Le pied de nez d’une famille arabe qui met en échec la propagande d’Israël

Le mémorial de Yad Vashem est érigé sur le site d'un village palestinien entièrement détruit

Alors que son gouvernement est lancé dans une frénétique offensive de relations publiques [en], dans une tentative désespérée pour améliorer l’image internationale d’Israël, le gouvernement Netanyahou vient d’encaisser une défaite symbolique d’importance.

Deux sujets préoccupent particulièrement le gouvernement israélien, sur le front des relations publiques internationales : les accusations d’avoir fait d’Israël un « Etat d’apartheid » d’une part, et les pourparlers engagés entre l’Iran et les puissances occidentales autour de la question du nucléaire iranien, sous l’impulsion du président nouvellement entré en fonctions à Téhéran.

En ce qui concerne l’apartheid instauré par Israël – dont l’évidence saute chaque jour un peu plus aux yeux de qui sait observer la réalité – la menace pour le gouvernement d’extrême-droite dirigé par Netanyahou est celle de l’instauration, tôt ou tard, de sanctions économiques susceptibles de mettre à mal le « miracle israélien » qui a permis de préserver, en dépit des mouvements de protestation sociale que le pays a connus, une relative cohésion sociale parmi les juifs israéliens.

Mais les faits sont têtus : Israël est un pays d’apartheid, à savoir qu’une minorité juive y exerce une domination sans partage, brutale et oppressive, sur une majorité arabe (à savoir 20% de ses propres citoyens, plus de 1.660.000 personnes, vis-à-vis de qui s’appliquent de nombreuses lois discriminatoires) et plus de 4.440.000 arabes vivant dans les territoires occupés (Cisjordanie et Bande de Gaza). Et l’apartheid est, au regard du droit international, un crime contre l’humanité, dont les responsables devraient si la « justice internationale » avait un sens, être jugés et condamnés.

Aucune politique de propagande ne permettra de masquer cette réalité, d’autant que – comme le faisait observer Michel Warschawski au cours de la conférence qu’il a prononcée à Charleroi samedi à notre invitation – les députés de la majorité parlementaire fascisante rivalisent d’imagination pour présenter sans cesse de nouvelles propositions de loi pour ajouter de nouvelles discriminations à celles qui existent déjà et réduisent les citoyens arabes d’Israël à un rang subalterne, ruinant ainsi le slogan officiel en forme d’oxymore, qui voudrait qu’Israël soit un « Etat juif et démocratique« .

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Michel Warschawski à Charleroi (photo A. Deligiannis)

Les milieux politiques ne sont d’ailleurs pas les seuls en Israël à développer cette tendance de plus en plus marquée au racisme. Nous y avons déjà fait écho ici même à de nombreuses reprises, et Michel Warschawski nous confirmait aussi, samedi dernier, que jamais la société israélienne n’avait à ce point manifesté un racisme « décomplexé », forte à la fois de l’impunité dont jouit le pays quoi qu’il fasse (du moins jusqu’ici) et de l’exemple qui vient « d’en haut ».

Quant aux liens diplomatiques que l’Iran est en passe de réussir à renouer avec les pays occidentaux – et singulièrement avec les Etats-Unis – ils constituent une menace encore plus grave, aux yeux de la clique de Netanyahou.

En effet, depuis sa création l’état d’Israël n’a pas cessé un instant d’être le centre de toutes les préoccupations et de toutes les attentions des gouvernements étatsuniens et européens. Le spectre d’un « nouvel holocauste« , sans cesse agité à tous propos, et le plus souvent hors de propos [1], a toujours permis de maintenir Israël dans cette position privilégiée. Il faut donc impérativement, du point de vue sioniste, maintenir en permanence un minimum de crédibilité à cette menace fantasmée, afin de rester le point focal de la région et d’obtenir ainsi le soutien inconditionnel des Etats-Unis.

Que ceux-ci finissent par comprendre que – en dépit de la très contestable rhétorique développée naguère par Ahmadinejad, abandonnée à la minute même où il a quitté ses fonctions – Israël n’est nullement au centre des préoccupations stratégiques iraniennes (beaucoup plus tournées vers les pétro-monarchies du Golfe), et cela à un moment où les pays arabes ont tous des problèmes autrement épineux et urgents que l’existence d’Israël, et cela pourrait en être fini de ce statut privilégié.

