La violence des colons à l’encontre du peuple palestinien ne cesse de s’accroitre et l’Autorité palestinienne ne le défend pas

Une interview de Mustafa  Barghouti

Le Docteur Mustafa Barghouti, Secrétaire général de l’organisation Al Mubadara, a accepté de répondre à nos questions concernant la situation en Palestine et les perspectives ouvertes par le soulèvement en cours.

 

Mustafa Barghouti (Photo : Hamza Arabassi)

Info-Palestine.eu : Docteur Mustafa Barghouti, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Comme responsable politique et associatif largement connu, mais aussi dans votre activité professionnelle comme médecin ?

Mustafa Barghouti : Je suis avant tout médecin et fondateur de l’organisation non-gouvernementale Palestinian Medical Relief Society.

Je suis également parlementaire et secrétaire général d’un mouvement politique : L’initiative nationale palestinienne Al Mubadara.

IP : Le soulèvement auquel nous assistons dans les Territoires Palestiniens sous Occupation est certainement la combinaison d’un large ensemble de raisons, mais selon vous, y a-t-il une explication qui domine les autres ?

MB : De mon point de vue, le soulèvement actuel est bien une Intifada populaire faite à la fois d’actes de résistance mais aussi de manifestations et de rassemblements. La résistance du peuple palestinien a toujours existé mais avec le temps, le système d’apartheid de l’occupation israélienne s’est renforcé et les gens ne croient plus du tout à l’aboutissement des négociations avec l’occupant.

A l’époque des accords d’Oslo on comptait 110 000 colons. Aujourd’hui, ils sont 600 000 en Cisjordanie.

La violence des colons à l’encontre du peuple palestinien ne cesse de s’accroitre et l’Autorité Palestinienne ne le défend pas. Tous ces éléments nous ont amenés à cette nouvelle Intifada.

IP : Le facteur religieux, avec la très forte symbolique autour de la sauvegarde de l’Esplanade des Mosquées comme 3e lieu saint de l’Islam et comme patrimoine palestinien, joue-t-il un rôle plus important aujourd’hui ?

MB : Oui, l’Esplanade des Mosquées est un élément central de cette nouvelle révolte mais ce n’est pas seulement un facteur religieux. Al Aqsa est un symbole pour toute la Palestine, c’est le cœur de Jérusalem. Si on perd l’Esplanade, cela signifie que l’on perd notre capitale !

95% des Palestiniens n’ont pas l’autorisation de se rendre là-bas mais désormais les habitants de Jérusalem ont beaucoup de difficultés à y accéder aussi.

Je suis né dans cette ville mais, depuis 2005, je n’ai plus le droit de m’y rendre.

Nous sommes persuadés qu’Israël veut diviser l’Esplanade des Mosquées comme ils ont divisé la mosquée d’Ibrahim à Hébron.

IP : Sur le plan politique, cette rupture apparemment consommée entre l’ancien leadership issu d’Oslo, avec la jeunesse palestinienne, va-t-elle déboucher sur quelque chose de nouveau du point de vue de l’organisation et de la représentation du mouvement national ?

MB : Il y a un véritable décalage en l’Autorité Palestinienne et le peuple tout entier. Ce fossé ne concerne pas uniquement l’Autorité en place mais aussi plusieurs partis politiques.

Différentes personnalités politiques travaillent avec la résistance populaire depuis toujours alors que d’autres en sont très loin.

Les accords d’Oslo ont complètement muselé l’Autorité et Israël ne les respecte pas.
Le peuple palestinien a raison de vouloir mettre fin à quelque chose qui ne le sert pas !

Les Palestiniens ont besoin de leaders palestiniens pour obtenir la libération de la Palestine pas d’une Autorité qui impose son règne.

Les gens ne comprennent pas non plus la division entre le Fatah et le Hamas.

IP : Dans un contexte marqué par une forte polarisation politique entre les organisations palestiniennes, la question des prisonniers reste-t-elle centrale et transversale à toutes les divisions ?

MB : Selon moi, oui la question des prisonniers est centrale. Cette Intifada doit avoir trois objectifs :

 L’arrêt de la colonisation en particulier à Jérusalem
 La reconnaissance par Israël d’un État palestinien
 La libération de tous les prisonniers

IP : La possible rupture, à terme, avec le dit processus d’Oslo devrait déboucher sur un démantèlement de l’Autorité palestinienne. Comment envisager une telle rupture dans un contexte de si forte dépendance économique ?

MB : Pour moi et l’initiative nationale palestinienne, la collaboration avec l’occupant doit cesser, les accords d’Oslo sont terminés même si l’Autorité hésite encore à prendre une véritable décision.

Personne n’a envie que l’Autorité disparaisse mais si celle-ci va à l’encontre de la liberté de son propre peuple, il faut y mettre fin.

La Palestine a été reconnue par plusieurs pays étrangers, la société palestinienne veut maintenant un véritable gouvernement pas une autorité.

Si l’Autorité est démantelée, c’est le conseil de l’Organisation de libération de la Palestine qui prendra le relais.

IP : Les dits « Palestiniens de 48 », c’est-à-dire vivant dans ce qui est appelé Israël aujourd’hui, jouent-ils à présent un rôle plus important dans le mouvement national palestinien ? Le renforcement de leur poids politique ouvre-t-il de nouvelles perspectives ?

MB : Oui, ils ont un rôle important dans le mouvement palestinien. Il y a désormais une véritable collaboration politique et des actions coordonnées entre les Palestiniens de Cisjordanie et des territoires de 1948. On peut notamment parler de manifestations et de grève simultanées sur tout le territoire.

L’occupation a voulu nous diviser, les Palestiniens réfugiés à l’extérieur, ceux de la bande de Gaza, de Cisjordanie et ceux des territoires de 1948.

Notre premier objectif doit être la réunification.

IP : Le mouvement international de solidarité est-il à la hauteur de vos attentes ? Quelles devraient être selon vous les campagnes organisées en priorité à l’échelle internationale ?

MB : L’action de solidarité internationale doit être renforcée sur plusieurs aspects :

 Les citoyens de chaque pays doivent faire pression sur leurs gouvernements pour que ceux-ci reconnaissent la Palestine comme État
 La presse internationale doit être plus présente et plus objective sur ce qui se passe ici
 Les Palestiniens doivent être soutenus dans leur résilience face à l’occupation
 Il est nécessaire de juger les crimes de l’occupation israélienne
 Le boycott doit s’accentuer.


Propos recueillis par Elsa Grigaut avec l’aide précieuse d’Hamza Arabassi pour la traduction

Publié le 25 décembre 2015 sur Info-Palestine

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