Le ministère belge des Affaires étrangères déconseille à ses ressortissants de prendre part à la mission «Bienvenue en Palestine»

Ils ont préparé la mission pendant huit mois. Avec leurs amis palestiniens, européens, canadiens… Ils ont investi en temps, en énergie, en argent. Ils ont organisé de nombreuses réunions d’information, sont allés parler dans les écoles, dans les syndicats. Ils ont collecté de l’argent pour aider les plus jeunes à partir. Depuis des mois ils sont emballés par le projet d’aller construire une école internationale à Bethléem. Et voilà qu’ils devraient renoncer à leur mission ? Parce qu’Israël montre les dents ? Menace de bloquer dans les aéroports de départ, d’expulser, d’emprisonner ? Il n’en est évidemment pas question.

Et pourtant, c’est ce que le ministère des Affaires étrangères leur suggère sur son site :

« Aux voyageurs qui arriveront à l’aéroport de Ben Gourion à Tel-Aviv aux alentours du 15 avril, il est recommandé de tenir compte de la « Mission Bienvenue en Palestine » qui prévoit une arrivée massive de personnes désirant se rendre en Territoire palestinien à cette date. La Belgique déconseille à ses ressortissants de prendre part à cette initiative, compte tenu des risques de refoulement et de détention. La durée des contrôles de sécurité au départ et à l’arrivée pourrait dès lors prendre plus de temps et ceux-ci seront probablement plus approfondis. »

Ce programme a été ajouté à la rubrique « conseil aux voyageurs » après qu’une délégation de quatre membres de la mission belge a eu un contact avec un représentant du cabinet et ses collaborateurs la semaine dernière.

Les participants ont longuement expliqué les objectifs de la mission, l’accueil par l’association « Education, Jeu, Enfants », la construction de l’école dans la région de Bethléem. Ils ont rappelé l’accord de coopération entre le gouvernement de Bethléem et la province du Hainaut (plusieurs Hennuyers participent d’ailleurs à la mission et le gouverneur et le maire de Bethléem soutiennent la mission). Ils ont expliqué qu’ils ne comptaient pas rester ni manifester en Israël. Qu’il ne leur fallait passer que 40 minutes en Israël, le temps du trajet en bus de Tel-Aviv à Bethléem.

Mais le représentant du ministère est resté sur sa position : « Chaque pays dispose du droit d’interdire sur base de son propre droit national l’entrée de quiconque sur son territoire. »

Des droits nationaux du peuple palestinien, qui subit une occupation illégale depuis 45 ans, il n’en était évidemment pas question. Ni des traités internationaux, comme la 4e Convention de Genève, qui disent qu’Israël n’a pas le droit d’interdire l’accès à des personnes qui apportent les preuves qu’ils ne vont pas séjourner sur le territoire israélien.

La délégation a expliqué longuement l’emprisonnement de plusieurs dizaines de Belges l’année dernière. Elle a expliqué la façon dont certaines personnes d’origine arabe ont été maltraitées, battues même.

Mais, en fait, « nos gouvernants » sont bien au courant de tout cela. Ils le disent même sur leur site :

Les voyageurs doivent être conscients du fait que les autorités israéliennes, à l’arrivée à l’aéroport Ben Gourion ou aux frontières terrestres, sont susceptibles de refuser l’accès au territoire aux personnes qu’elles soupçonnent de vouloir se rendre en Cisjordanie ou à Gaza à des fins politiques – même en tant que coopérants – ou qu’elles considèrent comme des activistes ou sympathisants de la cause palestinienne. Des cas de traitements désagréables de voyageurs européens se rendant dans les Territoires palestiniens nous ont régulièrement été signalés aux frontières d’Israël ou au point de passage d’Allenby. Les personnes d’origine arabe ou portant un nom à consonance arabe risquent de subir le même traitement.

Et que fait le gouvernement belge ?

En parfaite connaissance de cause, il se met à plat ventre devant le gouvernement israélien, qui augmente les pressions et les intimidations.  Au lieu de donner tout son soutien à la mission et d’œuvrer pour que les participants puissent quitter la Belgique et partir avec un avion vers Tel-Aviv (il y a de fortes chances que des personnes soient déjà bloquées à Zaventem), au lieu de défendre leur libre passage vers la Palestine occupée, il veut que les participants abandonnent la mission.
Il cautionne ainsi l’arbitraire, le racisme, la dictature israélienne et le blocus de la Cisjordanie. Il permet qu’Israël déplace ses frontières jusqu’en Europe. Rappelez-vous aussi la Flottille qui, en 2011, avait été bloquée en Grèce.
En fait, le gouvernement choisit clairement son camp : celui d’Israël.

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