Le gouvernement israélien dépense des fortunes pour acheter des articles anti-BDS dans la presse

Le ministère israélien chargé de la lutte contre le mouvement BDS dépense des millions de shekels pour diffuser une propagande qui ressemble à de l’information dans les principaux médias israéliens.

Le gouvernement israélien a versé au Yedioth Group, éditeur du quotidien le plus vendu d’Israël, des centaines de milliers de shekels pour publier des articles et des interviews destinés à influencer les lecteurs pour soutenir une campagne menée contre ses adversaires. Le ministère des Affaires stratégiques, dirigé par le ministre Gilad Erdan, a acheté une couverture positive et la diffusion de ce contenu sur l’internet.

Selon les informations obtenues par “The Seventh Eye” et “Hatzlacha”, dans le cadre d’une demande d’accès à l’information 1)La loi israélienne sur la liberté de l’information, entrée en vigueur en mai 1999, prévoit que tout résident et citoyen d’Israël a le droit de recevoir des informations d’une autorité publique, conformément aux dispositions de cette loi. Elle accorde aux citoyens israéliens le droit d’obtenir des informations du ministère de l’Aliyah et de l’Immigration sur ses activités, ses données statistiques, ses informations personnelles, etc. La loi prévoit également une liste des types d’informations qui ne peuvent pas être transmises ou qui peuvent seulement être transmises après approbation par le ministère. , le groupe Yedioth Ahronoth a reçu 350.000 shekels (100.000 dollars) pour publier des articles d’apparence journalistique, qui ont été diffusés par les organisations membres d’un “réseau pro-Israël”, tant à l’intérieur du pays qu’à l’échelle internationale. Selon les informations fournies, les articles avaient pour but de motiver ou d’enrôler les Israéliens dans la lutte [contre BDS].

Les articles rédigés contre paiement ont été publiés à partir de juin 2017 dans le magazine du week-end du Yedioth Ahronoth et sur son site web, Ynet. […] Parallèlement aux articles écrits contre rétribution, Ynet a également publié des vidéos promotionnelles produites par le ministère des Affaires stratégiques, ainsi que trois interviews d’un haut fonctionnaire du ministère, Tzahi Gabrieli. Deux de ces entrevues payées ont été menées par Attila Somfalvi, correspondant politique principal de Ynet, qui a posé des questions complaisantes qui ont permis au fonctionnaire d’exposer tranquillement le point de vue du gouvernement.

En plus des entretiens avec Gabrieli, Yedioth a également interviewé une série de personnes de diverses organisations juives qui n’ont pas de liens directs avec l’État. Le rôle de ces organisations dans les efforts du gouvernement contre la “délégitimation” et leurs liens avec le gouvernement n’est pas clair.

Deux de ces organisation, le “World Jewish Congress” et “Stand With Us” figuraient parmi les sponsors de la conférence anti-BDS organisée l’an dernier par le Yedioth, à laquelle des officiels du “Ministère des Affaires stratégiques”  avaient pris part. 

Au cours de l’année dernière”, écrivait le journaliste Reuven Weiss dans un des articles payés [par le Ministère], “la principale base d’opérations du mouvement de boycott dans sa campagne pour délégitimer Israël est passée aux médias sociaux, et de nouveaux outils sont nécessaires”.

L’objectif  poursuivi par certains de ces articles sponsorisés par l’État était d’engager le public israélien pour aider certaines de ces organisations de la “société civile” à diffuser des messages gouvernementaux sur l’internet et à lutter contre les contenus peu flatteurs. En d’autres termes, amener le public à exécuter la stratégie du ministère des Affaires stratégiques.

«En avez-vous marre d’entendre les mensonges sur Israël se répandre dans les médias internationaux et sur les réseaux sociaux ?», pouvait-on lire en tête d’un encadré accompagnant l’un des articles parrainés par l’État en hébreu. Les lecteurs étaient ensuite encouragés à rechercher le nom de la campagne, ‘4il2)se lit “for il” : “il” est l’extension de pays d’Israël sur l’internet (comme “fr” pour la France et “be” pour la Belgique) et donc “4il” se déchiffre comme “pour Israël dans Google, aller sur le site, et commencer à partager vidéos, caricatures et articles qui “dénoncent les mensonges de BDS”. En outre, Yedioth a suggéré que les lecteurs téléchargent une application appelée Act.il ce qui leur permet de participer à des «missions quotidiennes» pour faire progresser les messages pro-israéliens sur les médias sociaux.

Comme c’est devenu habituel au Yedioth Ahronoth ces dernières années, on dit seulement aux lecteurs que l’article qu’ils lisent a été publié “en coopération avec” un ministère du gouvernement israélien, sans expliquer que “en coopération avec” signifie en réalité “payé par”. Au cours des derniers mois, la liste des articles de cette nature a pris de l’ampleur, allant jusqu’à inclure des articles écrits par le correspondant diplomatique du groupe de presse, Itamar Eichner.

Le gouvernement israélien a beau se démener et dépenser des fortunes, l’influence de BDS ne cesse de croître. Lors des manifestations contre la corruption au sein des cercles du pouvoir en Israël, ces dernières semaines, on a vu apparaître des signes de soutien à BDS en plein centre de Tel Aviv, comme en témoigne cette photo prise le 9 décembre 2017. (Hagar Shezaf)

La relation entre le ministère des Affaires stratégiques et le Yedioth Ahronoth n’est qu’une partie d’une campagne beaucoup plus large et largement financée : en seulement deux mois (juin et juillet 2017), le ministère a dépensé près de 7 millions de shekels (1,7 million €) pour diffuser ses messages au public en Israël et à l’étranger. C’est plus important que toutes les autres campagnes qui ont été mises en lumière par The Seventh Eye ces dernières années. La deuxième plus grande campagne de ce genre documentée précédemment était de 11 millions de shekels sur une période de plus d’un an.

