Le cynisme sans limite de la propagande israélienne

L’exploitation de l’image de l’enfant en général, et de l’enfant en détresse en particulier, est un grand classique de la propagande, et parmi les moins glorieux. Ne nous dissimulons pas qu’elle est parfois utilisée pour la défense de la cause palestinienne.

Mais il convient d’apprécier à sa juste valeur le mépris que doit susciter “l’exploit” que viennent de commettre des propagandistes israéliens.

Une constante de la propagande sioniste, on le sait, consiste à présenter, quoi qu’il arrive, les Juifs comme d’innocentes victimes des lâches agissements d’Arabes assoiffés de sang, motivés par une idéologie et une culture fondamentalement antisémites, et n’ayant pour les enfants – y compris les leurs, que la propagande israélienne les a souvent accusés de mettre de manière délibérée en danger pour mieux pouvoir ensuite exhiber leurs dépouilles ensanglantées devant les caméras – que mépris et indifférence.

Le tout évidemment fait partie de cette partie centrale de la propagande sioniste qui vise à accréditer l’idée que les Arabes ne sont pas vraiment des humains (et que donc, à l’instar de Dan Haloutz, ce pilote de l’aviation israélienne qui se vantait dans la presse, après avoir largué en pleine ville une bombe destinée à éliminer cheikh Yassine et qui avait tué une quinzaine de personnes dont la moitié d’enfants, se vantait de n’avoir rien ressenti de particulier sinon le léger ressaut de son avion soudain allégé d’une lourde charge explosive, il n’y a pas lieu de s’embarrasser à leur égard de sentiments ou de scrupules *).

Les journaux et les sites web israéliens sont fréquemment remplis d’appels (sous forme d’insertions publicitaires) à des dons en faveur d’œuvres de soutien aux victimes juives d’attentats. Parfois aussi – comme c’est le cas dans l’insertion dont il est question ici – l’appel à la solidarité est lancé en faveur des victimes d’une politique ultralibérale qui a gravement creusé les inégalités au sein de la société israélienne.

Le taux de pauvreté, selon les critères appliqués par l’OCDE, est désormais 2,5 fois supérieur à la moyenne des pays membres du “club des pays riches” au sein duquel Israël aspire à entrer prochainement.

Selon des données officielles, la pauvreté frappe en particulier très durement les familles nombreuses israé­liennes : en 2007, 60% des familles de quatre enfants et plus vivaient en dessous du seuil de la pauvreté, soit 97.600 familles nombreuses pauvres. En 2002, “seulement” 45% des familles nombreuses israéliennes étaient pauvres. Entre 2002 et 2007, les allocations familiales ont, il est vrai, été carrément divisées par deux ! A titre d’exemple, les allocations pour 5 enfants sont passées de 2.260 shekels par mois en 2002 à 1.132 shekels en 2007 (200 €).

Autrement dit, en situant le centre de gravité politique du parlement toujours plus à droite, les électeurs israéliens ont échangé une illusion de sécurité contre la certitude d’une régression sociale catastrophique.

Pas mal de leurs dirigeants ont tout intérêt à ce que le conflit avec les Palestiniens, qui les enrichit dans des proportions insensées (voir à ce propos par exemple l’analyse de Jonathan Cook), perdure indéfiniment, et s’y emploient avec application. Et pour ce qui est de la politique économique et sociale, les Israéliens ne pouvaient guère compter sur les dirigeants “travaillistes”, une caste ashkenaze qui n’a de tout temps eu que le plus grand mépris pour les juifs orientaux qui composent massivement les classes défavorisées, et qui au surplus s’est, comme la quasi-totalité des sociaux-démocrates occidentaux, depuis longtemps convertie au crédo libéral. La droite extrême et l’extrême-droite ont donc pu s’en donner à cœur joie.

Quoi d’étonnant, dès lors, à ce que la presse israélienne diffuse des appels à la générosité publique en faveur des enfants pauvres ? De la sorte, les victimes “ordinaires” du système sont appelées à voler au secours de plus pauvres qu’eux encore, tandis que la caste du complexe militaro-industriel bâtit des empires.

Voici donc une annonce diffusée en Israël il y a peu (image extraite du site web du journal Haaretz) :

panim-advert

A droite, l’image d’une fillette est utilisée pour un appel aux dons de l’association “Meir Panim”, avec pour slogan : “Feed desperate hungry Israël children !” (“Nourrissez les enfants israéliens affamés et désespérés »). Si on clique sur l’image, s’affiche une page dans laquelle l’association parle de “783.600 enfants qui, en Israël, sont allés se coucher ce soir en ayant faim, mais où elle affiche aussi parmi ses objectifs de “nourrir les seniors et les survivants de l’Holocauste” (les enfants c’est efficace, mais  ils ne doivent pas faire oublier que la référence à la Shoah est une figure imposée dans ce genre d’exercices).

Seulement voilà, cette photo de l’enfant en pleurs (à gauche) a été prise par un photographe arabe, et la légende originale du cliché est bien différente. Elle disait : “Une fillette palestinienne pleure lors des funérailles d’un membre de sa famille qui a été tué par un raid aérien israélien à Beit Lahiyan, au nord de la Bande de Gaza, le dimanche 4 janvier 2009. (…)”.

Difficile d’aller plus loin dans la malhonnêteté et le cynisme.


* après ce haut fait d’armes, Dan Haloutz fut promu chef d’État-major, ce qui lui permit de déployer tous ses talents lors de l’agression israélienne contre le Liban, en 2006

Print Friendly, PDF & Email