Le gouvernement Netanyahou envisage l’abrogation des « Accords d’Oslo »

Le gouvernement israélien envisage, si les Palestiniens s’obstinent à demander la reconnaissance de leur État par l’ONU, de révoquer les « accords d’Oslo ». Une équipe a été mise sur pied par Benjamin Netanyahou pour étudier cette hypothèse, a confirmé le cabinet du premier ministre israélien.

On comprend que le gouvernement israélien ne se rue pas sur cette idée sans y réfléchir à deux fois. C’est qu’en effet, il y a longtemps qu’il a vidé les dits « accords d’Oslo » de toute substance favorable aux intérêts palestiniens, pour n’en conserver pratiquement que ceux qui lui convenaient. Est-ce à ceux-ci qu’il songe à renoncer ?

Ces accords ont pour objet, rappelons-le, de fixer des règles en vue de la mise en place de l’autonomie en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que les conditions dans lesquelles devaient se dérouler des « négociations finales ».

Le premier acte de ces accords fut un échange de lettres entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin, les 9 et 10 septembre 1993, dans lesquelles le premier reconnaissait « le droit d’Israël à vivre en paix et dans la sécurité« , tandis que le second reconnaissait l’OLP (et non l’Autorité Palestinienne, qui n’a été créée qu’ensuite) comme « le représentant du peuple palestinien« , mais sans faire aucune référence au droit des Palestiniens à disposer d’un État.

 

Le premier volet des accords – qui fut effectivement négocié à Oslo en secret, mais signé à Washington le 13 septembre 1993, porte essentiellement sur un accord intérimaire d’autogouvernement pour une période transitoire de 5 ans, sous l’égide d’une « Autorité intérimaire palestinienne ». Depuis, on le voit tous les jours, le terme « intérimaire » a été gommé. Au terme de cette période, on devait s’acheminer vers « un arrangement permanent fondé sur les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité de l’ONU« . Ces accords réglaient un certain nombre de questions, mais les points les plus sensibles, ceux aussi sur lesquels l’intransigeance israélienne était la plus forte, étaient reportées aux négociations finales : Jérusalem, les colonies juives en territoire palestinien, les bases militaires israéliennes, …

Dès le début, Israël mit un maximum de mauvaise volonté pour appliquer cet accord, de sorte que ce n’est que le 4 mai 1994, après un deuxième accord fixant des modalités d’application du premier, que l’armée israélienne se retira de certaines zones de Cisjordanie. Le 1er juillet 1994 Yasser Arafat fit un retour triomphal en Palestine et installa l’Autorité Palestinienne provisoire, cette période d’autonomie étant supposée prendre fin le 3 mai 1999. Date à laquelle, chacun faisait semblant de le croire, on passerait de l’autonomie dans le cadre d’une occupation étrangère à une indépendance réelle.

Un troisième accord fut signé en 1995, prévoyant l’élection d’un Conseil législatif palestinien, ainsi que du Président du conseil. La première élection eut lieu le 20 janvier 1996. Ce même accord a instauré la division de la Cisjordanie en zones dites A, B et C. La zone A, dans laquelle l’Autorité Palestinienne dispose des pouvoirs les plus étendus (par comparaison avec les zones B et C), et dont l’armée israélienne s’est retirée à la fin de 1995 (ce qui ne signifie nullement qu’elle se prive d’y revenir quand bon lui semble, pour y faire ce que bon lui semble) couvre 3% du territoire de la Cisjordanie et englobe 20% de sa population.