Outre le contenu [pseudo-] “journalistique” acheté par le ministère des Affaires stratégiques au Yedioth, il a également dépensé plus d’un demi-million de shekels pour diffuser du contenu sur la chaîne d’information israélienne Channel 2 et sur son site web, Mako. En plus des articles en hébreu, le ministère a également acheté du contenu [pseudo-] “journalistique” destiné à un public plus global.

Les articles parrainés par l’État destinés à un public étranger ont été publiés dans The Jerusalem Post, qui a été payé 120.000 shekels (29.000 €); dans le Times of Israel, qui a été payé 95.000 shekels (23.000 €); et le J Media Group, un groupe d’édition américain, qui a été payé 115.000 shekels (28.000 €). Le J Media Group, qui exploite une chaîne de télévision appelée ILTV, a également reçu de l’argent du ministère des Affaires stratégiques, ainsi que du journal en hébreu Makor Rishon. Le ministère a refusé de divulguer des données sur sa relation avec le journal de Sheldon Adelson 3)Sheldon Adelson (84 ans) est un multi-milliardaire juif étatsunien, propriétaire de casinos. Il a très largement financé le Parti Républicain et fortement influencé son programme en 2016 et a soutenu activement la campagne pour faire élire de Donald Trump à la Maison Blanche, en échange de la promesse de transférer “sans délai” l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Adelson est aussi un fervent partisan de Netanyahou, et a créé un quotidien gratuit en Israël pour le soutenir. Il a aussi arrosé à coups de millions de dollars diverses organisations sionistes. – NDLR, Israel Hayom.

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Selon les données publiées, la plus grosse dépense de la campagne du Ministère des affaires stratégiques – plus de 2,6 millions de shekels (630.000 €) – a été budgétisée pour promouvoir le contenu sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche tels que Google, Twitter, Facebook et Instagram. Une autre somme importante, d’un montant d’environ 2 millions de shekels (480.000 €), a été inscrite au budget pour la construction du site web Act.il et la production d’un contenu multimédia à son intention. Un autre montant d’environ 490.000 shekels (100.000 €) a été budgétisé pour les postes “stratégie”, “créatif” et “image de marque”.

Les fonds que le gouvernement israélien utilise pour acheter des articles [pseudo-] journalistiques parrainés par l’État proviennent du public et, par conséquent, la plupart des ministères ont accepté de divulguer des informations sur ces types de relations. Il sera bientôt beaucoup plus difficile d’obtenir des informations sur l’achat de contenu [pseudo-] “journalistique” par le ministère des Affaires stratégiques. Au cours des derniers mois, le ministère a fait progresser un projet de loi qui l’exempterait de la loi israélienne sur la liberté de l’information. Selon le projet de loi, «mener cette bataille avec succès nécessite de la garder aussi ambiguë que possible».

Le ministère des Affaires stratégiques a affirmé que la loi ne s’appliquerait pas aux relations de ce type avec le groupe Yedioth Ahronot, mais le projet de loi lui-même, qui a été voté l’été dernier et attend maintenant ses deuxièmes et derniers votes, est écrit d’une manière qui s’appliquera à toutes les activités du ministère. En réponse à des demandes antérieures de liberté d’information par The Seventh Eye et Hatzlacha, le ministère a affirmé que certains des documents demandés étaient «classifiés». Il a expurgé d’autres documents, affirmant qu’ils étaient susceptibles de nuire aux relations étrangères d’Israël.

Attila Somfalvi a refusé de répondre aux demandes d’entrevue. Ron Yaron, l’éditeur de Yedioth Ahronoth, a envoyé la réponse suivante:

Nous sommes fiers de la couverture large et complète que Yedioth Ahronoth a menée contre le boycott d’Israël. Lorsque, dans ce cadre, il y a eu une coopération avec des fonctionnaires ou des organismes [gouvernementaux] dans des articles qui ont été publiés, il y a eu des révélations importantes, similaires à ce qui se fait dans d’autres médias lorsqu’ils coopèrent avec divers organismes.


Cet article de Itamar Benzaquen a été publié par +972mag le 20 décembre 2017 sous le titre “The Israeli government is paying for anti-BDS journalism”–  Traduction/adaptation : Luc Delval

 

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References   [ + ]

1. La loi israélienne sur la liberté de l’information, entrée en vigueur en mai 1999, prévoit que tout résident et citoyen d’Israël a le droit de recevoir des informations d’une autorité publique, conformément aux dispositions de cette loi. Elle accorde aux citoyens israéliens le droit d’obtenir des informations du ministère de l’Aliyah et de l’Immigration sur ses activités, ses données statistiques, ses informations personnelles, etc. La loi prévoit également une liste des types d’informations qui ne peuvent pas être transmises ou qui peuvent seulement être transmises après approbation par le ministère.
2. se lit “for il” : “il” est l’extension de pays d’Israël sur l’internet (comme “fr” pour la France et “be” pour la Belgique) et donc “4il” se déchiffre comme “pour Israël
3. Sheldon Adelson (84 ans) est un multi-milliardaire juif étatsunien, propriétaire de casinos. Il a très largement financé le Parti Républicain et fortement influencé son programme en 2016 et a soutenu activement la campagne pour faire élire de Donald Trump à la Maison Blanche, en échange de la promesse de transférer “sans délai” l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Adelson est aussi un fervent partisan de Netanyahou, et a créé un quotidien gratuit en Israël pour le soutenir. Il a aussi arrosé à coups de millions de dollars diverses organisations sionistes. – NDLR