L’ Autorité palestinienne va éprouver les «pires difficultés pour survivre» à l’actuel climat politique

BETHLEEM (Ma’an) – L’Autorité palestinienne (AP) va éprouver les « pires difficultés » pour survivre longtemps encore à la situation actuelle dans les territoires palestiniens occupés, a déclaré jeudi un membre du Conseil central de l’OLP et du Comité central du Fatah.

S’adressant à des journalistes et à des officiels locaux de l’OLP à Beit Jala,  a déclaré : « La question qui se pose à nous, à la direction, et au président Mahmoud Abbas est celle-ci : Combien de temps encore allons-nous pouvoir maintenir cette situation ? »

« Si Israël a l’intention de tuer chaque jour des adolescents confrontés à un manque de moyens de vie (…) avec toute cette violence à laquelle il recourt, combien de temps encore l’AP va-t-elle pouvoir assumer cette réalité ? », a poursuivi Shtayyeh.

L’officiel de l’OLP faisait allusion au maintien de l’AP, qui occupe une position « intenable » au beau milieu de l’« impasse politique » entre Israël et la direction palestinienne, de même qu’au manque de perspective politique au sein de la direction palestinienne même.

« Il va être extrêmement difficile pour l’AP de survivre à cela », a-t-il ajouté.

Le membre du conseil a expliqué qu’alors que les groupes extrémistes ne se sont pas encore implantés dans le public populaire palestinien comme ils ont fait dans les pays voisins, cette réalité ne pouvait toutefois être garantie longtemps si on ne s’en prenait pas en même temps à l’occupation israélienne et aux infortunes politiques des Palestiniens.

« S’il n’y a pas aujourd’hui un seul Palestinien dans Daesh ou al-Qaeda, pouvons-nous maintenir cette situation ? Je présente cela comme un point d’interrogation et un avertissement. Cette situation est très fragile », a poursuivi Shtayyeh, qui se sert de l’acronyme désignant le groupe de l’État islamique.

Dans l’escalade de la violence qui a éclaté en octobre, l’armée et les colons israéliens ont tué au moins 118 Palestiniens, dans le même temps que 19 Israéliens ont perdu la vie lors d’attaques individuelles commises par des Palestiniens.

Depuis, les Palestiniens vivant à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupées ont dû subir les mesures sévères appliquées par les autorités israéliennes qui prétendent vouloir contenir ainsi cette violence.

Pendant ce temps, la frustration des Palestiniens à l’égard de leurs dirigeants s’est encore accrue, et plus particulièrement contre les membres de l’AP, qui ont observé un silence relatif durant les troubles récents et dont beaucoup craignent qu’ils ne soient au bord de l’écroulement.

Shtayyeh a insisté sur la nécessité pour les dirigeants palestiniens de « jeter un pont entre le peuple palestinien et les dirigeants palestiniens », si on voulait que la situation actuelle s’améliore.

« Mettre de l’ordre dans la maison palestinienne »

Parmi les efforts visant à éviter les retombées entre le public palestinien et ses dirigeants, Shtayyeh a déclaré que le Comité exécutif de l’OLP, en collaboration avec le Comité central du Fatah, prenait des mesures en vue de s’en prendre aux problèmes auxquels ils étaient confrontés.

Colmater les divisions entre factions ainsi que définir les prochaines démarches de l’AP concernant le respect des accords passés avec Israël figuraient parmi les questions mises en épingle par Shtayyeh ce jeudi.

« Les dirigeants palestiniens ont la ferme intention de mettre de l’ordre dans la maison palestinienne », a déclaré Shtayyeh.

Après des mois de report, Shtayyeh a annoncé qu’une session du Conseil national palestinien (CNP – le corps législatif de l’OLP) allait se réunir dans les trois mois.

La session sera accessible aux membres du Conseil législatif palestinien (CLP) provenant du Hamas et des mouvements du Jihad islamique, a-t-il ajouté.

« Soixante-quatorze membres du Hamas au sein du CLP seront automatiquement membres du CNP et seront donc invités », a déclaré Shtayyeh, ajoutant que l’OLP n’avait pas encore reçu de réponse, ni du groupe ni du Jihad islamique.

Cette annonce était la première depuis la controverse apparue parmi les factions palestiniennes à propos de la session de septembre.

Le CNP avait prévu de se réunir en septembre afin d’élire un nouveau Comité exécutif de l’OLP après que 11 des membres de son comité, y compris le président Mahmoud Abbas, avaient annoncé leur démission an août.

Le Hamas faisait partie des factions palestiniennes qui ont condamné les plans, disant que les changements apportés à l’institution nationale l’avaient été unilatéralement par le Fatah.

Plus tôt déjà, le mouvement avait invité les factions à boycotter la session du CNP, disant qu’il « déchirait » l’unité nationale – mais un haut responsable du Hamas a déclaré plus tard que la participation du groupe étaient « importante » et que les membres du CLP faisant partie du Hamas auraient l’autorisation d’y assister.

Les lois précises concernant la participation des membres du CLP au CNP constituent un sujet de débat entre les Palestiniens.

Le CLP – en d’autres termes, le Parlement de l’AP qui a été créée durant les accords d’Oslo – a disparu depuis la scission entre le Fatah et le Hamas en 2007. Alors que le Hamas détient la majorité au sein du CLP, plusieurs de ses membres ont été emprisonnés ou assassinés par les forces israéliennes.

Les relations avec Israël

Shtayyeh a déclaré lors de la conférence de presse qu’une « réunion de la direction palestinienne » se tiendrait la semaine prochaine. Il faisait allusion à une réunion conjointe entre le Comité exécutif de l‘OLP et le Comité central du Fatah.

La réunion se penchera sur la mise en application d’une proposition de revenir sur les accords signés avec Israël – et plus particulièrement les accords d’Oslo.

En septembre, le président Mahmoud Abbas avait déclaré lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU que l’AP n’était plus liée par les accords en raison du manque d’engagement d’Israël vis-à-vis de ces mêmes accords.

Abbas avait déclaré à l’époque que le refus d’Israël de relâcher les prisonniers palestiniens ainsi que la poursuite des activités d’implantations juives en Cisjordanie et Jérusalem-Est occupées avaient détruit la possibilité d’un État palestinien.

« Nous déclarons par conséquent que nous ne pouvons pas continuer à être liés par ces accords et qu’Israël doit assumer toutes ses responsabilités en tant que puissance occupante, puisque la statu quo ne peut continuer et que les décisions du Conseil central palestinien de mars dernier sont spécifiques et contraignantes. »

La réunion du Conseil central avait précédemment demandé que soit mis un terme à la coordination sécuritaire avec Israël aussi longtemps que ce dernier s’obstinerait à violer les accords signés.

Malgré l’appel, aucun changement n’a été apporté à la coordination sécuritaire entre l’AP et Israël.

Shtayyeh a déclaré que la réunion prévoyait également de planifier des démarches concrètes vers l’élaboration d’une résolution de l’ONU « relative aux colonies et à une protection internationale du peuple palestinien ».


Publié le 11 décembre 2015 sur Ma’an News Agency

Traduction : Jean-Marie Flémal

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