Mais une fois de plus les points les plus « sensibles » pour les Israéliens ont été laissés en l’état : le cas de Hébron (où 300 colons juifs protégés par l’armée imposent des restrictions massives aux droits les plus élémentaires de 120.000 Palestiniens), la question de l’eau (Israël monopolise plus de 80% de la ressource), la question de Jérusalem, etc…

Dans les faits, Israël manœuvrera de manière constante pour cantonner autant que possible l’Autorité Palestinienne dans un rôle de “flic de l’occupation”, chargé de réprimer toute velléité de résistance armée…

La division de la Cisjordanie en zones A,B et C se traduira pour la population par l’instauration de restrictions féroces à la liberté de circulation, entraînant difficultés sans fin pour chaque acte de la vie de tous les jours, des humiliations quotidiennes, des violences, de nombreux morts… Loin d’améliorer les conditions de vie des Palestiniens, les accords d’Oslo – dans la version qu’en ont imposée les Israéliens – les ont sensiblement aggravées.

Dès 1996, et le retour au pouvoir de la « droite » israélienne (les guillemets à « droite » se justifient par le fait que les travaillistes israéliens sont objectivement une autre incarnation de la « droite », l’alternance se faisant donc entre une version de la droite et une autre) il était clair que le nouveau gouvernement viserait à réduire les Accords d’Oslo pratiquement à néant, et à instaurer une négociation permanente sans jamais la laisser aboutir, pendant que la colonisation des terres palestiniennes se poursuivrait… jusqu’à ce que la négociation soit de facto devenue sans objet.

En juillet 1996, Amnon Kapeliouk résumait ainsi la situation [1] :

« L’inquiétude, fondée, des chancelleries occidentales, des dirigeants et de l’opinion publique arabes, mais aussi d’une grande partie des citoyens israéliens, est suscitée par les déclarations du chef du Likoud, ainsi que par la nouvelle coalition composée d’opposants aux accords d’Oslo.

M. Nétanyahou a cependant affirmé qu’il les respectera. Mais il est libre de les poursuivre ou non et, ainsi, de les enterrer. Dans le meilleur des cas, nous assisterons à une répétition de la conférence de Madrid (octobre 1991), lorsque M. Itzhak Shamir, du Likoud, gouvernait. Ce dernier n’était pas prêt à signer la paix en échange des territoires et avait donné comme consigne à la délégation israélienne, dont le porte-parole était déjà M. Nétanyahou : « Négociez, avec lenteur, sans aboutir. » M. Shamir avoua, après sa défaite, son intention de faire durer les négociations, dix ans s’il le fallait, de manière à amener encore des centaines de milliers de juifs dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza.

Cette combinaison de piétinements diplomatiques et de colonisation résume la politique du gouvernement de M. Nétanyahou. Le renforcement, l’élargissement et le développement des colonies sont considérés, dans la plate-forme gouvernementale, comme un but « d’intérêt national pour la défense d’Israël et une expression de la réalisation du sionisme » .

(…)

Les accords d’Oslo ne seraient donc pas abolis par M. Nétanyahou, mais constamment écornés, comme Itzhak Rabin l’avait fait lui-même, quelques mois après leur signature, en déclarant que « les dates [qui y figurent] ne sont pas sacrées » .

La libération de milliers de Palestiniens, toujours détenus dans les prisons israéliennes, sera encore ralentie. On peut s’attendre aussi à de fréquents bouclages des territoires, punition collective qui entraîne la misère, voire la famine, pour leurs habitants. (…) Main de fer et intransigeance, dans une région meurtrie par d’incessantes tragédies causées précisément par de tels ingrédients, voilà ce que promet le Likoud.

Au lendemain de la guerre de juin 1967, lors du sommet de Khartoum (septembre 1967), les dirigeants arabes avaient adopté les trois « non » célèbres : non aux pourparlers, non à la reconnaissance, non à la paix avec Israël. Ce refus perdura. Petit à petit, il s’atténua, puis disparut.

Aujourd’hui, les vainqueurs de la dernière consultation électorale en Israël brandissent à leur tour ces trois « non » : non à l’État palestinien, non au retrait du Golan, et non au partage de Jérusalem, « qui restera la capitale unie et éternelle d’Israël », sans aucun droit à une souveraineté ou à une présence politique quelconque des Palestiniens. Le refus et l’obstination ont changé de camp.

