Le « Protocole des Sages de Wall Street » mis à l’honneur par la droite sioniste

Certains propagandistes sionistes transposent, consciemment ou non, quelques unes des recettes les plus caricaturales de la propagande antisémite du XIXème siècle, recyclées jadis par les nazis et aujourd’hui au « profit » d’Israël.

Ainsi notamment du site web « Israel7.com« , soutien enthousiaste de la multiplication des colonies – pardon, des « implantations » – en Cisjordanie – pardon en « Judée et Samarie » –,  et de toutes les initiatives législatives récentes à la Knesset qui ont fait, de l’aveu même de nombreux Israéliens, glisser Israël vers une sorte de proto-fascisme.

Dans certains cas, c’est en hallucinant.

Ainsi, « Israel7.com » scrute depuis un certain temps déjà avec fébrilité tout ce qui pourrait mettre en évidence le caractère manifestement démoniaque de l’énorme vague de contestation sociale qui secoue Israël depuis plusieurs semaines (contestation dont nous n’avons pas manqué de souligner les ambiguités, par ailleurs).

L’idéal, bien entendu, aurait été de pouvoir prétendre avoir trouvé la main d’Ahmadinejad dans la culotte des protestataires qui ont planté leurs tentes un peu partout. Ces sales gauchistes n’auraient-ils pas été payés par les services secrets iraniens, ou n’y a-t-il pas une usine à bombes nucléaires islamistes cachée dans leur village de tentes ?

A défaut de ce scénario idéal (pour eux), ils ont trouvé presque aussi bien : derrière le mouvement de contestation contre la politique économique et sociale de Netanyahou, se dissimule… le grand capital juif américain !

En effet, selon « Israel7.com » : « hier mardi 9 août, la chaine israélienne de télévision, Aroutz10, a révélé qu’un mécène américain a été l’un des bailleurs de fonds de la grande manifestation sociale qui a eu lieu samedi soir, le 6 août, à Tel-Aviv. Il s’agit de l’homme d’affaire juif américain de gauche, Daniel Abraham, bien connu pour avoir promu des initiatives contre les implantations de Judée-Samarie ».

Juif, américain (étatsunien), milliardaire (il a accumulé 1,5 milliard de dollars grâce aux produits de régime Slim Fast), vieux (87 ans)… et de gauche. C’est-y pas beau comme portrait-express du comploteur idéal ?

Ainsi donc, ce milliardaire aurait avoué soutenir le mouvement de contestation car il se déclare « pour le processus de paix » (on mesure à cela à quel point cela le classe « à gauche ») et « contre les implantations » (comment dit-on « vade retro Satanas » en hébreu ?), et il pense que le meilleur moyen d’améliorer le niveau de vie de l’Israélien moyen c’est de « couper tout soutien aux implantations et aux ultra-orthodoxes » (on ne devrait pas tarder à voir son portrait en uniforme SS dans les rues de Tel Aviv).

Autre « preuve » qui rattache Daniel Abraham à une gauche anarchiste acharnée à la perte d’Israël : il est lié à… Ehud Olmert ! Selon « Israel7.com« , « Il a acheté l’appartement d’Olmert à la rue Kaf Têt BeNovember à Jérusalem lorsqu’Olmert était le Maire de la Capitale*. Il avait été alors soupçonné d’avoir acquis cet appartement à un prix anormalement exagéré, moyen détourné de payer un pot de vin à Ehoud Olmert ». On notera avec amusement qu’en ce qui concerne les transactions immobilières avec des membres de l’establishment israélien, il y a des prix « anormalement exagérés« , ce qui suppose logiquement qu’il puisse y avoir des prix « normalement exagérés »…

A propos du soutien supposé à la contestation en cours, « Israel7.com » s’étrangle : « Ce n’est pas la première fois que Daniel Abraham s’ingère dans des sujets politiques en Israël pour promouvoir ses prises de position sur le conflit israélo-arabe. Conformément à cela, il a entretenu et entretient toujours des relations étroites avec des personnalités israéliennes identifiées aux thèses d’abandon de la Judée et Samarie à l’ennemi arabe – parmi celles-ci, Shimon Pérès, Ehoud Olmert, Ehoud Barak et d’autres ».

Ainsi donc, ce riche comploteur juif new-yorkais « s’ingère » – paraît-il – dans les affaires israéliennes, en cheville avec une bande d’anti-sionistes notoires comme Pérès et Barak ! Ce qui lui vaut d’être qualifié de « souteneur de la gauche israélienne et du Parti Démocrate américain« .

L’usage du mot « souteneur« , s’il n’est pas fortuit, est paradoxal, dans la mesure où les proxénètes, d’habitude se font financer par leurs « amis » (enfin, leur « amies » plus exactement) plus qu’ils ne les financent, mais qu’importe : l’essentiel est que ce soit insultant, que cela blesse et que cela donne de la personne visée une image d’abjection.

Mais n’imaginez pas que ce soit tout : c’est d’un complot du grand capital juif cosmopolite qu’il s’agit, car comme le relève « Israel7.com« , Daniel Abraham est en cheville avec « George Sorros, le bailleur de fond de JStreet et soutien financier indéfectible à Barak Obama« . Le complot juif (et anti-juif à la fois) dont il est le centre étend donc ses ramifications jusqu’aux plus hauts niveaux du pouvoir. Toute ressemblance avec un « Protocole des Sages de Sion« , transposé Wall Street, ne serait évidemment nullement fortuite.

On objectera en vain aux plumitifs hystériques de « Israel7.com » – et de bien d’autres sites ou publications que l’envie de vomir nous dissuade de citer – que ceux qu’ils accusent de « s’ingérer » ignominieusement dans les affaires intérieures d’Israël ont le droit selon la loi israélienne, puisque juifs, d’en obtenir la nationalité ** le passeport à tout moment en vertu de la loi [dite] « du retour« . Peut-être l’ont-ils d’ailleurs déjà. C’est dire jusqu’où peut aller leur duplicité. C’est bien simple, « ils sont partout !« .

Enfin, on note avec un grand intérêt que désormais toute « ingérence » de juifs de la diaspora est absolument inacceptable. Donc, par exemple, Alan Dershowitz et les gens de l’AIPAC (dont il faut se méfier : au nom d’un ridicule attachement à la liberté d’expression, ils n’ont pas approuvé la nouvelle loi israélienne qui criminalise les appels au boycott des colonies !) sont priés de la boucler.

A plus forte raison toute intervention de non-juifs est encore plus inqualifiable. Israël, il faut s’y attendre, va donc par exemple rejeter désormais avec mépris les milliards de dollars d’aide militaire que les États-Unis lui allouent.

L.D.


* NDLR – Aucun pays au monde, pas même les USA (en dépit des promesses cent fois répétées de plusieurs présidents successifs, avant leur élection), ne reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël. Toutes les ambassades sont à Tel Aviv.
** on nous a fait observer avec raison que la « nationalité israélienne » n’existe pas. Voir à ce propos l’article « nationalité » dans notre « Dictionnaire amoureux de la Palestine », et notamment cet article : dico.pourlapalestine.be/detail.php?r=47

 

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