilège et une valeur sociale”, explique le ministre de l’Éducation, Gideon Saar, haut responsable du Likoud (droite).

Les visites des galonnés s’inscrivent dans un projet plus vaste destiné à resserrer les liens entre Tsahal et le système éducatif. Objectif: endiguer le déclin de la conscription, à laquelle 28% des jeunes Israéliens échappent chaque année, pour des motifs religieux ou idéologiques. Des bonus financiers sont désormais offerts aux lycées qui obtiennent un taux d’enrôlement élevé parmi leurs diplômés. L’armée israélienne dresse même un palmarès, diffusé dans la presse, qui distingue l’établissement du pays ayant envoyé le plus d’étudiants dans les unités combattantes.

Ce mélange des genres inquiète un nombre croissant d’éducateurs, qui regrettent que les médiocres résultats des étudiants israéliens aux tests d’évaluation internationaux semblent susciter moins d’intérêt que le taux de recrutement dans les brigades Golani ou le commando Sayeret Metkal. Pour ces professeurs, les intrusions répétées de militaires dans les salles de classe vont à l’encontre de leur vocation pédagogique, fondée sur l’enseignement de l’esprit critique. « Le service militaire est obligatoire, mais ce n’est pas une valeur en soi, souligne Nimrod Aloni, directeur de l’Institut pour la recherche éducative. Il n’est pas utile de promettre nos enfants à l’armée dès l’adolescence. Notre société, qui rêve d’être Athènes, court le risque de devenir Sparte. »

Benjamin Barthe (Le Vif – 22 janvier 2010)
MàJ 2016 : l’article n’est plus en ligne


* cette expression contestable, car la reconnaissance de l’existence de l’État d’Israël n’implique pas sa reconnaissance en tant qu’ “État juif”, partant du principe qu’un État démocratique appartient à tous ses citoyens sans distinctions ethniques, religieuses, de race et d’opinions,  n’engage que l’auteur de l’article. – NDLR

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