Le boycott européen des colonies gagne en intensité et Israël a intérêt à faire attention (Edito de Haaretz)

Des travailleurs palestiniens aident à la construction d’un nouveau projet de logements à Ma’aleh Adumim, une colonie israélienne en Cisjordanie. Mercredi 16 décembre 2009. Photo Bloomberg

Les vents du boycott international des colonies gagnent en vitesse et en force. Vendredi, les gouvernements espagnol et italien ont mis en garde leurs citoyens contre le fait de faire des affaires avec les colonies des Hauteurs du Golan, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, disant que de telles activités pourraient les exposer à certains risques juridiques et financiers. Plus tôt déjà, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne avaient transmis de semblables avertissements à leurs ressortissants.

Les avertissements individuels de ces cinq pays pourraient bientôt devenir une résolution pour toute l’Europe. Les institutions de l‘UE envisagent la question d’un avertissement général au nom de tous les 28 États membres de l’UE, et les déclarations des cinq nations vont probablement accélérer ces discussions. Ce n’était pas une coïncidence si l’envoyé de l’UE en Israël, Lars Faaborg-Anderson, a déclaré vendredi que les avertissements montraient que les États membres de l’UE « perdent patience avec des préoccupations qui ne sont pas traitées » par Israël.

Pour l’instant, l’Europe n’entreprend que des démarches modestes et mesurées. Alors que, la semaine dernière, le Conseil européen a adopté une position ferme en interdisant l’importation de marchandises en provenance de Crimée et de la ville occupée de Sébastopol, les institutions de l’UE se sont contentées jusqu’à présent d’adresser des mises en garde ne concernant que les colonies israéliennes. Mais le message est clair dans les vents qui viennent d’Europe et Israël ne peut se permettre de les ignorer. Un boycott européen de toute activité économique dès le départ constituerait un vilain coup pour l’économie israélienne, dont la quasi totalité est impliquée dans l’entreprise des colonies, que ce soit directement ou indirectement.

Le monde en effet commence à perdre patience, comme l’a expliqué l’envoyé européen. Le statu quo dans les territoires, qui a déjà les caractéristiques d’un régime d’apartheid, est intolérable pour les Européens, qui ne resteront pas les bras croisés indéfiniment. Après la dernière tentative de relancer les pourparlers de paix, dont l’échec était principalement imputable à Israël, des nations amies, y compris l‘Europe et les États-Unis, seront forcées de prendre des mesures concrètes contre l’intransigeance d‘Israël. Au 21e siècle, le monde n’acceptera pas 47 nouvelles années d’occupation, de dépossession et de violations répandues des droits d’un peuple tout entier.

Les avertissements lancés par des cinq pays à leurs ressortissants devraient par conséquent se muer en un avertissement même plus fort à l’adresse du gouvernement d’Israël. S’il ne se hâte pas de prendre des mesures concrètes vers la fin de l’occupation, tous les Israéliens en paieront le prix, et celui-ci pourrait être effectivement très élevé.

Publié sur Haaretz le 29 juin 2014. Traduction : JM Flémal.

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