L’assassinat du dirigeant du Hezbollah Imad Mughniyeh était une opération conjointe des États-Unis et d’Israël

14 février 2008. Dans un faubourg de Beyrouth, au Liban, les militants du Hezbollah viennent apporter leurs marques de respect au moment des funérailles du commandant assassiné, Imad Mughniyeh. Photo : Reuters.

La CIA et le Mossad ont suivi à la trace un haut responsable du Hezbollah avant de l’assassiner, ont déclaré d’anciens fonctionnaires américains au Washington Post.

Les services de renseignement israéliens et américains ont travaillé conjointement pour assassiner le responsables des opérations internationales du Hezbollah, Imad Mughniyeh, en 2008, rapporte The Washington Post.

Les États-Unis n’avaient jamais reconnu leur rôle dans cet assassinat. Mais d’anciens fonctionnaires américains qui s’entretenaient avec le quotidien à propos des conditions d’anonymat ont désormais confirmé l’implication de la CIA dans cette affaire.

Mughniyeh marchait dans une rue de Damas après avoir soupé le 12 février 2008 quand une bombe placée dans un 4×4 garé avait explosé et l’avait tué. Avant l’explosion, une équipe de guetteurs de la CIA surveillaient ses mouvements dans la capitale syrienne, au moment où, à distance, des agents du Mossad avaient fait exploser la bombe depuis Tel-Aviv, explique le rapport.

D’anciens fonctionnaires américains ont déclaré au Washington Post que la CIA et le Mossad avaient suivi Mughniyeh à la trace pendant plusieurs mois à Damas, avant de l’assassiner et qu’ils avaient travaillé en étroite collaboration pour déterminer l’endroit où il fallait placer la bombe.

Les fonctionnaires ont déclaré qu’Israël avaient pris les devants pour contacter la CIA à propos d’une opération conjointe destinée à assassiner Mughniyeh. Les États-Unis ne s’étaient guère préoccupés d’un retour de flamme de la part du Hezbollah, du fait que l’organisation allait vraisemblablement accuser Israël du coup.

Un ancien fonctionnaire, peut-on lire dans The Washington Post, a affirmé que l’administration Bush avait justifié l’assassinat comme un acte de légitime défense nationale, en prétendant que Mughniyeh complotait activement contre les États-Unis. En outre, le dirigeant du Hezbollah avait été impliqué dans la mort de centaines d’Américains, y compris lors du bombardement qui avait tué 63 personnes à l’ambassade des États-Unis à Beyrouth, en 1983.(*)

Depuis des années, les États-Unis envisageaient diverses façons de tuer Mughniyeh, et l’urgence de la chose s’était accrue après les attentats du 11 septembre. Déjà en 2002, ce scénario avait été discuté lors d’une réunion secrète en Israël, mais ne s’était pas matérialisé.

14 février 2008. Dans un faubourg de Beyrouth, au Liban, les militants du Hezbollah viennent apporter leurs marques de respect au moment des funérailles du commandant assassiné, Imad Mughniyeh. Photo : Reuters.
14 février 2008. Dans un faubourg de Beyrouth, au Liban, les militants du Hezbollah viennent apporter leurs marques de respect au moment des funérailles du commandant assassiné, Imad Mughniyeh. Photo : Reuters.

Ce n’est qu’en 2006 que l’administration Bush approuva une série d’opérations contre le Hezbollah qui, en 2003, s’était mis à entraîner des militants en Irak en vue d’attaquer les forces américaines ainsi que celles de leurs alliés.

« Il fallait trouver une licence ouverte, repérer et liquider Mughniyeh et toutes les personnes qui étaient sous ses ordres », aurait prétendu un ancien fonctionnaire américain en poste à Bagdad.

Les agents de renseignement américains avaient certifié aux législateurs qu’il n’y aurait pas de dégâts collatéraux. La bombe fut testée à plusieurs reprises afin de s’assurer que personne d’autre ne serait blessé lors de l’explosion.

Selon le rapport, les services de renseignement israéliens et américains avaient guetté les allées et venues habituelles de Mughniyeh avant de décider que ses promenades nocturnes occasionnelles constituaient la meilleure opportunité pour l’opération. C’est le Mossad qui en avait eu l’idée.


(*) dans un contexte d’invasion israélienne et d’intervention des EU au Liban (NDLR)


 

Publié sur Haaretz le 31 janvier 2015.
Traduction pour ce site : JM Flémal.

 

Print Friendly, PDF & Email