Le racisme et l’hypocrisie des défenseurs d’Israël

Les « infiltrants illégaux » et non juifs « qui envahissent le pays » pourraient se multiplier et atteindre un nombre « qui menacerait notre existence en tant qu’État juif et démocratique », déclarait en 2012 le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Deux épisodes récents peuvent servir d’exemples utiles de l’hypocrisie des défenseurs d’Israël en Occident et de leur approche du racisme.

TIMES-CARTOON-e13593581196941Primo, il y a eu l’indignation qui a accueilli le dessin humoristique de Gerald Scarfe dans The Sunday Times et qui a provoqué son retrait de la part du journal. Certains n’ont pas hésité à qualifier ce dessin d’antisémite – d’autres ont été plus ambigus mais ont expliqué pourquoi d’autres pouvaient estimer qu’il était antisémite.

Bien sûr, tout le monde n’a pas été d’accord avec cette analyse et ont perçu le dessin comme « une image critique de la politique de Benyamin Netanyahu en Cisjordanie » et le chœur des condamnations comme « une exploitation du traumatisme historique juif ». Mais les voix divergentes ont été noyées dans la masse.

Pourtant, les mêmes personnes qui ont posté sur leurs blogs, ont écrit des articles d’opinion ou sont passés à la TV et à la radio pour dénoncer un dessin sont restées muettes à propos de l’assassinat par l’armée israélienne de Sameer Awad près du mur de l’apartheid à Budrus deux semaines à peine avant que le dessins de Scarfe ne soit publié (et le mur est sanglant en effet).

Voici le second exemple : Au cours de la fureur déclenchée par un événement au Brooklyn College tournant autour du boycott d’Israël, la Ligue anti-diffamation (ADL – un des lobbies pro-israéliens les plus virulents et les plus riches aux Etats-Unis – NDLR) a comparé le discours au département de sociologie co-sponsorisant un événement avec « des membres du Ku Klux Klan s’apprêtant à parler des raisons pour lesquelles l’Amérique devait rester un pays dominé par les blancs et de la façon dont les non-blancs étaient occupés à ruiner le pays ».

Ici, l’ADL associe le racisme obsédé par la démographie du KKK à un mouvement non violent de solidarité avec un peuple luttant pour ses droits fondamentaux. Toutefois, la comparaison avec le KKK est pertinente – pour comprendre les lois israéliennes et la politique du gouvernement. Prenez les exemples suivants :

« Nous sommes la majorité dans ce pays et nous avons le droit de sauvegarder notre image (…) Tout État a le plein droit de préserver son caractère. » – Le ministre du Travail et des Affaires sociales, Shlomo Benizri, 2002.

« Les citoyens palestiniens constituent le réel « problème démographique. » – Le ministre des Finances de l’époque, Benyamin Netanyahu, 2003.

« Empêcher la multiplication  des citoyens palestiniens est  un devoir national. » – Le ministre du Logement, Ariel Atias, 2009.

« Nous voulons judaïser la région de Wadi Ara (…) L’État veut mettre de l’ordre dans cet endroit de sorte que les Arabes ne redresseront pas la tête. »  – Nissim Dahan, chef du conseil local désigné par l’État, 2008.

« C’est un intérêt national que d’encourager les Juifs a s’installer » dans des endroits où « la population arabe connaît une croissance. » – La présidence du lobby de la Knesset en faveur des solutions de logement pour les jeunes couples, 2010.

C’est un « sujet d’inquiétude quand la population non juive s’accroît beaucoup plus vite que la population juive. » – Le maire de Jérusalem de l’époque, Ehud Olmert, 1998.

Les « infiltrants illégaux » et non juifs « qui envahissent le pays pourraient se multiplier et atteindre un nombre « qui menacerait notre existence en tant qu’État juif et démocratique. » – Le Premier ministre Benyamin Netanyahu, 2012.

Rappelez-vous que ce genre de remarques ne vient pas d’un groupe haineux marginal en Israël, mais de personnalités officielles, des sphères supérieures du pouvoir politique.

Pourtant l’ADL et tous les autres groupes pro-israéliens en Occident – y compris des « libéraux » autoproclamés – sont incapables de voir l’inconsistance qu’il y a à qualifier de haïssable l’appel des membres du KKK pour que l’Amérique « reste un pays dominé par les blancs », dans le même temps que le fait qu’Israël « reste un pays juif » est une priorité, une question de consensus.

En outre, il ne s’agit pas que de rhétorique, il s’agit d’une politique. Imaginez que la réponse de la part de l’ADL et d’autres groupes soit coléreuse au point de hurler et de parler sur des blogs d’antisémitisme supposé si les Juifs en Europe ou aux États-Unis se voyaient exclus de centaines de communautés pour des motifs de « pertinence sociale » – ou si un gouvernement officiel planifiant des objectifs tendait à empêcher les communautés juives de livre au Royaume-Uni avec leur épouse juive n’étant pas citoyenne britannique – et ce, afin de défendre la majorité non juive.

refugeesPourtant, remplacez « Juifs » par « Palestiniens » et c’est exactement ce qui se passe, en ce moment précis, sous le régime israélien d’apartheid – le même régime défiant les lois internationales est défendu par ceux qui traitent les revendications égalitaires de Palestiniens en hurlant qu’il s’agit d’un « discours haineux ».

L’abus de l’accusation d’antisémitisme pour masquer des abus systématiques sur le plan des droits de l’homme et pour calomnier les activistes, bien qu’éculé et transparent aux yeux de beaucoup, constitue toujours une tactique très prisée. Il y a le recours continuel à la « définition de travail discréditée de l’antisémitisme de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, ou le fait de cibler les défenseurs « importuns » des droits de l’homme, et qu’importe à quel point la justification de cette démarche peut être bancale et avoir été falsifiée.

Pour reprendre les termes même d’Antony Lerman, ancien directeur de l’Institut de recherche sur la politique juive et écrivain, les organisations dont les points de vue sont perçus comme ceux de la communauté juive organisée se rendent itérativement coupables « d’interventions douteuses et d’une motivation politique souvent dommageable dans les débats publics ». Les réponses au dessin de Scarfe et à l’action BDS du Brooklyn College sont très révélatrices de la façon dont on détourne cyniquement le combat vital contre une forme de racisme – l’antisémitisme en l’occurrence – afin de défendre la racisme institutionnalisé d’Israël.


Publié sur Al Jazeera le 16 février 2013. Traduction pour ce site : JM Flémal.

Ben White est un journaliste freelance, écrivain et activiste spécialisé dans les questions concernant la Palestine et Israël. Il visite régulièrement la région depuis 2003 et ses articles ont été largement publiés dans The Guardian’s Comment is free, Al Jazeera, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, et bien d’autres.

Son dernier ouvrage de, Palestinians in Israel: Segregation, Discrimination and Democracy (Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie) a été publié par Pluto Press.

Vous pouvez suivre Ben White sur Twitter : @benabyad

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