La violence contre les femmes palestiniennes

A1-265_flipRamallah, Cisjordanie occupée, 16 août 2012 (IPS) –  Après le meurtre particulièrement brutal d’une femme palestinienne dans un marché très animé de Bethléem, les groupes locaux des droits de l’homme insistent en faveur de réformes destinées à endiguer la violence contre les femmes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

« Nous avons des problèmes avec les lois existantes », a expliqué à IPS Maysoun Ramadan, directrice du centre Mehwar, le seul refuge pour femmes de Cisjordanie. « Je pense aussi qu’il nous faut travailler plus à accroître la conscientisation à l’égard des droits des femmes. Nous avons un problème avec la mentalité, la culture, nous avons un tas de conceptions anciennes sur les femmes qui doivent être modifiées. »

Nancy Zaboun, 27 ans et mère de trois enfants, a été tuée avec une violence atroce par son mari, le 30 juillet, à Bethléem. Le meurtre a eu lieu après que Zaboun était sortie d’un entretien à propos de son divorce. Il a été rapporté que son mari la battait régulièrement au cours de leurs 10 années de mariage.

Le 18 juillet, le corps d’une autre femme a été emmené à l’hôpital Shifa, à Gaza City. On a appris que la police palestinienne avait arrêté deux des proches de la femme, en rapport avec cet homicide, dont on soupçonne qu’il a été commis afin de préserver « l’honneur de la famille ».

En 2010, la Commission indépendante des Droit de l’homme a fait état des cas de 9 femmes qui avaient été tuées pour cette même raison – préserver « l’honneur de la famille »– dans les territoires palestiniens occupés.

Outre ces « meurtres pour l’honneur », une étude publiée en 2009 par le Centre palestinien d’information et de médias pour les femmes, estimait que 67 pour 100 des femmes palestiniennes figurant dans le rapport avaient subi régulièrement des violences verbales, 71 % des violences psychologiques, 52,4 % des violences physiques et 14,5 % des violences sexuelles.

« Quand les femmes se présentent au refuge, elles se trouvent dans une situation très dramatique. Elles ont été maltraitées et soumises à divers types de violence durant de nombreuses années. Elles ont perdu leur confiance. Parfois, elles sont agressives, parfois suicidaires, parfois en dépression. Elles ont des chauchemars », a déclaré Ramadan à IPS.

« Elles sont tout le temps dépendantes  de quelqu’un d’autre et elle ne croient pas en elles-mêmes. Nous essayons de les aider à découvrir leurs capacités et à accroître leur motivation pour rompre ce cycle. »

En janvier 2011, l’Autorité palestinienne (AP) a adopté une stratégie nationale pour combattre la violence contre les femmes et ce, pour la période 2011-2019. Le programme prévoit de créer de la formation à l’emploi et comprend également des programme d’autonomisation pour les femmes, il tend à fournir de l’aide sociale, et à promouvoir un cadre légal en vue de juguler la violence.

« Notre but et notre cible étaient d’éliminer toutes formes de violence, qu’elles qu’elles soient, contre les femmes palestiniennes », a déclaré Rahiba Diab, la ministre palestinienne de la Condition féminine, depuis son bureau à Ramallah.

« C’est un engagement sérieux, de la part de l’AP, que de traîter tous les problèmes relatifs aux femmes, et de ne pas oublier la violence qui provient de la situation politique critique que nous subissons en tant que Palestiniens’« , a ajouté Diab.

En mai 2011 , le président de l’AP, Mahmoud Abbas a promulgué un décret présidentiel qui seuspendait deux lois : l’Article 340 du code pénal jordanien, de 1960, et qui est applicable à la Cisjordanie, et l’Article 18 de la Loi mandataire britannique, de 1936, d’application à Gaza.

L’Article 340 accordait à l’homme l’exemption de poursuites et des peines réduites pour avoir tué sa femme ou toute autre parente si elle était surprise à commettre un adultère. L’Article 18 assurait la clémence pour le même crime si l’homme pouvait prouver qu’il avait agi en vue de préserver son honneur ou l’honneur d’autrui.

Mais divers groupes des Droits de l’homme ont mis le doigt sur le fait que l’AP avait laissé inchangé d’autres paragraphes de la loi permettant de poursuivre impunément la violence à l’encontre des femmes.

Les articles 97, 98, 99 et 100 du Code pénal jordanien traintent des circonstances aténuantes pouvant être utilisées pour justifier « les meurtres d’honneur ». L’article 98 permet aux auteurs d’échapper à la sentence s’ils peuvent prouver qu’ils ont agi « en état de colère ».

« La loi existante permet toujours que l’on tue des femmes et elle permet toujours l’impunité » a déclaré Tahseen Ellayan, responsable du projet « Protection des femmes dans les conflits armés » de l’organisation des Droits de l’Homme, dont le siège se trouve à Ramallah.

« Afin d’entreprendre des démarches pratiques pour protéger les femmes, spécialement de ce qu’on appelle « l’homicide d’honneur », la loi doit être modifiée et les auteurs de ce genre d’homicides doivent en être tenus responsables », a déclaré Elayyan à l’IPS.

Selon un rapport publié en décembre 2011 par l’UNESCO, « les degrés élevés de pauvreté, de chômage et de frustration s’y rapportant ont contribué à un accroissement de la tension, et finalement, de la violence, au sein des familles des territoires palestiniens occupés. »

C’est particulièrement vrai dans la bande de Gaza, où les conditions économiques et sociales de plus en plus sévères créés par le siège israélien se sont traduites par la violence envers les femmes, affirme Mona Shawa, responsable de la section féminine du Centre palestinien des Droits de l’Homme (Palestinian Centre for Human Rights – PCHR) à Gaza City.

« Gaza est soumis à l’enfermement. La situation économique est très mauvaise. Il existeun pourcentage élevé de pauvreté et de chômage. Il y a la violence fréquentee des attaques israéliennes. Toutes ces circonstances affectent le niveau de violence contre les femmes », a déclaré Shawa à IPS.

Elle a expliqué que, si promulguer des lois afin de protéger les femmes contre la violence était une première étape des plus nécessaires, accroître la conscientisation autour des droits des femmes et modifier les attitudes au sein de la société palestinienne étaient elles aussi des démarches cruciales.

« Le plus important, c’est la communauté et la culture. Notre culture repose toujours sur la discrimination à l’égard des femmes. Notre culture considère toujours que les femmes ne sont pas les égales des hommes. Ceci encourage la violence contre les femmes », a ajouté Shawa.

« Il faut œuvrer à cela en tant que gouvernement, que société civile… Un effort commun doit être accompli afin que tout cela change. »


Article publié sur Inter Press Service – News Agency le 16 août.
Traduction sur ce site : Jean-Marie Flémal

Jillian Kestler-D’Amours est journaliste et réalisatrice de films documentaires. Elle est établie à Jérusalem.
On peut en découvrir plus sur son travail sur http://jkdamours.com/.

Print Friendly, PDF & Email