Cela revient à dire que les Etats-Unis, et dans une moindre mesure l’Europe, pourraient finir par se dire que leur soutien à Israël est vraiment devenu hors de prix : 3,5 milliards de dollars U.S. d’aide chaque année en ce qui concerne les Etats-Unis et des accords avec l’Union Européenne qui assurent à Israël des privilèges exorbitants dans de d’innombrables domaines, de la recherche technologique aux tarifs douaniers, au point qu’on puisse dire qu’Israël est pratiquement le « 29ème Etat membre » de l’U.E. … sans subir les inconvénients et les contraintes qu’aurait une adhésion en bonne et due forme.

Tout récemment, donc, le gouvernement israélien a cherché à « démontrer » l’indémontrable, à savoir qu’Israël n’est pas raciste, que l’apartheid n’existe que dans les slogans de ses adversaires et de ses ennemis.

Tout naturellement, comme sous l’effet d’un réflexe conditionné, c’est une fois encore à une exploitation politique des plus cyniques de la destruction des juifs d’Europe par les nazis, il y a 70 ans, que le gouvernement Netanyahou a pensé : la meilleure preuve qu’il ne développe pas de préjugé raciste vis-à-vis des Arabes ne serait-elle pas l’attribution du titre de « Juste parmi les Nations » à  l’un d’eux ?

Le mémorial de Yad Vashem est érigé sur le site d'un village palestinien entièrement détruit
Le mémorial de Yad Vashem est érigé sur le site d’un village palestinien rasé par les sionistes en 1948

Ce titre est réservé par l’Etat d’Israël – qui n’existait pas à l’époque où les nazis dirigeaient l’Allemagne – à ceux qui ont participé au sauvetage de juifs pendant la deuxième guerre mondiale. C’est évidemment avant tout un instrument de la propagande sioniste, qui affirme de la sorte son statut auto-proclamé de seul représentant légitime des juifs du monde entier, base de la fameuse « loi du retour » qui permet à un juif qui n’y a jamais mis les pieds de décider de s’installer au moment qui lui conviendra sur des terres confisquée jour après jour à la population arabe de Palestine.

La famille du premier arabe « Juste parmi les nations »,
rejette la récompense de Yad Vashem

C’est au physicien égyptien Mohamed Helmy, qu’est échu le douteux honneur de se voir ainsi distingué. Mohamed Helmy, né à Khartoum en 1901 de parents égyptiens, et s’était rendu en Allemagne pour étudier la médecine en 1922. Malgré les menaces du régime nazi, Helmy s’était prononcé contre la politique nazie et a risqué sa vie en aidant une famille juive, notamment une jeune fille âgée de 21 ans, Anna Boros (qui prit le nom de Gutman après la guerre) qu’il a cachée.  Helmy avait également aidé la mère d’Anna Gutman, son beau-père Georg Wehr et sa grand-mère Cecilie Rudnik.

Le musée Yad Vashem, l’instrument d’état dédié à l’exploitation politique de la mémoire de la destruction des juifs d’Europe par les nazis, avait entrepris des recherches pour retrouver la famille de Mohamed Helmy, afin de lui remettre le prix en mains propres lors d’une cérémonie moins consacrée à la reconnaissance des mérites du récipiendaire qu’à célébrer la nature ethnique d’Israël. Des recherches dont la longueur témoigne de l’empressement d’Israël à honorer un Arabe, le premier en 65 ans d’existence, puisque Mohamed Helmy est décédé à Berlin en 1982.

Par conséquent c’est donc à sa famille qu’il revenait, espérait le gouvernement israélien, de prêter son concours involontaire à l’offensive de propagande sioniste en cours.

Et bien, c’est raté : la famille, à l’image du physicien disparu, a un certain sens de l’honneur et refuse la distinction que l’état d’apartheid voisin de l’Egypte voulait lui décerner. « Si un autre pays avait décidé d’honorer Helmy, nous aurions été contents« , a déclaré Mervat Hassan, un membre de la famille du défunt, à l’Associated Press, en ajoutant qu’elle n’était pas intéressée par la récompense en raison des « relations hostiles entre l’Egypte et Israël« . « Je respecte le judaïsme en tant que religion ainsi que les Juifs. L’Islam reconnaît le judaïsme comme une religion du Livre« , a ajouté Hassan, qui conclut en affirmant que « Helmy ne s’intéressait ni à la nationalité, ni à la race ni à la religion de ceux qu’il aidait« .

Et toc !



[1] il est en effet historiquement établi que même lors de la guerre de 1973, lorsque l’Egypte et la Syrie attaquèrent simultanément Israël, à aucun moment la destruction du pays, et moins encore l’extermination de sa population, ne fit partie des objectifs des pays arabes.

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