Le gouvernement israélien se fait manifestement du mouron pour Ehud Barak

Le gouvernement israélien cherche à obtenir une immunité pour l’ancien Ministre de la Défense guerre Ehud Barak, qui est poursuivi au civil par les parents de Furkan Doğan, un jeune homme de 18 ans qui a été tué par les commandos de la marine israélienne, au cours de l’assaut contre la “flotille de la liberté”, en mai 2010.

Les parents du jeune homme, qui se trouvait à bord du “Mavi Marmara” et qui possédait à la fois la nationalité turque et la nationalité étatsunienne, ont entamé des poursuites contre Ehud Barak en octobre dernier, devant une Cour fédérale de Los Angeles. Le “Mavi Marmara” était le plus grand des six navires composant la flottille.

Dix personnes avaient été tuées lors de l’assaut donné en pleine nuit et dans les eaux internationales par les commandos israéliens. Toutes avaient la nationalité turque.

Dans une lettre récemment adressée au Département d’État, – indique le “Center for Constitutional Rights” sur son site web” – le gouvernement israélien estime que ce procès contre Barakfait partie d’une tentative orchestrée et obéissant à des motivations politiques, visant à utiliser les institutions judiciaires d’autres pays, y compris les États-Unis, dans le but d’atteindre des objectifs politiques antagonistes avec les intérêts de l’État d’Israël”. Aussi demande-t-il que le gouvernement de Washington introduise en son nom une “suggestion d’immunité” devant les juges. Les avocats de Barak se sont empressés de produire cette lettre au tribunal et de la joindre à une requête d’abandon des poursuites.

Il existe des preuves de la nature brutale et criminelle de l’attaque menée par la marine israélienne contre un navire civil et ses 700 passagers désarmés, dans les eaux internationales de la Méditerranée. Selon un rapport des Nations-Unies, Furkan Doğan a été atteint par sept coups de feu, dont un en pleine face, “tiré à bout portant”. Cela s’appelle une exécution sommaire.

La Cour Pénale Internationale est d’ailleurs arrivée à la conclusion, dans la cadre d’une procédure préliminaire, que des crimes de guerre ont été commis au cours de cet assaut. Mais le procureur n’a pas voulu faire faire une enquête approfondie et poursuivre la procédure (une décision actuellement pendante en degré d’appel).

L’affaire Doğan n’est pas la seule procédure visant faire condamner les responsables de cet épisode sanglant : il y a quelques semaines, quatre civils qui ont été blessés alors qu’ils se trouvaient à bord d’un autre navire appartenant à la flottille, le “Challenger I” ont entamé une procédure civile contre le gouvernement israélien. Le “Challenger I” battait pavillon des États-Unis, et était donc juridiquement considéré comme territoire étatsunien.Le gouvernement de Washington n’a, à ce jour, pas fait connaître sa position à propos de l’affaire Barak. On sait cependant qu’il agit en règle générale de manière à protéger l’impunité des officiels israéliens, même lorsqu’il s’agit d’affaires aussi graves que la mort violente de ses propres citoyens.Ainsi, le gouvernement des États-Unis a-t-il soutenu l’octroi de l’immunité à Avi Dichter, ancien directeur de l’agence israélienne de sécurité intérieure, le Shin Bet, à propos d’un crime de guerre, à savoir l’approbation qu’il donna pour le largage d’une bombe d’une tonne sur un immeuble d’appartements de Gaza, ce qui avait causé la mort de 15 personnes, dont 8 enfants, et fait 150 blessés. Le gouvernement US a aussi soutenu l’abandon des poursuites contre Caterpillar Corporation, dans l’affaire concernant la mort de Rachel Corrie. Dans l’affaire Doğan, le “Center for Constitutional Rights” a fait usage du “Freedom of Information Act” (FOIA) afin d’obtenir communication de documents officiels qui, espérait-il, devaient permettre de déterminer si les États-Unis étaient informés de l’attaque contre la “flottille de la liberté”, et quelle fut l’attitude du gouvernement après l’événement. Le centre a obtenu la communication de 15.000 pages de documents, dont certains démontrent – affirme-t-il – qu’en dépit de l’abordage dont a été victime un navire battant pavillon des États-Unis et de la mort d’un de ses ressortissants qui se trouvait à son bord, les États-Unis n’ont pas voulu conduire une enquête complète et indépendante et ont fait en sorte de bloquer les tentatives pour mettre en cause la responsabilité d’Israël.


Source : «In Response to Efforts to Break Impunity for the 2010 Gaza Flotilla Raid, Israel Seeks Immunity in Lawsuit Over Killing of American Teen» par Katherine Gallagher et Zachery Morris.
Traduction et adaptation : Luc Delval

 

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