L’année 2014 pour les enfants de Palestine

Ramallah, 31 décembre 2014 – Nombreux seront les observateurs du conflit israélo-palestinien qui se souviendront, pour 2014, des images diffusées vers le monde entier depuis la bande de Gaza. Ces images montraient des enfants fuyant les bombardements et tirs intensifs des forces israéliennes, s’abritant avec leurs familles dans les écoles surpeuplées des Nations unies ou en convalescence dans les hôpitaux surchargés de Gaza. Parmi les images les plus tragiques, il y avait celles qui montraient les corps de quatre garçonnets, âgés de 7 à 11 ans, tués par un projectile de la marine de guerre israélienne, alors qu’ils jouaient sur une plage de Gaza lors de l’offensive.arrestation enfant

Mais les souffrances des enfants palestiniens ne se sont pas limitées à la bande de Gaza, pas plus qu’elles ne l’ont été aux 50 jours d’offensive contre l’enclave ou à son étendue géographique de 360 km2. En Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, ce sont les enfants palestiniens qui ont continué à payer le plus lourd tribut à l’occupation militaire israélienne en cours.

Les violations en tous genres des droits des enfants dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés ont provoqué de nombreux décès et blessures, de même que des traumatismes psychologiques dus à la politique de châtiment collectif qui a affecté les enfants, tels les raids nocturnes et les démolitions de maisons.

Voici les cinq facteurs qui ont le plus affecté les enfants palestiniens en 2014, tels qu’ils ont été observés par DCI-Palestine.

La violence à Gaza

D’après une étude de DCI-Palestine, au moins 480 enfants ont perdu la vie lors des 50 jours de l’offensive militaire « Bordure protectrice », durant laquelle de vastes portions de la bande de Gaza ont été rasées. Les enfants morts représentent un cinquième des 2.205 Palestiniens tués durant le conflit. Bien d’autres milliers d’enfants ont été blessés, parmi lesquels un millier environ en garderont une incapacité permanente.

Le nombre élevé de décès d’enfants et de civils a soulevé des questions critiques à propos du recours disproportionné à la violence par l’armée israélienne et du ciblage illégal d’endroits protégés par les lois internationales, tels écoles, hôpitaux et abris. La haute responsable des droits de l’homme aux Nations unies, Navi Pillay, a déclaré publiquement qu’il était possible que des crimes de guerre eussent été commis par les forces israéliennes.

Les recherches de DCI-Palestine ont également mis à jour un exemple d’utilisation par l’armée israélienne d’un enfant palestinien en tant que bouclier humain. Cette affaire concernait un adolescent de 16 ans qui avait été détenu durant cinq jours, malmené physiquement et obligé à chercher des tunnels à l’intérieur de la bande de Gaza.

Bien que les médias se soient concentrés sur la violence tout au long du conflit, décès et blessures ont été rapportés déjà avant le commencement de l’opération Bordure protectrice. Avant le déclenchement du conflit, trois enfants ont perdu la vie suite à des tirs ou frappes aériennes de l’armée israélienne, et au moins 43 autres ont été blessés dans des circonstances similaires.

Depuis la fin de l’offensive, la reconstruction est limitée, en dépit de la levée du blocus, l’une des conditions clés pour en arriver à un accord de cessez-le-feu. Des enfants déplacés durant le conflit sont restés dans les abris jusqu’à l’hiver, qui a causé de vastes inondations dans l’enclave.

Les arrestations par l’armée, la détention en isolement

Les arrestations par l’armée constituent une réalité chaque année pour des centaines d’enfants palestiniens. Elles les exposent à des violences physiques et psychologiques, interrompent leur éducation, contribuent à des problèmes de santé mentale et plongent de nombreuses familles dans le stress. Cette situation a perduré en 2014.

Cette année, le nombre moyen d’enfants maintenus en état d’arrestation par l’armée israélienne était de 197 par mois, et il n’a pratiquement pas changé par rapport du chiffre de 2013, qui était de 199 par mois. Ce chiffre stable, toutefois, masque une tendance sous-jacente vers un changement dans le système : un accroissement des mesures de répression contre les jeunes Palestiniens a été constaté de façon apparente au cours du second semestre de 2014.

En septembre est sortie une nouvelle ordonnance militaire, concernant les interrogatoires imposés aux enfants des territoires palestiniens occupés, et cette ordonnance prétendait sauvegarder les droits des enfants. En l’examinant de plus près, toutefois, il est apparu clairement que les enfants arrêtés pour avoir jeté des pierres – c’est-à-dire la majorité des enfants aux prises avec l’appareil judiciaire de l’armée israélienne – ne seraient pas protégés par la nouvelle loi.

En novembre, le cabinet israélien a approuvé un projet de loi allongeant jusqu’à 20 ans de prison la peine maximale pour toutes les personnes reconnues coupables de jets de pierres. 20 ans de prison, cela équivaut au maximum possible pour homicide. Ce projet de loi est également applicable aux enfants.