D’ailleurs, les chefs du Likoud observaient la marche vers la paix avec mépris ou dédain. Lors d’un débat à la Knesset, un mois avant l’assassinat d’Itzhak Rabin, M. Nétanyahou avait déclaré : « Rabin n’aime pas son pays. Il le vend comme une marchandise au terroriste Arafat. » La droite israélienne représente le passé, la peur atavique de l’autre, du voisin, sinon la haine ».

En mai de l’année suivante, le même auteur constatait [2] :

« En moins d’un an, M. Benyamin Nétanyahou a réussi à compromettre les relations établies par Itzhak Rabin et M. Shimon Pérès avec les Palestiniens et nombre de pays arabes. S’il a accepté de prendre le  » train d’Oslo « , c’est, semble-t-il, avec l’intention de le faire dérailler. Dans l’opposition, le chef du Likoud qualifiait ces accords de “catastrophe nationale”. Devenu premier ministre, il n’a eu de cesse de les vider de tout contenu pour mieux les enterrer. (…)

De fait, la colonisation viole le principe fondateur des résolutions de l’ONU comme des accords israélo-palestiniens : l’échange des territoires contre la paix. Dans l’esprit des signataires travaillistes d’Oslo, Israël devait annexer de 10% à 15% de la Cisjordanie, dont une partie des implantations. La droite, elle, entend en garder au moins 50%, dont toutes les colonies. Faute de continuité territoriale, les régions contrôlées par l’Autorité palestinienne se réduiraient à quelques villes-ghettos cernées de colonies israéliennes, à l’exclusion de toute entité indépendante viable. Voilà comment M. Nétanyahou veut résoudre le problème palestinien. (…)

Rétif à toute véritable négociation, le numéro un israélien s’en tient à sa tactique favorite : provoquer l’adversaire palestinien pour le pousser à des actions qu’il puisse dénoncer comme une violation, voire un abandon des accords d’Oslo ».

Il y a donc plus de quinze ans que tout le monde SAIT parfaitement que le but du gouvernement israélien n’est pas, n’a jamais été et ne sera vraisemblablement jamais d’appliquer loyalement les accords signés, quand bien même ce sont des accords extraordinairement déséquilibrés en faveur d’Israël.

Il y a plus de quinze ans que tout le monde SAIT que le pouvoir, en Israël, est aux mains d’extrémistes de droite, et qu’on observe une tendance à la fascisation du régime qui est dénoncée par de nombreux Israéliens eux-mêmes.

Et quinze ans que les pays occidentaux font semblant de croire que le salut ne peut résider que dans la « relance des négociations », alors qu’on sait qu’elle sont de jour en jour un peu plus sans objet, à mesure que progresse la colonisation de la Cisjordanie, que tous condamnent par qu’aucun ne cherche à empêcher ou même à freiner.

La demande palestinienne de reconnaissance de leur État par l’ONU vise à rompre, au moins symboliquement, le cercle vicieux négociations-colonisation-répression qui a entraîné une profonde division de la société palestinienne, dont évidemment Israël cherche à tirer avantage par tous les moyens.

On comprend que cela fasse quelque peu paniquer les cercles du pouvoir israéliens, qui agitent donc la menace de l’abrogation d’accord auxquels ils ont eux-mêmes depuis longtemps tordu le cou. L’impasse dans laquelle ils se trouent n’est pas moindre que celle dont les Palestiniens cherchent à sortir.

Ci-dessous une vidéo tournée en partie en caméra cachée, où on entend Netanyahou expliquer comment il entend saboter l’application des « Accords d’Oslo ». A 3 minutes 53″ de l’enregistrement il dit : « …at that moment I actuall stopped the Oslo Accord« …


[1] « Le gouvernement israélien contre la paix » – Le Monde Diplomatique – juillet 1996 (quelques passages soulignés par nous)
[2] « Bilan de faillite pour M. Netzanyahou » – Le Monde Diplomatique – mai 1997

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