En toile de fond de ces événements, l’usage de la détention en isolement comme moyen d’arracher des aveux et l’usage arbitraire de la résidence surveillée ont été maintenus pour empêcher les enfants palestiniens de jouir de leurs droits tels qu’ils sont définis dans la Convention sur les droits de l’enfant.

La violence des colons

Les colons israéliens qui vivent en Cisjordanie dans des colonies condamnées présentées comme illégales par les lois internationales s’en prennent depuis longtemps aux Palestiniens, y compris les enfants. En juin, DCI-Palestine publiait un rapport répertoriant des cas d’attaques de la part des colons et qui avaient eu lieu en 2013, y compris des attaques contre des enfants sur le chemin de l’école et même à l’intérieur des bâtiments scolaires pendant les cours.

Le rapport mettait en évidence la collaboration implicite des militaires dans les attaques perpétrées par les colons, y compris nombre de cas dans lesquels les soldats avaient soit fermé les yeux sur des attaques manifestes soit même pris part à la violence.

Dans ses recherches sur la violence des colons, DCI-Palestine a découvert que 129 cas d’attaques des colons contre des enfants avaient été mentionnés entre 2008 et 2012. L’annonce en octobre de la construction d’un autre millier de logements pour les colons dans Jérusalem-Est va vraisemblablement exposer les enfants palestiniens à de nouveaux actes de violence, puisque le nombre de colons israéliens vivant dans les territoires palestiniens occupés continue toujours à augmenter.

Les munitions à balles réelles et les tués en Cisjordanie

Au moins 11 enfants palestiniens de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, ont perdu la vie en 2014 après avoir été abattus à balles réelles par des soldats israéliens. Le nombre de décès s’est accru à la suite de la mort de trois adolescents israéliens en Cisjordanie, en juin, et de l’assassinat peu après, en guise de représailles, d’un jeune Palestinien de 16 ans, Mohammad Abu Khdeir, au début juillet. Ceci, de même que le conflit de Gaza en juillet et août, a abouti à une vague de protestations ainsi qu’à une recrudescence de la répression militaire israélienne à l’encontre des jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est.

Les forces israéliennes stationnées à Jérusalem-Est et en Cisjordanie recourent habituellement à une violence excessive pour disperser les foules, utilisant pour ce faire des munitions à balles réelles provoquant des blessures et des décès parmi les enfants. D’après les réglementations internes de l’armée israélienne, les munitions à balles réelles ne peuvent être utilisées que dans le cas où un soldat est confronté à une menace de mort directe. À ce jour, DCI-Palestine n’a jamais trouvé la moindre preuve suggérant que les enfants tués en 2014 aient posé une telle menace au moment où ils ont été abattus.

En mai, deux adolescents, Nadeem Nawara et Mohammad Salameh Abu Daher, ont été mortellement blessés par des tirs à balles réelles alors qu’ils protestaient à l’extérieur de la prison militaire d’Ofer, dans la localité cisjordanienne de Beitunia. CCTV et des prises de vue de l’incident ont montré clairement que les deux garçons n’étaient pas armés quand ils ont été abattus, et ce, qui plus est, durant un moment d’accalmie dans les protestations. Par la suite, les officiels israéliens ont contesté la légitimité des preuves sur vidéo et ont catégoriquement nié ensuite que des munitions à balles réelles aient été utilisées durant les protestations. Quelques semaines plus tard, il a toutefois été prouvé que les deux adolescents avaient bel et bien été abattus à l’aide de balles réelles.

Suite à une décision inhabituelle dans le chef des autorités israéliennes, un policier des frontières a été accusé d’homicide pour le meurtre de Nadeem. En ce qui concerne les autres enfants tués en 2014, toutefois, il reste improbable que justice leur soit rendue : Aucun militaire, aucun policier des frontières n’a été accusé de leur mort.

Le châtiment collectif

Les mesures israéliennes destinées à punir collectivement la population civile ont continué à être appliquées en permanence dans les territoires palestiniens occupés. Lors de l’assaut mortel d‘Israël contre Gaza, l’écrasante majorité des enfants ont été tués au moment où leurs maisons étaient bombardées par des missiles israéliens. Dans l’un de cas, 18 enfants de la même famille au sens large, âgés de 4 mois à 14 ans, sont morts lors du bombardement de leur maison par une frappe aérienne israélienne qui, ont prétendu les autorités, visait un membre du Hamas se trouvant en visite dans l’immeuble à ce moment-là.

En Cisjordanie, les autorités israéliennes ont régulièrement approuvé la démolition de maisons des personnes soupçonnées, mais non accusées officiellement, de délits. La démolition de maisons dans lesquelles vivent des enfants contribue à les traumatiser psychologiquement, à interrompre leur éducation et à provoquer chez eux une détresse grave et ces actions ont par conséquent été condamnées ces dernières années par nombre de groupes et d’organisations des droits de l’homme.


Publié par Defence for Children International Palestine (DCI-Palestine).
Traduction pour ce site : JM Flémal.

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